Le commerce équitable ou le commerce de l’équitable?

En achetant une tablette de chocolat étiquettée « commerce équitable » et certifiée « Max Havelaar » en grande surface, vous pensez faire une bonne action avec la conviction que le paysan d’Amérique latine qui récolte les fèves de cacao reçoit équitablement son dû qui lui permet de faire vivre sa famille. Vous avez pratiquement tout faux. C’est du moins ce que démontre l’excellent documentaire que j’ai vu dimanche matin sur la Une (RTBF) et intitulé « l’équitable: à quel prix? ». La grande distribution a en fait surfé sur le succès de ce nouveau mode de consommation que certains qualifient de « bobo ». Elle appose même ses logos (Carrefour, Leclercq, Auchan, etc) sur les emballages.  Mais les grandes surfaces restent des grandes surfaces. Et le commerce tout aussi équitable que soit l’étiquette reste du commerce. Ainsi pour que l’entreprise soit rentable, la grande distribution demande à ce que les producteurs fassent du volume pour réduire aussi le prix la tablette de chocolat. Soumis aux caprices de la météo ou tout simplement en raison de leur taille, les petits producteurs ne savent pas toujours suivre. Les intermédiaires se tournent alors vers de plus grosses coopératives dans des régions plus propices sur les plans agricoles et climatiques. Certes ces producteurs plus importants respectent toujours les préceptes du commerce équitable, avec des avantages sociaux à la clef (écoles, sécurité sociale, etc), mais au détriment des tout petits producteurs des contrées les plus reculées qui s’appauvrissent davantage, ce qui n’était pas l’objectif initial de « Max Havelaar » et cie. L’auteur du documentaire en arrive même à se poser la question : commerce équitable ou commerce de l’équitable. Il n’invite pas les téléspectateurs à renoncer à l’équitable, car un autre commerce équitable est né du commerce équitable des grandes surfaces : celui qui justement refuse d’être vendu en grande surface. Il vaut mieux acheter son chocolat chez Oxfam, dans un petit magasin ou lors d’une vente de charité pour rester fidèle à l’esprit de l’équitable.

Le documentaire démontre que plus que jamais, il faut se méfier des étiquettes.

Tabac, merci Papa…

Aujourd’hui, c’était la journée mondiale de la lutte contre tabac. En dépit des campagnes d’information, je suis toujours étonné par le nombre de jeunes qui fument encore. J’en vois tous les jours, des filles pour la plupart, dès le matin, lorsque je conduis mes enfants à l’école. On grille sa clope avant de franchir les grilles de l’établissement. Il y a toute une gestuelle, un jeu de séduction avec la cigarette, déjà rien qu’en l’allumant: cela se devine sur leur visage. Loin de moi l’idée de les condamner ou de les blâmer: cela les renforcerait, je pense, dans leur comportement. A cet âge-là, on aime se jouer de l’autorité. Je préfère m’intéresser aux raisons qui poussent les autres jeunes à… refuser la cigarette. Cela peut être, à mon humble avis, une mine précieuse d’informations pour les professionnels de la prévention contre le tabac.

Qu’est-ce qui motive un jeune à dire non, alors qu’il est confronté à la pression de ses pairs? Pas simple à l’adolescence lorsqu’on a soif de reconnaissance. Personnellement, c’est une phrase de mon père. Une simple phrase qu’il m’a dite sur un ton ferme, mais sans une once de menace, avec la force de l’évidence : « être un homme, c’est aussi pouvoir dire non ». Il l’a balancée au bon moment, alors que je me cherchais un peu vers l’âge de 15 ans. Et je me souviens parfaitement de l’instant, tant la phrase m’avait à la fois marqué et pris au dépourvu, au détour d’une conversation anodine: dans la voiture, à la hauteur du passage à niveau de la Roë à Péruwelz. Sans doute avait-il deviné que quelques jours auparavant, des copains m’avait proposé de fumer « une sèche », comme on disait à l’époque. Ils s’étaient bien foutu de ma gueule lorsque j’avais refusé. Je ne m’étais senti humilié, mais la phrase de mon père m’avait redonné confiance. Oh, par la suite, j’ai bien tiré sur quelques cigarettes lorsque j’étais étudiant avant un examen à l’unif, ou par jeu après une soirée arrosée avec les co-kotteurs, mais sans m’engager sur la voie de la dépendance. Le « être un homme, c’est aussi pouvoir dire non » m’avait poursuivi et me poursuit encore aujourd’hui.

A tort ou « à perdre la raison »?

« A perdre la raison », le film de Joachim Lafosse sur l’affaire Geneviève Lhermitte, dont il dit s’être « librement » inspiré, vient de sortir au cinéma. J’éprouve plutôt de la sympathie pour l’actrice belge Emilie Dequenne, dont on dit qu’elle tient là le rôle de sa vie. J’adore l’acteur Niels Arestrup. Les critiques sur le long-métrage sont toutes dithyrambiques. Pourtant je ressens un profond malaise, même si a priori je n’aime pas condamner une oeuvre sans l’avoir vue. Je crois la démarche du réalisateur sincère. Je suis en faveur de la liberté artistique. Je suis pour qu’un artiste puisse revisiter un fait divers; cela donne des films magnifiques comme l’affaire Dominici. Mais en l’occurrence, fallait-il faire un film aussi tôt, cinq ans seulement après les faits? Je pense aux cinq enfants assassinés par leur mère bien sûr, mais aussi aux deux autres principales victimes, à savoir le papa Boucahid Moqadem et  l’ami intime du couple, le docteur Schaar, sur qui tant de rumeurs et  de sous-entendus ont circulé.

Joachim Lafosse reconnaît, dans ses interviews, avoir pris le parti de la mère. Faut-il rappeler que la justice n’a reconnu aucune circonstance atténuante à Geneviève Lhermitte, condamnée à la peine maximale. C’est une vérité, certes judiciaire mais qui blanchit le père et le médecin de tout soupçon de harcèlement moral, de négligence ou de violence intrafamiliale. Le film ne va-t-il pas relancer les rumeurs, les soupçons, même si le scénario initial a été édulcoré ? Même si le réalisateur dit ne pas vouloir faire d’amalgames, le grand public, à l’exception peut-être des spécialistes du cinéma et des intellectuels, fera le lien entre les trois protagonistes de l’affaire et les trois acteurs du film. Le père et le médecin ont le droit à l’oubli, surtout qu’eux, ils ne pourront jamais oublier la perte des cinq enfants. J’imagine leur douleur. Fallait-il en rajouter, si peu de temps après le drame? C’est pour toutes ces raisons que je n’irai pas voir le film. Et par pudeur.

Chômeurs: la chasse aux idées reçues

Cette semaine, une question parlementaire du député wallon Luc Tiberghien (Ecolo) a attiré mon attention pour un sujet de reportage publié dans l’édition de mercredi. Il a fait état d’une étude de la fédération des CPAS sur le nombre de plus en plus important des exclus du chômage qui viennent gonfler les rangs des Centres Publics d’Action Sociale (CPAS) de Wallonie. Un seul chiffre, révélateur : à Mouscron, le nombre d’exclus du chômage représente un tiers des personnes qui bénéficient du revenu d’intégration sociale (RIS). Les chiffres du chômage semblent s’améliorer, mais en fait, ils sont trompeurs. Selon la fédération des CPAS, on déplace le problème du fédéral qui assure le suivi des chômeurs vers les niveaux communal et régional, dont dépend le financement des centres publics d’action sociale. “ Les sanctions ’chômage’, c’est une régionalisation de la sécurité sociale qui ne dit pas son nom, c’est pervers ”, a même confié un président de CPAS à l’auteur de l’étude 2012 baptisée “ les sanctions Onem, le coût pour les CPAS ”. Dans sa réponse au député écolo, le ministre régional des pouvoirs locaux a d’ailleurs botté en touche vers le fédéral.

Dans sa question, le parlementaire mouscronnois estime encore que la nature du travail des travailleurs sociaux a changé : ils ont de moins de moins de temps pour s’occuper du public-cible des CPAS, les personnes les plus précarisées. Ce que m’a confirmé un responsable du CPAS de Mouscron. C’est d’autant plus vrai que les moyens financiers n’ont pas suivi ce flux de plus en plus important d’exclus du chômage depuis 2004.

Un autre élément m’a frappé : les raisons de l’exclusion du chômage. Certes il y a des personnes qui sont exclues de l’Onem parce qu’elles ont triché ou abusé (travail au noir, fausses déclarations, etc), mais contrairement à une idée reçue, c’est une minorité. Les travailleurs sociaux des CPAS se sont rendu compte que la plupart des exclus ne comprenaient pas ce que leur demandaient l’Onem (suivi des chômeurs) et/ou le Forem (accompagnement des chômeurs), deux institutions dont ils ont beaucoup de mal à faire la distinction d’ailleurs. 80% des exclus du chômage n’ont pas leur diplôme d’étude secondaire supérieur, relève l’étude.

Tout cela me fait dire que le problème n’est ni l’Onem, ni le CPAS, mais bien l’éducation, l’enseignement qui mériterait bien un état des lieux complet et pas seulement une comparaison européenne, les fameux test PISA qui relèguent le plus souvent les petits Belges francophones au fond de la classe. La panacée, l’éducation? On pose souvent la question avec une pointe d’ironie, voire de mépris, mais je crois qu’elle est bel et bien la réponse aux problèmes actuels.

Le flamand, une langue… « à part »

Mon épouse Marie-Christine m’a raconté une anecdote qui est révélatrice de l’état d’esprit de certains Belges francophones. Elle a rencontré par hasard le papa d’un ancien copain de notre fils Maxime, avec qui elle a devisé de l’avenir scolaire des enfants. Il n’était pas très heureux parce que la maman de son petit garçon, dont il vit séparé, l’a placé dans une classe d’immersion linguistique en néerlandais. Pourquoi? s’est étonnée mon épouse, dont les racines sont flamandes puisque née à Leuven, de parents néerlandophones. « Parce que le flamand est une langue »…. Il hésita, chercha ses mots, se souvenant sans doute subitement des origines de Marie-Christine et lâcha comme s’il se rattrapait: « le flamand est une langue… à part ». Ce n’était pas bien méchant, car j’ai déjà entendu plus acerbe: « le flamand n’est pas une belle langue ». Plus idiot : « le néerlandais ne sert à rien ». Ou pire encore : « le flamand n’est pas une langue ». Ce sont hélas des réflexions que j’ai entendues relativement couramment. Et la plupart émanaient de personnes que je dirais être « des Belgicains », le genre à pavoiser leur façade le 21 juillet, à planter un drapeau dans leur jardin le lendemain d’une victoire des Diables Rouges ou à se précipiter quand le Roi Albert II pointe sa couronne dans leur région.

Bart De Wever n’en demande pas tant.

Sens et croissance

François Hollande n’a plus que ce mot-là à la bouche depuis qu’il a été élu : croissance. Elio Di Rupo veut lui aussi de la croissance. Barack Obama en personne est sur la même longueur d’onde. C’est d’ailleurs à la Une du Monde. Il y a bien Angela Merkel qui renâcle, mais elle n’est pas vraiment contre le fait d’ajouter un chapitre « croissance » au dernier traité européen qui invite les états à la rigueur budgétaire.

Croissance, croissance et croissance. Le mot m’intrigue, me passionne même puisqu’il est censé de nous sortir de la crise, un autre mot compliqué. J’ai donc été voir dans le Petit Robert. Croissance : « 1. le fait de croître, de grandir (organisme). V. Développement, poussée. Enfant arrêtée dans sa croissance. Croissance rapide, hâtive. Maladie de croissance. 2. (Choses). V. Accroissement, augmentation, développement, progression. Croissance d’une ville. Croissance économique, accroissement de la production nationale des biens et des services ». Le dictionnaire ajoute même une citation de l’écrivain français François Mauriac, bien de circonstance : « La passion, à un certain point de sa croissance, nous tient ».

Croître les biens? Cela veut-il dire fabriquer plus de télés, plus de voitures, plus de téléphones portables?… Les écologistes risquent de ne pas être contents. Certains plaident même pour la décroissance ou la croissance zéro. Croître les services? Cela signifie-t-il plus de facteurs, plus d’agents de police, plus d’enseignants? La droite risque de ne pas être satisfaite : cela va creuser la dette publique. Un cercle vicieux. Qui peut-on croire? Et que peut-on croître finalement…

Quel sens donner au mot croissance? Croître pour quoi faire? Si c’est pour grandir l’humanité, c’est plutôt une belle idée, une croissance sensée, ai-je envie d’écrire. Mais si c’est pour choper une nouvelle maladie de croissance…

 

A tu et à toi avec le politique

Mercredi, à la Maison de la culture de Tournai, j’étais invité à participer à une table ronde organisée par la Helha sur le thème de la démocratie et les médias. C’est toujours intéressant de participer à ce genre de débats, car cela permet de réfléchir sur son métier, sur le sens qu’on lui donne. On m’a interrogé plus précisément sur la proximité entre la presse et le monde politique. Dans la presse régionale, responsables politiques et journalistes sont amenés à se côtoyer presque quotidiennement.

Je suis parti d’une question simple: peut-on, comme journaliste, tutoyer un élu, quel que soit son niveau de pouvoir, son obédience? Les bouquins sur le journalisme que je lisais lorsque j’étais au début de ma carrière étaient formels : non, surtout pas. Je me souviens d’un passage dans le livre « Un temps de chien », d’Edwy Plenel, un journaliste français d’investigation très connu, qui le déconseillait très fortement. Le vouvoiement permet la distance, considère-t-il, la distance critique. C’est un conseil que je n’ai pas suivi ou alors, très peu de temps, car après pratiquement 20 ans de métier, je me rends compte que je tutoie pratiquement tous les hommes et femmes politiques que je connais dans ma région.  Et ils me rendent le tutoiement qu’ils ont souvent été les premiers à m’adresser d’ailleurs. Ce n’est pas facile de résister au tutoiement qui invite à la confidence.

Ai-je pour autant perdu mon sens critique? Je ne le pense pas.  Je tutoie mes amis, mes collègues, ce qui ne m’empêche pas de leur dire ce que je pense quand quelque chose me déplait. Le tu est un peu devenu, ces dernières années, le you anglais qui ne fait pas la distinction entre le vouvoiement et le tutoiement.  Cela peut être un baromètre aussi: je me souviens de personnalités politiques être revenues au vouvoiement après un article qui leur a déplu et être repassées au tutoiement après un autre qu’elles considéraient comme plus favorable. Puis les hommes politiques comme les journalistes ne sont pas dupes: les premiers savent qu’en dépit du tutoiement, un journaliste reste un journaliste toujours susceptible de se servir de ses confidences d’une façon ou d’une autre, et les seconds savent qu’une confidence d’un responsable politique, même livrée sous le sceau du tutoiement, n’est jamais tout à fait innocente. L’important, je crois, est surtout de rester honnête et vigilant avec soi même. Et vous, cher lecteur, qu’en pensez-vous? Ou plutôt toi, cher lecteur, qu’en penses-tu?

« Si tu ne travailles pas bien »…

Plus de vingt ans que j’exerce ce métier. Et vingt ans que j’entends le même discours : il faut valoriser les métiers manuels. Les métiers en col bleu, comme on me disait lors de mon premier reportage sur le sujet. La ministre de l’Enseignement Marie-Dominique Simonet vient de lancer un plan de revalorisation de l’enseignement professionnel devenu hélas un fourre-tout. Sans doute vaut-il mieux tard que jamais, mais il est temps, grand temps. Cela me fait toujours de la peine lorsque j’entends des patrons du secteur de la construction et de l’horeca me confier leurs difficultés à trouver un ouvrier ou un employé qualifié, capable de se lever à l’heure, de respecter les horaires, d’être poli avec son employeur, d’être propre sur soi… alors que le taux de chômage flirte avec les 15% en Wallonie picarde.

Mais il y a de l’espoir quand je constate comment travaillent certaines écoles, comme l’institut le Tremplin à Mouscron, à qui Nord Eclair consacre une page complète dans son édition de vendredi. Le directeur Vincent Dumont ne stigmatise pas les jeunes. Il les plaint plutôt : « Cela ne doit pas être facile d’avoir 14 ans en 2012… Les ados sont bombardés de messages qui ne sont pas forcément ceux de l’école: on leur parle de loisirs, on leur montre des gens qui tapent dans un ballon et gagnent en 6 mois ce que la plupart des gens ne gagnent pas en une vie, alors que l’école leur dit: « sois présent, concentré, travaille… » Mais surtout, il les encourage avec toute son équipe éducative. « Un motivation, cela se construit », répète le directeur. Dans une autre école, le collège Saint-Henri, les enseignants y travaillent en binôme, par exemple: un ancien et un plus jeune, ce qui permet un meilleur suivi des élèves. Cela bouge, cela évolue.

Dans vingt ans, j’espère ne plus jamais entendre « si tu ne travailles pas bien, tu finiras en professionnel »…

Eric le rouge

Lorsque j’ai appris aujourd’hui qu’Eric Gerets allait peut-être diriger l’équipe nationale de football, j’ai retrouvé l’enthousiasme du grand gamin que j’étais lorsque j’encourageais le Standard de la belle époque. Eric le Rouge. Le lion de Rekkem. Je m’entends encore le mettre en garde depuis les premiers gradins situés le long de la ligne de touche, à droite bien sûr, parce que j’estimais qu’il n’était pas assez près de son adversaire lors de la demi-finale retour de la Coupe des Coupes contre Tbilissi. Comme si lui, le battant, le capitaine au cœur vaillant, avait besoin des conseils des supporters. Une légende. Une idole. Je n’étais pas fanatique au point de me laisser pousser la barbe, mais j’ai demandé de jouer arrière-droit, comme lui bien sûr, lorsque j’ai joué quelques années dans un modeste club de quatrième provinciale en Hainaut. Je me sentais l’âme d’un conquérant lorsque j’évoluais le long de la ligne de touche, même si mes chevauchées se soldaient le plus souvent par un centre raté.

Mon admiration n’a presque pas été entamée lorsqu’il a été suspendu pour avoir truqué un match contre Waterschei. Je préférais retenir de lui son obstination à vouloir remonter sur le terrain alors qu’il venait d’être  victime d’une commotion cérébrale lors du match contre la Hongrie lors de la Coupe du Monde en 1982 en Espagne. Un monument. Après avoir brillé sur le terrain et excellé comme entraîneur, Eric Gerets s’est pourtant laissé tenter par tout ce que j’exècre actuellement dans le football : l’argent-roi,  en Arabie Saoudite tout d’abord, puis au Maroc, deux pays qui ont plus besoin de démocratie que d’un entraîneur de foot payé rubis sur ongle.  Mais je n’arrive pas tout à fait en lui en vouloir alors qu’il a trahi l’idéal sportif que je projettais en lui.

De la jubilation, je vous disais, lorsque j’ai entendu son nom pour succéder au « traître » Georges Leekens. De l’idolâtrie, sans doute. De l’idiolâtrie, peut-être. Mais qu’est-ce que cela fait du bien de retrouver, de temps à autre, une âme de gamin…

En plein dans le Mille

NM-tremp.JPGMontée de l’extrême droite en France, entrée d’un parti ouvertement nazi au parlement de Grèce, marche fasciste en Hongrie, etc. Cela a suscité, partout en Europe, de grandes analyses politiques, des indignations enflammées et des éditoriaux bien sentis. Le 5 mai est parti de la gare de Bruxelles « le train des Mille » avec à son bord 700 jeunes Belges,  parmi lesquels 22 Mouscronnois de l’institut le Tremplin, une école professionnelle secondaire spécialisée. Destination: Auschwitz. Objectif: rendre hommage aux victimes déportées dans les camps d’extermination nazie. Ils sont rentrés jeudi.

Et ce lundi, je rencontrais quatre des 22 Mouscronnois, âgés de 18 à 19 ans. Pas de grands intellectuels, ni des enfants de bourgeois bohèmes, ni de jeunes gauchistes purs et durs. Mais des élèves modestes, dont le parcours scolaire n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. De futurs horticulteurs, peintres, commis de cuisine ou maçons. Aux mots simples mais directs. Ils sont revenus profondément touchés. « On est sans mot, on ne peut pas parler, on ne comprend pas », confie Donovan. « Je ne m’attendais pas à un tel choc », reprend Remy. Laura a dû retenir ses larmes devant l’amoncellement des chaussures d’enfants dans un hangar de la mort. Anna a été impressionnée par l’immensité de la porte d’entrée d’Auschwitz II. Leurs professeurs les ont aidés à mettre des mots sur les maux. La préparation du voyage a duré un an. Ils ont échangé, lu, vu des films, des documentaires.

Sur la route du retour, Abdel, un étudiant de confession musulmane, a pris spontanément le micro pour inviter ses camarades à faire attention lorsqu’ils seront amenés à voter. Cela vaut pour moi toutes les grandes analyses politiques, toutes les indignations enflammées et tous les éditoriaux bien sentis.