Les réfugiés ne sont pas tous des terroristes et les Mouscronnois ne sont pas tous des extrémistes.

Je vous livre ici le commentaire que j’ai écrit dans l’édition mouscronnoise de Nord Eclair du 20 octobre et qui accompagnait l’annonce d’une manifestation anti-réfugiés prévue le samedi 7 novembre  à Mouscron. J’estimais qu’il ne fallait pas vilipender ceux qui voulaient exprimer leur crainte face à un nombre important de personnes qu’ils ne connaissent pas et à propos desquelles circulent des préjugés tenaces. Mais c’était compter sans « les tisonniers de la haine », comme je les appelle. Depuis, l’organisatrice s’est en effet retirée de l’événement parce qu’elle a peur des débordements racistes, voire de la violence, après avoir lu les commentaires sur la page qu’elle avait créée pour préparer la manif. C’est affligeant, et c’est plus qu’un euphémisme. Moi-même j’essaie d’intervenir sur cette page pour informer, rectifier et démonter les rumeurs, sans me moquer de l’orthographe, mais en vain : je me fais plutôt allumer. Cela prouve aussi que le chantier reste énorme en matière d’éducation. Une consolation, malgré tout : est né depuis un mouvement solidaire baptisé « Mouscron réfugiés solidaires ». Les Mouscronnois ne sont pas tous extrémistes…

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Agressé à la rédaction pour un article que je n’ai pas écrit…

L’Association des Journalistes Professionnels (AJP) de Belgique m’a demandé d’écrire un billet d’humeur après l’agression dont j’ai été la victime le lundi 20 juillet à la rédaction de Nord Eclair Mouscron. Le texte est paru, au cours de ce mois de septembre, dans « Journalistes », le bulletin mensuel de l’AJP. Je le mets en ligne sur mon blog afin de le faire partager à ceux qui ne sont pas journalistes. Précision importante à l’égard de mes collègues et confrères qui ont appris mon agression dans le mensuel et qui se sont gentiment inquiétés : je vais mieux, même si je ne tourne pas la page de ma mésaventure aussi facilement que celle d’un journal.

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Nous sommes tous des Indiennes

Je pensais, sans doute naïvement, que l’émancipation des femmes avait gagné tous les esprits, surtout au XXIème siècle. Je me trompais. Deux faits, pourtant très éloignés géographiquement l’un de l’autre, me le rappellent douloureusement. Le premier est cet insupportable viol d’une jeune Indienne par six hommes dans un bus alors qu’elle rentrait du cinéma avec son petit ami. Ma vision, forcément tronquée, d’homme occidental mettait au départ ce crime sur le compte d’une société archaïque, où les femmes ont très peu droit de cité, même si les manifestations qui ont suivi laissent espérer une véritable prise de conscience. Mais le deuxième fait, plus proche de chez nous, m’incite à penser qu’il y a encore beaucoup de travail à faire sur les mentalités dans notre société occidentale. J’en veux pour preuve les commentaires qui ont suivi l‘enlèvement, le 29 décembre, d’une fille de 15 ans, heureusement retrouvée depuis, par un homme de 35 ans dans le parc communal de Mouscron. Certes ces remarques ne sont pas majoritaires, mais elles existent, hélas. « Attention, à cet âge-là, des jeunes filles peuvent aussi chauffer les mecs », disait un internaute sur le site en ligne d’un groupe de presse. Ben, voyons. Même les femmes ont parfois des commentaires interloquants comme cette personne qui se demandait pourquoi la victime avait répondu au sms envoyé par le ravisseur (un subterfuge en fait). « Bizarre », ajoutait-elle, comme si la jeune fille était forcément consentante.

Dans un autre contexte, cela rejoint l’avis, imbécile, qu’un prêtre italien avait affiché la semaine dernière à l’entrée de sa paroisse : il invitait les femmes à s’interroger sur leur manière de s’habiller, car elles pouvaient inciter les hommes au crime. Nous sommes au XXIème siècle, pour rappel. Cela renvoie encore au reportage d’une étudiante flamande, il y a quelques mois, sur les commentaires désobligeants et rétrogrades qu’elle essuyait parce qu’elle portait une jupe, même pas courte, dans certains quartiers de Bruxelles. Oui, au XXIème siècle.

Bien sûr, la condition de la femme s’est fortement améliorée en un siècle, mais il s’agit d’un combat permanent. Nous sommes tous des Américains, avaient dit des responsables politiques européens après les attentats du 11 septembre pour prouver aux USA que nous étions à leurs côtés. Nous sommes tous des Indiennes, ai-je envie d’écrire aujourd’hui.

Page blanche et idées noires

Lorsque j’ai ouvert ce blog, je m’étais promis d’écrire une note au moins une fois par semaine. Mais il s’est écoulé près de deux mois avant que je ne reprenne la plume pour livrer mes impressions personnelles sur l’actualité. La flemme automnale, le manque d’inspiration, une certaine lassitude face à la sinistrose économique de cette fin d’année, la perspective de la fin du monde en décembre 2012 ou encore les remarques verbales de certains lecteurs, dans lesquelles je ne sais si je dois déceler de l’ironie ou une forme de compliment? Un peu de tout cela sans doute. J’ai bien entamé trois notes sur le temps qui passe (qui file plutôt), le Tour de France et la culture sportive des citoyens de la communauté française de Belgique, mais sans aller jusqu’au bout. Les sujets ne manquaient pas pourtant en cette fin d’année: la fermeture de Ford Genk, l’avènement de Bart De Wever à Anvers, la zizanie au sein du PS de Mouscron, etc. Les mots ne sortaient plus. Ou plutôt ne me convainquaient pas. Ils sonnaient creux ou faux au point de les abandonner à leur sort.

La meilleure façon de dissiper l’angoisse de la page blanche et de retrouver l’inspiration? Un vieux truc de chroniqueur dont j’use ici: en parler en fait, en faire tout simplement le sujet d’une chronique.  Avec la ferme résolution de reprendre le fil de ce blog avec plus de régularité, de reprendre cet exercice gratuit avec moi-même pour ne pas perdre pied face à l’intensité du monde.

« Ça, ça fait réfléchir »

Dans ma note précédente, j’avais poussé un coup de gueule contre les réseaux sociaux. Internet est la pire et la meilleure des inventions, avais-je écrit. Je m’étais attardé sur le pire avec les réactions des internautes à la crise cardiaque de Michel Daerden sur la plupart des journaux en ligne. Un mélange de poujadisme et de méchanceté gratuite, le plus souvent sous le couvert de l’anonymat. Mais internet est capable aussi du meilleur comme j’ai pu m’en rendre compte après le reportage que j’ai consacré à une enseignante de l’institut des frères Maristes de Mouscron, atteinte d’un cancer particulièrement dangereux. Ce professeur de langues et d’économies reçoit le soutien de ses élèves sur facebook. éducation Continuer la lecture de « Ça, ça fait réfléchir »

« Une grosse pension de ministre en moins »

Internet est la meilleure et la pire des inventions. La meilleure lorsqu’il est instrument de savoir et de mise en relation. La pire lorsqu’il sert de catharsis aux plus vils instincts. En tant que journaliste, c’est souvent la réaction à nos articles mis en ligne qui me surprend toujours, très rarement en bien. Deux exemples : l’agression de la députée fédérale Christiane Vienne il y a quelques semaines et la crise cardiaque de Michel Daerden. La première affaire a donné un déchaînement de réactions poujadistes : si la parlementaire de Mouscron s’est fait piquer son sac à Bruxelles, c’est en gros en raison de la politique de sécurité mise en place par le PS. Ce ne sont pas les socialistes qui sont à l’Intérieur et à la Justice, mais soit; l’ignorance est souvent l’alliée de la bêtise. Deuxième affaire : l’état de santé de l’ancien ministre des Pensions, alias papa, qui a aussi suscité des commentaires intolérables. Je n’en citerai qu’un qui n’est pas le pire, mais qui en dit long: « un grosse pension de ministre en moins ». On peut aimer ou ne pas aimer le Liégeois. On peut critiquer ce qu’il a fait pendant sa vie politique; c’est même un devoir pour les journalistes. Mais dans des circonstances comme celles-ci, Michel Daerden a droit au respect de sa personne. Un homme ou une femme politique, c’est aussi une famille, des proches, des amis, quelle que soit son obédience, quelles que soient les idées qu’il ou elle défend.

Les journaux tentent bien de modérer les commentaires. Sudpresse les a même reliés au profil facebook pour éviter les pseudos, car l’anonymat permet d’écrire n’importe quoi en toute impunité, mais les internautes se sont empressés de se fabriquer un faux profil ou de mettre une photo bidon. Pas tous heureusement, mais beaucoup. Et je n’évoquerai pas ici les réactions aux faits divers, surtout si un des protagonistes a le malheur de s’appeler Mohamed ou Rachid.

Ce que je vais écrire va peut-être paraître exagéré, mais toutes ces réactions poujadistes, xénophobes et racistes me rappellent mes cours d’histoire et, plus précisément, le contexte des années trente avant l’avénément du nazisme. L’humanité est parfois à désespérer.

Rue des Haies : l’obstacle de l’insécurité et de l’incivisme

Un des reportages que j’ai couverts cette semaine est un peu un cas d’école en matière de relations entre citoyens et hommes politiques. D’un côté : des riverains de la rue des Haies à Mouscron qui sont excédés par la vitesse des véhicules qui passent dans leur rue. Deux accidents ont fait monter leur exaspération d’un ton. Et de l’autre : un échevin des Travaux dont l’envie de bien faire est manifeste mais qui ne peut pas placer des casse-vitesse partout où les automobilistes ne lèvent pas le pied. Sur place, j’ai pu constater que les habitants du quartier n’exagéraient pas. Au cours de la demi-heure où j’ai été présent, une dizaine de véhicules sont passés sans ralentir alors que la voirie est constituée d’un étranglement avec un « laisser le passage » prioritaire dans l’autre sens. Un poids lourd s’est engagé alors qu’un panneau « interdit aux 3,5 tonnes » est apposé à l’entrée de la rue. Les citoyens souhaitent la pose d’un casse-vitesse et l’aménagement de la voirie en sens unique. Pas souhaitable, répond l’échevin : un casse-vitesse risque de poser des problèmes de nuisances sonores (des riverains d’une autre rue ont même mené un procès contre la Ville pour enlever les casse-vitesse qui faisaient « claquer » les automobiles les franchissant). Et un sens unique risque au contraire d’inciter les conducteurs à accélérer. Selon lui, l’étranglement devrait suffire à faire ralentir les automobilistes derrière chacun desquels il ne peut mettre un policier. On ne peut lui donner tort, mais ses explications ne calment pas la colère des riverains qui vont dès lors s’adresser au… bourgmestre.

C’est une situation typique de politique (et de presse) régionale. D’un côté, des citoyens toujours prêts à critiquer leurs représentants politiques, mais qui leur demandent l’impossible dès que surgit un problème au pas de leur porte.  Et de l’autre, des responsables politiques souvent démunis face à l’incivisme de leurs concitoyens, en l’occurrence celui des automobilistes. Ici, la solution passe peut-être par davantage de contrôles de vitesse, mais la police de Mouscron est fort engagée par sa lutte contre les home-jackings. Une bonne solution? Cela me renvoie à une autre affaire similaire traitée par une collègue,  à Brunehaut  cette fois. Même chose : les riverains d’une rue se plaignaient de la vitesse excessive des véhicules de passage. La police a donc placé  un radar dans ladite rue. Avec un constat qui a entraîné une nouvelle levée de boucliers: la plupart des voitures en excès de vitesse avaient pour propriétaire les riverains eux-mêmes…

Des boîtes d’antidépresseurs à la figure

Mercredi matin, une lectrice a franchi la porte de la rédaction de Nord Eclair Mouscron complètement furieuse. Elle a même renversé, plutôt violemment, sur le bureau de notre assistante d’édition un sac rempli de boîtes de médicaments, vides, qui étaient des antidépresseurs et des calmants. Elle était tellement énervée qu’elle a eu du mal à expliquer l’objet de son courroux : un article qui faisait état d’une sordide affaire de viol. Son nom n’était pas cité, ni son adresse, mais des voisins l’ont apparemment reconnue et ont « aimablement » glissé l’article dans sa boîte aux lettres. J’ai pensé à une erreur ou à une maladresse d’un journaliste, cela peut arriver, mais non l’auteur de l’article avait fait correctement son travail : il a tout simplement relaté une séance du tribunal correctionnel de Tournai en publiant les différents points de vue, celui de l’avocat de la défense qui représente les intérêts de l’auteur du délit et celui du Procureur du Roi qui prend la parole au nom de la société. Un compte-rendu, comme on dit dans le jargon journalistique, sous le titre « tribunal ». La dame ne pouvait pas comprendre que l’affaire s’était retrouvée dans le journal, dans le nôtre mais aussi dans ceux de la concurrence. Elle était accompagnée d’une amie qui partageait son incrédulité. L’assistante d’édition et moi-même eûmes beau essayer, au moins trois fois, de leur expliquer calmement que les séances du tribunal correctionnel étaient publiques et ouvertes à la presse, que l’anonymat avait été respecté, rien n’y faisait. Elles restaient persuadées qu’un protagoniste de l’affaire était passé par la rédaction pour nous raconter l’histoire à laquelle nous avions accordé du crédit sans vérifier et sans la plus élementaire prudence.

Je pouvais comprendre la colère de la dame qui est une victime dans ce dossier. Elle ne peut émotivement pas avoir le recul nécessaire. Mais j’ai été sidéré par son manque de connaissance de la procédure judiciaire. Son amie et elle semblaient pourtant des personnes instruites, l’une’étant même une artiste à ses heures, mais le fonctionnement de la justice et de la presse semblait complètement les dépasser. La dame, victime, ne s’était même pas constituée partie civile. Et elle ne s’était pas renseignée sur la date du procès, ni sur celle du jugement à venir. Je les ai invitées à se rendre au palais de justice où des assistantes d’aide aux victimes pouvaient les prendre en charge, les soutenir, vérifier si elles avaient été correctement informées de la procédure, etc, mais elles n’avaient pas l’air de prendre mon conseil au sérieux. C’était dans le journal et, par conséquent, c’était la faute du journal.

Ce n’est pas la première fois qu’un journaliste se fait engueuler, et ce n’est sans doute pas la dernière, mais cette affaire invite à la modestie. Avec la multiplication des sources et des réseaux d’information, on a parfois le sentiment que nos contemporains savent tout sur tout, qu’ils n’ignorent plus rien du fonctionnement de la presse, de la justice, de la politique, etc. bref de la démocratie. Mais non, il faut sans cesse expliquer, vulgariser. Expliquer encore. Et encore. Sous peine de se prendre à nouveau des boîtes d’antidépresseurs et de calmants à la figure.

Disparaître derrière son sujet…

J’ai noté, dans mon calepin, une phrase du photographe Raymond Depardon que lui avait dite un chef de service lorsqu’il travaillait pour une agence de presse. Il l’a rappelée à un journaliste du Soir qui l’interviewait cette semaine : « à mes débuts, on me disait : ‘oulala, tu commences à te prendre la tête. Tu n’es qu’un journaliste. Tu dois disparaître derrière ton sujet ». Je l’ai notée parce que la phrase correspond à l’idée que je me fais du métier : on doit effectivement s’effacer derrière son sujet. Raymond Depardon, lui, n’était pas tout à fait d’accord avec la sentence de son chef de service : un auteur ou un artiste peut naître derrière le sujet, ce qu’il est devenu d’ailleurs, mais alors, selon moi, on sort du journalisme.

Hasard de l’agenda : le jour où je découvre ce souvenir de Raymond Depardon dans le Soir, je suis invité à tester trois véhicules 100% électrique de Renault dans les rues de Mouscron. Et qu’ai-je fait avec deux de mes collègues : je me suis mis en scène, photos et vidéo à l’appui, derrière le volant de ces véhicules qui sont bluffants par ailleurs. Je ne me suis pas tout à fait effacé derrière le sujet…

Le citoyen peut aussi se bouger

Mercredi, à Mouscron, se terminait l’enquête publique relative au permis d’urbanisme demandé par le propriétaire du Refuge, l’ancien hôpital du quartier du Tuquet, qu’il souhaite transformer en un centre d’accueil susceptible d’accueillir jusqu’à 900 candidats réfugiés. On s’attendait à une véritable ruée sur les documents, que les  Mouscronnois pouvaient consulter à trois endroits différents, vu le tollé qu’avait suscité le projet avec manifestations, pétitions, interpellations au conseil communal, etc. Mais seulement 130 personnes ont émis des remarques, ce qui est beaucoup par rapport à d’autres enquêtes publiques, mais très très peu par rapport à l’irritation citoyenne.

Alors des grandes gueules, les Mouscronnois, qui se dégonflent dès qu’il s’agit de passer à l’action? Nous n’irons pas jusque là. Je placerai surtout le manque de mobilisation sur le compte de l’ignorance et de la paresse intellectuelle. La marche à suivre pour l’enquête publique a été affichée aux alentours de l’ancien hôpital, a été expliquée dans les journaux et à la télévision régionale, mais beaucoup de citoyens ne font pas beaucoup d’efforts pour aller chercher l’information ou, plus simplement, pour s’intéresser à la chose publique en dehors du cadre de la simple manifestation d’un ras-le-bol. Ils s’attendent à ce que cela tombe tout cuit dans leur boîte aux lettres, comme le prouvent les réactions sur le site de Nord Eclair à propos de l’article qui s’étonnait de la faible mobilisation. Beaucoup d’internautes ne savent d’ailleurs manifestement pas ce qu’est exactement une enquête publique. Bien sûr, c’est aux médias et aux responsables politiques d’expliquer à nouveau et d’expliquer encore, mais c’est aussi au citoyen de se bouger un peu.  C’est valable pour ce projet qui n’aboutira probablement pas, vu que le Collège communal va émettre un avis négatif, mais aussi pour tout ce qui touche de près et de loin la vie publique : le citoyen est avant tout un acteur de son propre devenir, il ne peut se contenter d’être un observateur râleur.