Jasper (Canada) renaît doucement de ses cendres

Grâce à mon fils Maxime qui y travaille pour une année dans le cadre d’un PVT (Permis Vacances-Travail), je découvre la région magnifique qu’est, au coeur des Rocheuses canadiennes, le parc national de Jasper. Les montagnes sont grandioses, les rivières sont débordantes de beauté même si la ville de Jasper et ses alentours portent encore les stigmates des incendies violents de 2024.

La municipalité elle-même a perdu 30% de ses infrastructures, soit 358 bâtiments détruits. Plus de 20.000 personnes ont dû être évacuées. Environ 33.000 hectares de forêt sont partis en fumée. Il suffit de se promener dans les alentours pour se rendre compte de l’ampleur du désastre. Les arbres ne sont plus que de tristes tiges noircies. Le gouvernement canadien a investi 160 millions de dollars pour la reconstruction de Jasper.

Deux ans après les incendies, dont la chronologie est très bien retracée par le site officiel des parcs nationaux du Canada, la région renaît doucement de ses cendres. Les touristes sont revenus. Les hôtels, campings et autres lieux d’hébergement affichent d’ailleurs complets en ce mois d’août 2026. J’ai la chance de loger chez mon fils dans une des infrastructures modulaires, semblables à d’immenses mobil-homes, que les autorités canadiennes ont mis à la disposition des habitants évacués et du personnel (employés réguliers et saisonniers) moyennant un loyer relativement modéré. Maxime loge à Marmot Meadows, sorte de cité miniature reconstruite avec toutes les commodités, à environ un quart d’heure de voiture du centre-ville. Ce n’est pas Byzance, mais les locataires semblent s’y adapter. Mon fils a retrouvé les joies et les difficultés de la vie communautaire comme à l’époque de sa vie étudiante à Louvain-La-Neuve.

Jasper est en pleine reconstruction. Des nouvelles infrastructures sortent de terre, des maisons sont reconstruites. Cela ne nuit cependant pas au charme de la ville dont le coeur névralgique, avec ses boutiques et ses restaurants, n’a pas été touché ou relativement peu. Le tourisme qui occupe 63% de la main-d’oeuvre locale reprend vigueur. Voilà pour l’aspect humain qui n’est évidemment pas négligeable vu le nombre de personnes qui ont perdu leurs biens et ont dû être relogées. Un centre de coordination du rétablissement de Jasper organise et supervise le tout.

« Le feu est destructeur, mais aussi régénérateur de forêts. »

L’impact écologique est énorme. On estime à un siècle la régénération complète de la forêt. Mais les spécialistes de l’environnement ne semblent pas inquiets outre mesure. « Le feu est destructeur, mais aussi régénérateur de forêts », explique Radio Canada sur son site officiel. La chaleur intense des feux libère, par exemple, les graines des cônes des pins gris pour favoriser leur germination. Les arbres peuvent se remettre comme le prouvent les cicatrices laissées dans leur carotte par les feux précédents dont certains remontent jusqu’au 18ème siècle.

Le long des routes et sur les chemins de randonnée, de nombreux panneaux explicatifs.

Il y a de nombreux panneaux explicatifs pour expliquer l’impact des feux, pas nécessairement nuisible, comme celui du lac Talbot, où j’ai fait une heure de kayak avec Maxime : « Pour certaines personnes, un paysage noirci peut sembler dénudé et laid, mais le feu apporte la beauté et le renouvellement. Nombre de plantes et d’animaux sont adaptés à la survie dans ces conditions, et certains dépendent même du feu pour prospérer. A peine quelques jours après que les flammes se soient éteintes, les équipes de lutte contre les incendies ont vu des ours et des loups dans les forêts brûlées du chaînon Syncline. Moins d’un an plus tard, des mouflons d’Amérique et des cerfs venaient se régaler de nouvelles plantes à peine écloses ».

« Sans feu, nos forêts sont composées de peuplements de même âge et essence et deviennent des victimes faciles pour les infestations d’insectes, les épidémies et les feux échappées (…) Le sol noirci par le feu absorbe la chaleur et regorge de substances minérales fraîchement libérées », est-il encore écrit. Pendant les incendies, on raconte qu’une maman ourse a sauvé ses deux petits en les conduisant dans les eaux du lac le plus proche.

Le Canada peut-il servir d’exemple à l’Europe aussi dévastée par les feux de forêt?

L’optimisme est cependant tempéré par le réchauffement climatique. Il y a eu certes d’importants feux de forêt au cours des siècles passés, mais ils n’étaient pas aussi fréquents, étendus et destructeurs qu’au cours de ces dernières décennies. Le sol se regénèrera-t-il aussi vite et avec les mêmes bienfaits qu’autrefois sous l’effet du réchauffement? La question reste ouverte. La manière dont les Canadiens traitent la question des feux de forêt peut servir d’exemple aux Européens qui, au cours de l’année 2026, ont perdu des milliers d’hectares forestiers.

A titre personnel, j’ai été surpris et attristé par le spectacle de ces arbres noircis, parfois couchés à travers les sentiers, par les feux de 2024; un spectacle de désolation, mais j’ai vite retrouvé de l’enchantement lors de mes balades comme cette vue incroyable sur la rivière Athabasca depuis Old Fort Point ou ce panorama sur la ville et le parc national depuis Whistlers Mountain. Les fleurs sont autant de points de couleur auxquels s’accroche l’espoir. Puis il suffit d’une heure à peine en voiture pour découvrir des paysages intacts comme le lac Maligne. Prendre la route des Glaciers permet de saisir le contraste entre les régions épargnées et les autres.

Bref, je ne regrette pas du tout le voyage et incite celles et ceux qui me lisent à tenter cette belle aventure dans les Rocheuses canadiennes.

A quoi ça sert la culture, nom d’un chien?

En Flandre, le gouvernement présidé par le N-VA Jan Jambon a décidé de supprimer jusqu’à 60% des subsides alloués à la culture et au patrimoine. Ce n’est pas propre à la Flandre, car la culture est souvent le premier secteur qui trinque lorsqu’il s’agit de faire des économies d’échelle.

Mais finalement à quoi ça sert la culture, l’art sous toutes ses formes? J’ai eu la réponse il y a quelques semaines juste en face de mon bureau à Nord Éclair sur la Grand-Place de Tournai. Un jeune Roumain avait sculpté, dans le tas de sable qu’il transportait avec lui, un chien. Un chien plus vrai que nature au point que mes collègues et moi avons cru de notre fenêtre qu’il s’agissait d’un véritable animal en chair et en os destiné à apitoyer les passants pour une petite pièce.

Les passants s’arrêtaient bien pour une petite pièce, mais en plus ils l’assaillaient de questions : d’où venait-il ? Où avait-il appris à sculpter? N’était-il que de passage? Où dormait-il? Savait-il sculpter autre chose que des chiens? Le Roumain répondait en fronçant les sourcils. Il ne maîtrisait ni le français, ni l’anglais. Moi-même j’ai tenté d’en savoir plus pour un article dans le journal. Un passant italien a tenté de m’aider, l’italien et le roumain étant relativement proches, mais en vain…

Il n’est resté qu’une journée mais quel succès.

Je crois que le jeune SDF ne voulait pas trop en dire. Cela ne l’a pas empêché d’avoir un sacré succès si on en juge le petit récipient noir qui, devant son oeuvre éphémère, se remplissait à vue d’œil de petites pièces et même de quelques billets. Dès qu’il avait suffisamment d’argent, il se précipitait à la boulangerie du coin pour un sandwich, une couque au chocolat ou un café chaud. Le boulanger était tellement séduit par son talent qu’il refusait de se faire payer.

Avec son chien de sable, le jeune Roumain a récolté bien plus de bienveillance que tous les SDF de la Grand-Place réunis. Car hélas, les Tournaisiens – mais cela ne leur est pas propre – ne font pas toujours preuve de beaucoup d’indulgence à l’égard des mendiants et des sans-abris, de plus en plus nombreux ces dernières années sur le forum de la cité.

Avec son chien de sable, le jeune Roumain a réussi à capter l’attention, à susciter l’enthousiasme, à faire parler les passants entre eux, à faire renoncer un commerçant à son dû, à provoquer des sourires, à faire oublier qu’il était un étranger…

Alors, ça sert à quoi la culture? Ça sert à quoi l’art, nom d’un chien? A apaiser les hommes et les âmes. Et ça n’a pas de prix…

L’herbe est plus verte qu’autrefois…

Je me suis rendu mercredi matin à la conférence de presse qui présente le salon professionnel de l’autonomie fourragère prévu le 17 septembre prochain à Thieulain (Leuze-en-Hainaut). Cela m’intéressait à double titre : tout d’abord je suis sensible à la cause environnementale et ensuite je suis petit-fils d’agriculteur du côté de ma maman.  L’objectif du salon est de réapprendre aux professionnels de l’agriculture à ré-apprivoiser ou plus exactement à valoriser l’herbe pour les rendre plus autonomes dans le nourrissage de leurs animaux. Car, mais oui, les vaches sont des ruminants qui mangent de l’herbe! On l’avait presque oublié depuis qu’on les nourrit essentiellement au soja, un produit certes agricole mais qui vient le plus souvent de pays lointains comme le Brésil devenu écologiquement irresponsable. Il y a quelques années, on les avait même nourris avec des farines animales au point de rendre ces pauvres bêtes folles.

C11A3929 (2)
Hé oui, je suis un ruminant. Je mange de l’herbe, étonnant, non?

Il faut donc aujourd’hui un salon pour rappeler aux paysans toutes les vertus de l’herbe. S’il vivait encore, mon grand-père aurait enlevé sa casquette, se serait gratté la tête en se demandant, un petit sourire en coin, si le monde n’est pas devenu fou… Il se serait sans doute esclaffé en entendant la question d’un petit garçon à un fermier lors d’une visite scolaire à la ferme que j’ai couverte il y a quelques mois  dans le cadre d’un autre reportage : « est-ce que les vaches mangent des chats? » Le gamin n’était pourtant pas un petit citadin, mais bien un petit gars de notre région semi-rurale.

Tous les produits de la terre devraient être naturellement bio…

Loin de moi l’idée de tourner en dérision le salon de l’autonomie fourragère, car les objectifs des organisateurs sont louables: inscrire l’agriculture dans le développement durable, lui faire quitter les sillons de l’industrie agro-alimentaire qui ont fait des paysans des esclaves de la terre. J’ai de l’admiration pour le couple d’agriculteurs qui accueille le salon sur ses terres: un physicien et une mathématicienne qui ont quitté le monde de l’enseignement et de la recherche pour cultiver la terre. Ils veulent transformer leur exploitation en ferme 100% bio.

Le bio… Voilà un terme qui aurait aussi fait sourire mon grand-père. Tout ce qui est issu de la terre ne devrait-il pas être naturellement bio, du grec « bios » qui signifie la vie? Cela veut-il dire que tout ce qui n’est pas bio n’est pas vraiment vivant? On peut le penser avec tous les produits phytosanitaires de l’agriculture conventionnelle qui ont appauvri, voire empoisonné, les sols. Je me suis toujours dit que la classification des produits agricoles n’était pas vraiment juste. On ne devrait pas faire la distinction entre les produits « bio » et les autres, mais bien entre les produits « agrochimiques » et les autres. Vous imaginez les grandes surfaces avec d’un coté le rayon des produits « agrochimiques » et de l’autre les produits vraiment agricoles c’est-à-dire qui respectent la terre? Les consommateurs auraient vite fait leur choix à mon avis.

Je rêve sans doute. Pourtant, je vous l’assure, je n’ai pas fumé de… l’herbe.

Lettre à mon chat dans l’au-delà

DSC_0522
Mirabelle.

La légende prétend que les chats ont neuf vies. Tu devais en avoir quelques-unes derrière toi, Mirabelle, lorsque tu es rentrée dans la nôtre un beau jour de 2001. Tu te méfiais en effet des hommes comme si tu t’étais déjà heurtée plusieurs fois à leur suffisance et à leurs turpitudes. Au mieux, tu les toisais du regard, la queue balayant l’air avec un ennui consommé depuis un endroit perché, le plus souvent l’appui de fenêtre qui donne sur notre rue ou alors ton panier qui trônait sur la chaîne hi-fi de la salle à manger. Les voitures existaient déjà aux époques que tu as traversées, parce que jamais ta prudence n’a été prise en défaut, comme si tu avais perdu une de tes vies précédentes sous les roues d’un conducteur imprudent. Dès que tu entendais vrombir un moteur, jamais tu ne te précipitais, tête baissée, vers l’avant comme le font la plupart de tes congénères au péril de leur vie. Tu revenais illico sur tes pas. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles tu as vécu aussi longtemps. 16 ans et demi. 80 ans, si c’était une vie d’homme.

Lire la suite Lettre à mon chat dans l’au-delà

M… alors! Mettre son pied dedans ne porte pas bonheur…

Dimanche, la veille de la reprise du boulot, j’ai été me balader en famille dans les rues de Tournai. J’ai été tristement surpris par le nombre de déjections canines qui jonchaient les trottoirs. Il y avait même plusieurs étrons au pied de la cathédrale, juste à côté du panneau qui avertit d’une amende de 50 euros les propriétaires de chiens peu tatillons avec la propreté publique. C’était comme une provocation. J’aime les toutous. J’ai moi-même un Border Collie que j’adore, que j’emmène  en vacances avec moi, qui est comme un membre de la famille et dont je vante souvent les mérites au point de susciter des sourires gentiment moqueurs chez mes collègues.

tournai
Mon chien Mila

Lire la suite M… alors! Mettre son pied dedans ne porte pas bonheur…