A tu et à toi avec le politique

Mercredi, à la Maison de la culture de Tournai, j’étais invité à participer à une table ronde organisée par la Helha sur le thème de la démocratie et les médias. C’est toujours intéressant de participer à ce genre de débats, car cela permet de réfléchir sur son métier, sur le sens qu’on lui donne. On m’a interrogé plus précisément sur la proximité entre la presse et le monde politique. Dans la presse régionale, responsables politiques et journalistes sont amenés à se côtoyer presque quotidiennement.

Je suis parti d’une question simple: peut-on, comme journaliste, tutoyer un élu, quel que soit son niveau de pouvoir, son obédience? Les bouquins sur le journalisme que je lisais lorsque j’étais au début de ma carrière étaient formels : non, surtout pas. Je me souviens d’un passage dans le livre « Un temps de chien », d’Edwy Plenel, un journaliste français d’investigation très connu, qui le déconseillait très fortement. Le vouvoiement permet la distance, considère-t-il, la distance critique. C’est un conseil que je n’ai pas suivi ou alors, très peu de temps, car après pratiquement 20 ans de métier, je me rends compte que je tutoie pratiquement tous les hommes et femmes politiques que je connais dans ma région.  Et ils me rendent le tutoiement qu’ils ont souvent été les premiers à m’adresser d’ailleurs. Ce n’est pas facile de résister au tutoiement qui invite à la confidence.

Ai-je pour autant perdu mon sens critique? Je ne le pense pas.  Je tutoie mes amis, mes collègues, ce qui ne m’empêche pas de leur dire ce que je pense quand quelque chose me déplait. Le tu est un peu devenu, ces dernières années, le you anglais qui ne fait pas la distinction entre le vouvoiement et le tutoiement.  Cela peut être un baromètre aussi: je me souviens de personnalités politiques être revenues au vouvoiement après un article qui leur a déplu et être repassées au tutoiement après un autre qu’elles considéraient comme plus favorable. Puis les hommes politiques comme les journalistes ne sont pas dupes: les premiers savent qu’en dépit du tutoiement, un journaliste reste un journaliste toujours susceptible de se servir de ses confidences d’une façon ou d’une autre, et les seconds savent qu’une confidence d’un responsable politique, même livrée sous le sceau du tutoiement, n’est jamais tout à fait innocente. L’important, je crois, est surtout de rester honnête et vigilant avec soi même. Et vous, cher lecteur, qu’en pensez-vous? Ou plutôt toi, cher lecteur, qu’en penses-tu?

Publié par

carnet de bord de Daniel Foucart

Journaliste à Nord Eclair belge (Tournai et Mouscron) depuis 1991, passionné par l'actualité vue par le petit bout de la lorgnette. Et à bord : quelques tranches de vie.

2 réflexions au sujet de “A tu et à toi avec le politique”

  1. Monsieur le Journaliste,
    Puisque vous nous invitez à répondre, je vais vous faire part de ces quelques réflexions:
    Récemment, nous nous posions la question entre collègues de ce rapport à l’autre dans un cadre professionnel. Personnellement, je vouvoie et j’ai beaucoup de mal à tutoyer d’emblée et récemment, je me rendis compte qu’un collègue moins ancien que nous, dans ces situations tutoyait allègrement. Suis-je coincé me dis-je? Il est vrai que la dernière fois, dans une conversation téléphonique, j’ai tutoyé un directeur d’administration parce que j’étais furieux des lenteurs et il m’a répondu que nous ne nous connaissions pas. Je suis donc tout naturellement revenu au vous.
    Après réflexion, je me dis que l’utilisation des registres permet effectivement de faire sentir à son interlocuteur l’agacement, la gène, la colère, l’affection. Je me souviens de ma grand-mère agricultrice qui utilisait le vouvoiement dans toutes les circonstances et particulièrement quand elle était fâchée sur ses petits enfants.
    Pour les politiques, c’est une autre histoire, ils utilisent souvent le tu pour feindre la proximité et vous snobent quand quelque chose leur a déplu, s’ ils craignent que vous les critiquiez ou leur demandiez quelque chose. Le politique est un animal à sang froid qui a dans se besace un paquet d’outils dont le vous et le tu sont la pince monseigneur. Sans vouloir tomber dans des clichés, il est souvent difficile de voir quand ils sont sincères.
    Pour ma part je continuerai donc à faire dominer le vous tout en jouant du tu avec sincérité comme tu le dis si bien dans ton article.

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