La version d’un Latiniste heureux

En découvrant il y a quelques jours les résultats d’une enquête selon laquelle les élèves qui ont pratiqué le latin et le grec réussissent mieux leurs études supérieures, même scientifiques, j’ai pensé au banquier de mes parents. Avec une anecdote qui remonte il y a près de 30 ans: je révisais mes déclinaisons latines à la table du séjour, tandis qu’il comptait la monnaie du commerce familial qu’il venait récolter tous les mercredis. Entre un paquet de pièces de 5 francs belges et une pile de billets de 20, l’employé de banque interrompit ses calculs et me lança: “ Le latin, ça ne sert à rien! ” Du haut de mes 14 ans, j’avais beau lui expliquer l’influence du latin dans la langue française, en vain: sa phrase sonnait comme une sentence, sans appel. Le banquier de mes parents n’était pas le dernier à se gausser de l’utilité d’une langue dite “ morte ”. Je pense encore à la chanson de Jacques Brel, “ Rosa ”: “ C’est le plus vieux tango du monde/Celui que les têtes blondes/Ânonnent comme une ronde/En apprenant leur latin/C’est le tango du collège/Qui prend les rêves au piège/Et dont il est sacrilège/De ne pas sortir malin […]. C’est le tango des forts en thème/Boutonneux jusqu’à l’extrême/Et qui recouvrent de laine/Leur cœur qui est déjà froid/C’est le tango des forts en rien/Qui déclinent de chagrin/Et qui seront pharmaciens/Parce que papa ne l’était pas ”. Plus récemment, notre ancienne ministre de l’Enseignement Marie Arena a voulu faire un sort au latin en secondaire, parce que la discipline était, à ses yeux, trop “ discriminatoire ” (le mot de la langue française qu’elle a utilisé le plus au cours de son mandat).

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Un dessin de Serdu

N’en déplaise au banquier, à Jacques Brel et à Marie Arena, le latin est sans doute le cours qui m’a apporté le plus sur le plan de la formation intellectuelle. Non pas que je sois capable de deviser en latin à haute voix comme le vieux pirate à la jambe de bois dans les albums d’Astérix – je voulais d’ailleurs truffer mes propos de citations latines, mais aucune ne m’est venue spontanément à l’esprit. L’apport du latin est plus subtil: il exerce le cerveau à une certaine logique. Avant de pouvoir traduire un texte du poète Virgile ou de l’orateur Cicéron, il faut passer par une série d’apprentissages certes fastidieux (le vocabulaire, les déclinaisons, la grammaire, etc.), mais qui une fois maîtrisés, s’avèrent d’une utilité jouissive. Les versions latines ne m’ennuyaient jamais: les mots étaient comme autant de pièces d’un puzzle que j’essayais de reconstituer à la manière d’un Indiana Jones ou d’un Benjamin Gates à la découverte d’une énigme.

Le latin inscrit l’apprentissage dans la durée – Rome ne s’est pas faite en un jour. Il exige de la patience et donne du sens à l’effort (ouille, un gros mot pédagogique). L’analyse des textes des plus grands auteurs incite aussi à l’humanisme. Loin de moi l’idée de faire du latin la panacée des élites. Les mathématiques modernes et la mécanique forment sans doute aussi bien les esprits, pour autant que les professeurs qui les dispensent soient enthousiastes, comme furent les miens. C’est une grande richesse que m’a donc procurée le latin. Certes, je vous l’avoue, pas celle qu’imaginent les banquiers. Ma fortune est tout autre. Fortuna, en latin, ne signifie-t-il pas bonheur…

(1) Chronique que j’ai écrite, sous le pseudo « Vintje », dans le Nord Eclair du 30 mars 2008 et dont le titre était « les Propos du Dimanche », imaginés par Luc Parret, alias Eleph. Serdu, dont je reproduis ici le dessin, était notre illustrateur.

 

Nous sommes tous des Indiennes

Je pensais, sans doute naïvement, que l’émancipation des femmes avait gagné tous les esprits, surtout au XXIème siècle. Je me trompais. Deux faits, pourtant très éloignés géographiquement l’un de l’autre, me le rappellent douloureusement. Le premier est cet insupportable viol d’une jeune Indienne par six hommes dans un bus alors qu’elle rentrait du cinéma avec son petit ami. Ma vision, forcément tronquée, d’homme occidental mettait au départ ce crime sur le compte d’une société archaïque, où les femmes ont très peu droit de cité, même si les manifestations qui ont suivi laissent espérer une véritable prise de conscience. Mais le deuxième fait, plus proche de chez nous, m’incite à penser qu’il y a encore beaucoup de travail à faire sur les mentalités dans notre société occidentale. J’en veux pour preuve les commentaires qui ont suivi l‘enlèvement, le 29 décembre, d’une fille de 15 ans, heureusement retrouvée depuis, par un homme de 35 ans dans le parc communal de Mouscron. Certes ces remarques ne sont pas majoritaires, mais elles existent, hélas. « Attention, à cet âge-là, des jeunes filles peuvent aussi chauffer les mecs », disait un internaute sur le site en ligne d’un groupe de presse. Ben, voyons. Même les femmes ont parfois des commentaires interloquants comme cette personne qui se demandait pourquoi la victime avait répondu au sms envoyé par le ravisseur (un subterfuge en fait). « Bizarre », ajoutait-elle, comme si la jeune fille était forcément consentante.

Dans un autre contexte, cela rejoint l’avis, imbécile, qu’un prêtre italien avait affiché la semaine dernière à l’entrée de sa paroisse : il invitait les femmes à s’interroger sur leur manière de s’habiller, car elles pouvaient inciter les hommes au crime. Nous sommes au XXIème siècle, pour rappel. Cela renvoie encore au reportage d’une étudiante flamande, il y a quelques mois, sur les commentaires désobligeants et rétrogrades qu’elle essuyait parce qu’elle portait une jupe, même pas courte, dans certains quartiers de Bruxelles. Oui, au XXIème siècle.

Bien sûr, la condition de la femme s’est fortement améliorée en un siècle, mais il s’agit d’un combat permanent. Nous sommes tous des Américains, avaient dit des responsables politiques européens après les attentats du 11 septembre pour prouver aux USA que nous étions à leurs côtés. Nous sommes tous des Indiennes, ai-je envie d’écrire aujourd’hui.

Ma (petite) revue de presse

Comme tout journaliste qui se respecte, enfin je le suppose, je suis un boulimique d’informations. J’ingurgite ma première fournée dès 6h30 ou 7h, selon l’horaire scolaire de mes enfants, avec Vivacité Hainaut. Dans le brouillard, entre veille et sommeil, je me fais une première idée de l’actualité régionale. Avant d’avaler le petit déjeuner, direction la boîte aux lettres pour me procurer le Nord Éclair. Très égoïstement, je me précipite sur l’article que j’ai écrit pour l’édition du jour. Je le relis pour vérifier si je n’ai pas commis une faute de style ou, pire, d’orthographe. Je vérifie aussi comment le secrétaire de la rédaction de la veille a « vendu » mon sujet en Une ou s’il n’a pas modifié le sens en changeant mon titre. J’avoue que j’ai plus d’une fois renversé mon café.

Sur la route de l’école, lorsque je conduis mes enfants, c’est Matin Première (RTBF) qui anime la voiture. J’essaye de puiser dans l’actualité nationale, voire internationale, un sujet que je pourrais décliner en région. C’est aussi l’occasion de faire connaître à Valentine et Maxime les noms de ceux qui font (ou défont) la politique de ce pays. J’aime beaucoup la manière dont Bertrand Henne mène ses entretiens. Après avoir déposé mes enfants aux grilles de l’athénée Bara, je fais parfois un petit détour par Bel-Rtl, histoire d’écouter les imitations d’André Lamy et d’Olivier Leborgne. Ou alors je reste sur la Première pour la chronique décalée « le café serré », mon préféré étant celui de Thomas Gunzig, qui a le sens du texte. Juste avant de gagner la rédaction, je n’oublie pas non plus de revenir sur Vivacité histoire d’écouter le sujet d’actualité que Benjamin Maréchal, une très belle voix, a choisi de décliner avec ses auditeurs, même si je n’aime pas trop la manière dont il les interrompt.

 

presse

 

Au bureau, le temps que l’ordinateur s’allume, je reparcours le Nord Eclair du jour pour lire la prose de mes collègues, histoire de vérifier si on n’est pas passé à côté d’une information importante entendue à la radio. Puis, c’est le moment de la revue de presse. Je commence le plus souvent par la concurrence, le Courrier (l’Avenir) et la Dernière Heure. Les journalistes sont souvent d’une mauvaise foi crasse : ils se gaussent de l’information que les confrères n’ont pas eue mais en oubliant souvent que la veille, ils se sont peut-être fait griller sur un autre fait d’importance. J’imagine qu’il doit y avoir les mêmes haussements d’épaule et les mêmes esclaffements chez les journalistes d’en face. Puis vient la lecture de la presse nationale : le Soir (que je qualifie toujours de « Brusseile », ce qui irrite mes collègues), qui reste le quotidien de référence, la Libre Belgique pour laquelle j’ai une affection particulière non seulement parce que j’y ai travaillé comme correspondant régional il y a une quinzaine d’années mais parce qu’elle essaye de sortir son épingle du jeu avec le peu de moyens dont elle dispose. J’aime aussi lire la presse flamande : on reçoit les régionaux Het Nieuwsblad et Het Laatste Nieuws, dont j’apprécie la mise en page, plus percutante que dans la presse francophone.  Ils ne négligent pas la petite locale à laquelle ils essayent de donner une plus-value avec des photos de qualité. Puis, c’est l’occasion d’entretenir mon néerlandais (essentiellement passif). Je jette parfois un oeil furtif sur la Voix du Nord (France) non sans une pointe de nostalgie parce qu’elle parvient à garder son lectorat avec un traitement de l’information classique.

Les journalistes sont souvent d’une mauvaise foi crasse avec la concurrence

En cours de journée, je passe d’un site à l’autre : lesoir.be, nordeclair.be pour vérifier si nos informations ont bien été mises en ligne, dhnet.be, etc. Quelques clics aussi pour lemonde.fr (que je ne lis plus qu’en numérique alors qu’autrefois, je l’achetais encore de temps en temps), liberation.fr ou encore lefigaro.fr, histoire de vérifier comment des journaux de philosophie différente traitent le même sujet. C’était particulièrement amusant pour le déménagement de Gérard Depardieu à Néchin: l’acteur fut vilipendé par Libé, plutôt à gauche (Génial le titre « Manneken Fisc ») et relativement ménagé par le Figaro, marqué plus à droite. Côté sportif, je visite aussi lequipe.fr, surtout lorsqu’une équipe nationale française, quelle que soit la discipline, connaît la défaite (je sais, ce n’est pas très gentil).  J’aime aussi parcourir les sites des journaux flamands, particulièrement les commentaires des internautes sur standaard.be et hln.be : à déconseiller aux « Belgicains » parce que les francophones en prennent souvent pour leur grade, excepté curieusement quand un sportif belge, même wallon, remporte une victoire.

La revue de presse au bureau se termine toujours par le journal de 18h sur No Télé. Un rituel pour vérifier que nous ne sommes pas passés à côté d’une information d’importance ou pour voir comment nos confrères ont traité un sujet que nous avons aussi couvert. La télévision régionale traverse une mauvaise passe financière en ce moment. Il s’agit pour plusieurs communes de doubler leur contribution. Certes No Télé a parfois un côté nombriliste qui agace la presse écrite – « regardez combien ce qu’on fait est magnifique » -, mais c’est un péché véniel au regard de ce qu’elle apporte à la Wallonie picarde dont elle est un des éléments fédérateurs, sinon « le » seul élément fédérateur. Puis elle donne encore la parole à des personnes, à des associations que la presse écrite a tendance à négliger ces dernières années: le monde socio-culturel, les artistes, les groupements folkloriques, etc. A Tournai, No Télé vaut bien 2 euros par an et par habitant, l’équivalent de deux grilles du Lotto.

Sur le chemin du retour à la maison, la radio retrouve mes faveurs. J’ai un faible pour le « Face à l’info » sur la Première :   Eddy Caekelberghs fait peut-être des phrases trop longues, mais ses questions sont toujours précises et pertinentes avec ses invités dont il ne coupe jamais la parole. Si la route se prolonge, je zappe sur Europe 1, RTL ou encore France-Info pour entendre les dernières informations importantes. Si je ne rentre pas trop tard, j’essaye encore de jeter un coup d’oeil sur le journal télévisé de RTL-Tvi et/ou de la RTBF, mais j’avoue que c’est souvent de manière distraite. Comme je suis un couche-tard, je surfe encore un peu le soir : les mêmes sites d’info qu’en cours de journée – Nord Eclair en priorité pour voir comment les lecteurs réagissent aux sujets du jour -, mais j’y ajoute parfois le Temps en Suisse et le Soleil au Canada; c’est amusant de voir l’actualité par la lorgnette d’autres journaux francophones (pendant la campagne électorale américaine, le Soleil a fait une plongée au coeur des petites villes US assez surprenante).

Je ne terminerai pas ma revue de presse personnelle sans évoquer ce qui est pour moi « le » journal : l’hebdo satyrique « le Canard Enchaîné » que je loupe rarement lors de sa sortie en kiosque le mercredi. Il ne fait que 8 pages, sans photos, il coûte 1,40 euros, il n’a pas de site internet, mais il est drôle, impertinent, sans jamais perdre les règles de base du métier : vérifier, recouper l’information. Il n’hésite jamais à dire lorsqu’il s’est trompé tout en parvenant à faire de ses « pans sur le bec » des petits délices de lecture. « Le Canard » publie ses comptes chaque année. Et chaque année, il parvient à atteindre l’équilibre financier sans un seul encart publicitaire. Le pied (palmé), pour un journaliste qui se respecte; enfin, je suppose.

Borgen, de la bonne politique fiction

Depuis quelques semaines, j’accroche à une série télévisée danoise qui est diffusée sur Arte tous les jeudis soir. C’est un collègue qui me l’a conseillée. « Borgen » raconte les péripéties d’une femme politique, une centriste, qui est devenue première ministre du Danemark.

C’est une fiction, avec les raccourcis qu’impose l’exercice du genre, mais les épisodes reposent sur une base crédible. Les auteurs sont aussi des bons observateurs de la vie politique, car je retrouve tous les ingrédients qui la composent: idéalisme, goût et fascination du pouvoir, argent, rôle prépondérant des médias, intrigues et surtout trahison. Ce n’est pas pour rien que plusieurs épisodes sont précédées d’une citation de Machiavel. La série rend bien d’une vérité récurrente : les principales difficultés viennent toujours de son propre camp. A cet égard, l’épisode consacrée au déchirement du parti travailliste était révélatrice.  Le débat entre anciens, plus proches des syndicats, de l’ancienne gauche, et modernistes, plus proches de la réalpolitik de la sociale-démocratie, pourrait être transposé à tous les partis socialistes européens. Les mano a mano entre personnalités d’un même camp ne sont pas sans rappeler les duels fratricides de chez nous, entre une Christiane Vienne et une Annick Saudoyer au PS de Mouscron, par exemple, entre un Rudy Demotte et un Paul-Olivier Delannois au PS de Tournai ou, encore, au niveau fédéral, entre un Charles Michel et un Didier Reynders pour le MR.

Mais attention, Borgen n’est pas Dallas. Certes il s’attarde sur les conflits entre personnes, mais il met aussi en évidence l’idéal qui les pousse à sacrifier leur vie de famille et leurs amis. La série danoise démontre bien que la politique est avant tout une affaire d’hommes et de femmes. Avec leurs forces et leurs faiblesses. Qui s’étrippent, mais qui mettent aussi toutes leurs tripes dans un idéal. On est loin de la caricature que la plupart des films font de la politique, où tout ne serait que corruption. Borgen réconciliera sans doute les plus sceptiques avec la politique ou incitera peut-être quelques-uns à s’y lancer. Car à l’heure du populisme à tout crin, des « yaka » et des « yakapa », on n’a plus que jamais besoin d’hommes et de femmes qui osent prendre leurs responsabilités, au nom de leurs idées.

On est (heureusement) naïf quand on a 17 ans

Lors de la fête d’anniversaire d’une amie de mes parents, j’ai revu le papa d’un garçon que j’avais entraîné au foot dans la catégorie des pré-minimes. Cela ne m’a pas rajeuni, car c’était il y a 30 ans. J’avais 17 ans à l’époque et le gamin ne devait pas avoir plus de 7 ou 8 ans. Cela m’a fait plaisir car le père se souvenait très bien de moi lorsque je venais de chercher son fils sur le pas de sa porte avant de l’emmener au terrain du FC Roucourt, aujourd’hui disparu faute de moyens financiers. Il n’y a jamais eu de problèmes avec Jérôme, une tête dure certes, plutôt doué, mais très bien éduqué et toujours poli. Il en était de même avec la plupart des enfants que j’entraînais à l’époque. Continuer la lecture de On est (heureusement) naïf quand on a 17 ans

Page blanche et idées noires

Lorsque j’ai ouvert ce blog, je m’étais promis d’écrire une note au moins une fois par semaine. Mais il s’est écoulé près de deux mois avant que je ne reprenne la plume pour livrer mes impressions personnelles sur l’actualité. La flemme automnale, le manque d’inspiration, une certaine lassitude face à la sinistrose économique de cette fin d’année, la perspective de la fin du monde en décembre 2012 ou encore les remarques verbales de certains lecteurs, dans lesquelles je ne sais si je dois déceler de l’ironie ou une forme de compliment? Un peu de tout cela sans doute. J’ai bien entamé trois notes sur le temps qui passe (qui file plutôt), le Tour de France et la culture sportive des citoyens de la communauté française de Belgique, mais sans aller jusqu’au bout. Les sujets ne manquaient pas pourtant en cette fin d’année: la fermeture de Ford Genk, l’avènement de Bart De Wever à Anvers, la zizanie au sein du PS de Mouscron, etc. Les mots ne sortaient plus. Ou plutôt ne me convainquaient pas. Ils sonnaient creux ou faux au point de les abandonner à leur sort.

La meilleure façon de dissiper l’angoisse de la page blanche et de retrouver l’inspiration? Un vieux truc de chroniqueur dont j’use ici: en parler en fait, en faire tout simplement le sujet d’une chronique.  Avec la ferme résolution de reprendre le fil de ce blog avec plus de régularité, de reprendre cet exercice gratuit avec moi-même pour ne pas perdre pied face à l’intensité du monde.

Faits divers, mots à maux

Coup de fil délicat à la rédaction de Nord Eclair Mouscron ce vendredi: une jeune femme nous a supplié de ne pas évoquer dans le journal le suicide de son frère survenu dans la matinée. Le jeune désespéré s’est hélas jeté sur les voies de chemin de fer à la hauteur d’Estaimpuis. Il était difficile d’accéder à la demande de sa sœur, parce que le drame s’est joué sur la voie publique avec une mobilisation très importante des services de secours et, pour conséquence, une immobilisation de la ligne ferroviaire pendant de nombreuses heures. Nous n’avons pas pour habitude d’évoquer le suicide d’une personne lorsque celui-ci survient dans un cadre privé, excepté si c’est une personnalité connue, mais lorsqu’il se déroule dans un cadre public, c’est le rôle de la presse régionale d’en évoquer les conséquences.

La jeune femme- et c’est compréhensible, vu la douleur qui l’étreignait – avait du mal à entendre nos explications. Elle a même eu des mots assez durs à notre égard. C’est vrai : les faits divers sont une composante importante d’un quotidien de proximité. On peut ne pas les apprécier, mais ils renvoient à notre condition humaine, entre vie et mort, ce qui explique sans doute leur popularité depuis que la presse existe. Je dis toujours : ce n’est pas l’abondance des faits divers qui fait la qualité d’un journal populaire, mais la manière dont on les traite. Beaucoup ne seront sans doute pas d’accord avec moi, mais je peux assurer que la plupart de mes collègues cherchent toujours à les traiter avec humanité. Pour le suicide de la voie ferrée, en accord avec mon jeune collègue qui s’en occupait, nous avons décidé d’en faire le strict minimum : l’évocation des faits et de ses conséquences en quelques lignes. Mais je ne crains que de toute façon, les mots, nos mots, ne seront toujours que des maux pour les victimes d’un tel drame. Notre métier n’est pas facile tous les jours.

Politique: « Tous et toudis les mêmes »

Expérience intéressante et inédite pour moi il y a une quinzaine de jours : j’ai animé un débat politique entre les jeunes candidats des quatre partis en lice pour les élections communales à Mouscron. Je remercie d’ailleurs les deux organisateurs de la soirée, à savoir Chloé Deltour (Ecolo) et David Vacarri (MR), d’avoir pensé à moi (ainsi qu’à mon jeune confrère du Courrier, Thomas Turillon) pour modérer les échanges. C’est une marque de confiance qui m’a touché. Contrairement à ce que je pensais, ce ne fut pas trop difficile : mes huit interlocuteurs (deux de chaque parti) se sont montrés particulièrement courtois et respectueux. Sans doute l’avantage de leur jeunesse. Ils n’ont pas encore les « vices » des vieux briscards qui savent monter dans les tours et piquer leur adversaire quand il s’agit de détourner l’attention d’une question plus délicate. J’ai beaucoup d’admiration pour les jeunes qui se lancent dans la politique, car il faut bien l’avouer, ce n’est pas très tendance de nos jours. Il faut une sacrée dose de courage pour affronter les « yaka », dont hélas se prévalent beaucoup de nos concitoyens plus prompts à critiquer qu’à mouiller le maillot. Continuer la lecture de Politique: « Tous et toudis les mêmes »

La rentrée, quoi

C’était aussi jour de rentrée pour moi  après deux semaines de vacances en Vendée. La rentrée scolaire: un marronnier comme on dit dans le jargon journalistique. Il faut chaque année faire preuve d’imagination pour la traiter de manière originale. Un premier devoir de rentrée en quelque sorte. Mais j’y ai échappé puisque je me suis occupé de la mise en page du journal aujourd’hui.

L’actualité n’a pas pris de vacances en août avec la mort de Guy Spitaels qui m’avait intellectuellement impressionné lorsque j’ai eu l’occasion de l’interroger lors de la publication d’un de ses livres. Le décès aussi de Michel Daerden qui, lui, m’avait plutôt bibitivement surpris lors d’une rentrée parlementaire à la Région wallonne il y a quelques années. Un même parti, mais deux hommes totalement différents. Il y a aussi la libération conditionnelle de Michèle Martin, un sujet délicat sur lequel j’ai du mal à me prononcer. Je me dis qu’elle aurait dû accomplir l’entièreté de sa peine et, dans le même temps, je me dis qu’elle est peut-être – j’écris bien peut-être – sincère dans le désir de se repentir. Autant je comprends le désarroi des parents des victimes, autant je condamne les manifestations violentes autour du couvent de Malonne où l’ex-femme de Marc Dutroux s’est réfugiée. Autant j’avais été émotionnellement submergé par la première marche blanche organisée par les parents en 1996 et à laquelle j’avais participé en tant que citoyen, autant je me suis toujours méfié des comités blancs qui sont nés par la suite et dont beaucoup, mais pas tous, je le précise bien, avaient des relents poujadistes. Un sujet délicat, écris-je.

Enfin, chaque année, à mon retour de vacances, j’ai droit à ma petite querelle linguistique dès que je branche une radio belge à l’approche de la frontière. Cette fois, c’était le débat autour du gordel, la « promenade » cycliste dans la périphérie de Bruxelles. Un retour à la réalité après deux semaines de vacances à l’étranger. Pas la dure réalité, mais la réalité dans ce qu’elle a parfois de plus absurde. La rentrée en Belgique, quoi.

Mesdames, faites vos Jeux

Jamais je m’étais autant passionné pour les Jeux Olympiques qu’en cette édition 2012. Peut-être parce qu’il y a de nombreux Belges en lice; je suis un chauvin de mauvaise foi. Aussi parce que les JO  ne se passent pas très loin de chez nous, dans une ville que j’aime beaucoup : Londres. Même mes enfants et mon épouse, qui ne sont pas spécialement des sportifs dans l’âme, se sont piqués aux Jeux. Encore ce soir, nous avons regardé en famille la finale du 400 m des frères Borlée et nous avons été déçus autant qu’eux qu’ils soient passés si peu à côté d’une médaille. C’est aussi l’occasion de découvrir des sports qu’on voit très rarement à la télévision : le judo, l’aviron, la voile, le hockey, l’équitation, etc. Avec de très beaux moments d’émotion comme les larmes du vainqueur dominicain du 400 m haies sur le podium. Je m’amuse beaucoup à comparer les physiques des athlètes selon leur discipline : tout en explosivité et en muscles pour le 100 m, tout en longueur et en souplesse pour le saut à la perche, par exemple.

Personnellement je retiendrai surtout de ces Jeux les sportives. Les femmes n’ont plus rien à envier aux hommes au niveau des performances. Et elles offrent aux spectateurs du monde entier autant d’émotion que leurs collègues masculins. Il y a pourtant un temps pas si lointain où le sport féminin était un peu considéré comme un spectacle de seconde zone. Je me suis surtout réjoui des médailles remportés par les Africaines comme l’or décroché par une Ethiopienne au marathon.  Même si elles ont participé la tête couverte et avec un pantalon, les instances du comité olympique international ont bien fait d’accepter les athlètes de plusieurs pays musulmans, disons par euphémisme, un peu plus stricts. Au moins ces femmes ont pu constater que d’autres femmes pouvaient participer à un événement majeur libres et libérées (le sujet a fait polémique comme l’explique cet article de Libération). Peut-être, mais sans doute suis-je naïf, cela pourra faire avancer la cause des femmes dans ces parties du monde.

Bien sûr, les Jeux Olympiques drainent beaucoup d’argent par leur démesure, mais je les pense utiles pour donner une idée de la diversité du monde et conforter l’égalité des sexes.