Le citoyen peut aussi se bouger

Mercredi, à Mouscron, se terminait l’enquête publique relative au permis d’urbanisme demandé par le propriétaire du Refuge, l’ancien hôpital du quartier du Tuquet, qu’il souhaite transformer en un centre d’accueil susceptible d’accueillir jusqu’à 900 candidats réfugiés. On s’attendait à une véritable ruée sur les documents, que les  Mouscronnois pouvaient consulter à trois endroits différents, vu le tollé qu’avait suscité le projet avec manifestations, pétitions, interpellations au conseil communal, etc. Mais seulement 130 personnes ont émis des remarques, ce qui est beaucoup par rapport à d’autres enquêtes publiques, mais très très peu par rapport à l’irritation citoyenne.

Alors des grandes gueules, les Mouscronnois, qui se dégonflent dès qu’il s’agit de passer à l’action? Nous n’irons pas jusque là. Je placerai surtout le manque de mobilisation sur le compte de l’ignorance et de la paresse intellectuelle. La marche à suivre pour l’enquête publique a été affichée aux alentours de l’ancien hôpital, a été expliquée dans les journaux et à la télévision régionale, mais beaucoup de citoyens ne font pas beaucoup d’efforts pour aller chercher l’information ou, plus simplement, pour s’intéresser à la chose publique en dehors du cadre de la simple manifestation d’un ras-le-bol. Ils s’attendent à ce que cela tombe tout cuit dans leur boîte aux lettres, comme le prouvent les réactions sur le site de Nord Eclair à propos de l’article qui s’étonnait de la faible mobilisation. Beaucoup d’internautes ne savent d’ailleurs manifestement pas ce qu’est exactement une enquête publique. Bien sûr, c’est aux médias et aux responsables politiques d’expliquer à nouveau et d’expliquer encore, mais c’est aussi au citoyen de se bouger un peu.  C’est valable pour ce projet qui n’aboutira probablement pas, vu que le Collège communal va émettre un avis négatif, mais aussi pour tout ce qui touche de près et de loin la vie publique : le citoyen est avant tout un acteur de son propre devenir, il ne peut se contenter d’être un observateur râleur.

Une rencontre inattendue, entre liberté et fragilité

picvert2.jpgJ’ai eu une visite inattendue ce matin, chez moi, au petit déjeuner: celle d’un Pic vert qui s’est régalé avec les vers et les fourmis qui peuplent ma pelouse si mal entretenue. J’ai eu le temps de saisir mon appareil photo pour immortaliser cet instant magique. C’est le genre de rencontres qui me met de bonne humeur toute la journée. Les animaux sauvages dégagent une enivrante impression de liberté, dont on devine aussi toute la fragilité : ils sont constamment sur leur garde, l’esprit sans cesse en éveil, prêts à prendre la poudre d’escampette au moindre bruit suspect, ce que n’a pas manqué de faire mon pic vert dès que je me suis rapproché un peu trop près.

J’ai ressenti la même excitation lorsque j’ai croisé des dauphins dans la mer Egée, lors d’un voyage de presse en Grèce, il y a à peine une dizaine de jours. Je me souviens aussi d’un hibou moyen-duc surpris au fond de mon jardin, perché sur une branche de sapin, près du tas de compost, il y a quelques années. Ou encore d’une chouette chevêche qui est venue hélas percuter le pare-brise de ma voiture mais que j’ai pu sauver en l’emmenant dans un centre de revalidation pour oiseaux. Et à Mouscron, j’ai pu photographier six cigognes qui se reposaient dans un champ avant de reprendre leur migration vers le Nord.environnement,oiseaux,mouscron

Pourquoi une telle fascination que partagent beaucoup de mes amis et connaissances, si j’en crois toutes les réactions sur ma page facebook, où j’ai posté la photo de ma rencontre inattendue de ce vendredi matin? Sans doute parce que les animaux sauvages renvoient à notre part d’animalité. Entre liberté et fragilité.

 

Je ne suis pas bleu des sportifs français. C’est mal, docteur?

Lorsque mardi soir, Novak Djokovic a levé le poing en guise de victoire en quart de finale de Roland Garros contre Jo-Wilfried Tsonga après avoir sauvé quatre balles de match, j’ai ressenti comme une jubilation intérieure. Ce n’est pas que j’éprouve de l’admiration pour le joueur serbe, mais je me réjouissais qu’un joueur français avait mordu la poussière rouge du tournoi parisien. Je sais: ce n’est pas bien.

Je suis comme 80% de ces Belges francophones, si pas davantage, à qui cela fait plaisir de voir un sportif bleu-blanc-rouge se casser la figure. J’avoue avoir ressenti la même jubilation en 2010 lorsque l’équipe de France a été sortie de la Coupe du Monde de football en Afrique du Sud dès le premier tour qualificatif. Et huit années auparavant, lors du tournoi mondial en Corée du Sud, j’avais baptisé un des petits nés de notre chatte Mirabelle « Bouba » en l’honneur du joueur du Sénégal qui avait éliminé les Bleus. Je sais: ce n’est pas bien.

Il n’y a en effet aucune raison objective à ce ressentiment sportif anti-français. La France est le pays où je vais le plus souvent en vacances comme tout Belge qui se respecte. Je regarde très fréquemment la télévision française que je trouve intellectuellement, du moins les chaînes publiques, plus intéressante. J’ai des collègues français avec qui j’aime bien travailler, même si j’aime aussi les taquiner. J’ai de la famille dans le Nord que j’adore. J’ai suivi avec passion les élections présidentielles. Mieux: j’ai de la sympathie pour les sportifs français eux-mêmes, pris individuellement: Jo-Wilfried Tsonga a une bonne tête, Yannick Noah suscite chez moi de l’admiration pour sa reconversion, Michel Platini est un excellent dirigeant du football, etc. Je pourrais en citer d’autres, actuels ou anciens: Bernard Hinault, Laurent Fignon, Laurent Blanc, Eric Cantona, etc. Mais dès qu’ils sont (ou étaient) sur un terrain ou sur un vélo, rien à faire: je préfère (ou préférais) les voir sur la deuxième marche du podium plutôt que sur la première. Pourquoi? Les médias français, surtout parisiens, qui en font des tonnes dès qu’un de leurs compatriotes remporte une victoire ? Sans doute. Parce qu’ils parlent souvent des « petits Belges » ou « des cousins belges » avec une légère pointe de condescendance? Ou parce qu’ils parviennent toujours à trouver une attache française à un(e) Belge qui gagne (même si cela arrive de moins en moins souvent, avouons-le). Il y a de ça aussi peut-être. Il faut probablement ajouter une part de complexe, du petit par rapport au grand voisin (Les Flamands sont paraît-il ainsi avec les Hollandais et les Autrichiens, avec les Allemands).

Les Français, je crois, n’ont pas conscience de ce ressentiment. Et lorsqu’ils le découvrent, ils sont toujours très surpris. A titre personnel, j’essaye de me corriger, car je suis un francophile sincère pour plein d’autres domaines que sportifs à défaut d’être un francolâtre. Pourtant, l’Euro 2012 de football va commencer vendredi. Avec les collègues, je me suis risqué au jeu des pronostics. Et j’avoue: j’ai mis l’équipe de France sortante dès le premier tour. Je sais: ce n’est pas bien.

Mais on ne se refait pas…

 

Le commerce équitable ou le commerce de l’équitable?

En achetant une tablette de chocolat étiquettée « commerce équitable » et certifiée « Max Havelaar » en grande surface, vous pensez faire une bonne action avec la conviction que le paysan d’Amérique latine qui récolte les fèves de cacao reçoit équitablement son dû qui lui permet de faire vivre sa famille. Vous avez pratiquement tout faux. C’est du moins ce que démontre l’excellent documentaire que j’ai vu dimanche matin sur la Une (RTBF) et intitulé « l’équitable: à quel prix? ». La grande distribution a en fait surfé sur le succès de ce nouveau mode de consommation que certains qualifient de « bobo ». Elle appose même ses logos (Carrefour, Leclercq, Auchan, etc) sur les emballages.  Mais les grandes surfaces restent des grandes surfaces. Et le commerce tout aussi équitable que soit l’étiquette reste du commerce. Ainsi pour que l’entreprise soit rentable, la grande distribution demande à ce que les producteurs fassent du volume pour réduire aussi le prix la tablette de chocolat. Soumis aux caprices de la météo ou tout simplement en raison de leur taille, les petits producteurs ne savent pas toujours suivre. Les intermédiaires se tournent alors vers de plus grosses coopératives dans des régions plus propices sur les plans agricoles et climatiques. Certes ces producteurs plus importants respectent toujours les préceptes du commerce équitable, avec des avantages sociaux à la clef (écoles, sécurité sociale, etc), mais au détriment des tout petits producteurs des contrées les plus reculées qui s’appauvrissent davantage, ce qui n’était pas l’objectif initial de « Max Havelaar » et cie. L’auteur du documentaire en arrive même à se poser la question : commerce équitable ou commerce de l’équitable. Il n’invite pas les téléspectateurs à renoncer à l’équitable, car un autre commerce équitable est né du commerce équitable des grandes surfaces : celui qui justement refuse d’être vendu en grande surface. Il vaut mieux acheter son chocolat chez Oxfam, dans un petit magasin ou lors d’une vente de charité pour rester fidèle à l’esprit de l’équitable.

Le documentaire démontre que plus que jamais, il faut se méfier des étiquettes.

Tabac, merci Papa…

Aujourd’hui, c’était la journée mondiale de la lutte contre tabac. En dépit des campagnes d’information, je suis toujours étonné par le nombre de jeunes qui fument encore. J’en vois tous les jours, des filles pour la plupart, dès le matin, lorsque je conduis mes enfants à l’école. On grille sa clope avant de franchir les grilles de l’établissement. Il y a toute une gestuelle, un jeu de séduction avec la cigarette, déjà rien qu’en l’allumant: cela se devine sur leur visage. Loin de moi l’idée de les condamner ou de les blâmer: cela les renforcerait, je pense, dans leur comportement. A cet âge-là, on aime se jouer de l’autorité. Je préfère m’intéresser aux raisons qui poussent les autres jeunes à… refuser la cigarette. Cela peut être, à mon humble avis, une mine précieuse d’informations pour les professionnels de la prévention contre le tabac.

Qu’est-ce qui motive un jeune à dire non, alors qu’il est confronté à la pression de ses pairs? Pas simple à l’adolescence lorsqu’on a soif de reconnaissance. Personnellement, c’est une phrase de mon père. Une simple phrase qu’il m’a dite sur un ton ferme, mais sans une once de menace, avec la force de l’évidence : « être un homme, c’est aussi pouvoir dire non ». Il l’a balancée au bon moment, alors que je me cherchais un peu vers l’âge de 15 ans. Et je me souviens parfaitement de l’instant, tant la phrase m’avait à la fois marqué et pris au dépourvu, au détour d’une conversation anodine: dans la voiture, à la hauteur du passage à niveau de la Roë à Péruwelz. Sans doute avait-il deviné que quelques jours auparavant, des copains m’avait proposé de fumer « une sèche », comme on disait à l’époque. Ils s’étaient bien foutu de ma gueule lorsque j’avais refusé. Je ne m’étais senti humilié, mais la phrase de mon père m’avait redonné confiance. Oh, par la suite, j’ai bien tiré sur quelques cigarettes lorsque j’étais étudiant avant un examen à l’unif, ou par jeu après une soirée arrosée avec les co-kotteurs, mais sans m’engager sur la voie de la dépendance. Le « être un homme, c’est aussi pouvoir dire non » m’avait poursuivi et me poursuit encore aujourd’hui.

A tort ou « à perdre la raison »?

« A perdre la raison », le film de Joachim Lafosse sur l’affaire Geneviève Lhermitte, dont il dit s’être « librement » inspiré, vient de sortir au cinéma. J’éprouve plutôt de la sympathie pour l’actrice belge Emilie Dequenne, dont on dit qu’elle tient là le rôle de sa vie. J’adore l’acteur Niels Arestrup. Les critiques sur le long-métrage sont toutes dithyrambiques. Pourtant je ressens un profond malaise, même si a priori je n’aime pas condamner une oeuvre sans l’avoir vue. Je crois la démarche du réalisateur sincère. Je suis en faveur de la liberté artistique. Je suis pour qu’un artiste puisse revisiter un fait divers; cela donne des films magnifiques comme l’affaire Dominici. Mais en l’occurrence, fallait-il faire un film aussi tôt, cinq ans seulement après les faits? Je pense aux cinq enfants assassinés par leur mère bien sûr, mais aussi aux deux autres principales victimes, à savoir le papa Boucahid Moqadem et  l’ami intime du couple, le docteur Schaar, sur qui tant de rumeurs et  de sous-entendus ont circulé.

Joachim Lafosse reconnaît, dans ses interviews, avoir pris le parti de la mère. Faut-il rappeler que la justice n’a reconnu aucune circonstance atténuante à Geneviève Lhermitte, condamnée à la peine maximale. C’est une vérité, certes judiciaire mais qui blanchit le père et le médecin de tout soupçon de harcèlement moral, de négligence ou de violence intrafamiliale. Le film ne va-t-il pas relancer les rumeurs, les soupçons, même si le scénario initial a été édulcoré ? Même si le réalisateur dit ne pas vouloir faire d’amalgames, le grand public, à l’exception peut-être des spécialistes du cinéma et des intellectuels, fera le lien entre les trois protagonistes de l’affaire et les trois acteurs du film. Le père et le médecin ont le droit à l’oubli, surtout qu’eux, ils ne pourront jamais oublier la perte des cinq enfants. J’imagine leur douleur. Fallait-il en rajouter, si peu de temps après le drame? C’est pour toutes ces raisons que je n’irai pas voir le film. Et par pudeur.

Bonheur et tragédie à la grecque

Deux sentiments m’habitent au terme de mon voyage de presse en Grèce, plus précisément à Volos, la cité des Argonautes, et à Alonnisos qui est une des îles les plus importantes et les plus sauvages des Sporades au sein de la mer Egèe. Tout d’abord, le pays est toujours aussi magnifique. J’avais visité les Cyclades et le Péloponnèse il y a 25 ans avec une bande d’amis. Et j’ai retrouvé la même lumière, même si des épisodes de pluie ont obscurci le ciel au cours de notre séjour de trois jours et demi. Mais dès que les nuages se retirent, le bleu du ciel se dispute à celui de la mer dans d’innombrables reflets. C’est un spectacle dont on ne se lasse jamais. grèce,crise,tourismeLe parc marin d’Alonnisos est le plus grand d’Europe avec en vedette ses phoques moines, mais ce sont trois dauphins que nous avons croisés au large des îles à bord d’un bateau à faire rêver. J’étais excité comme un jeune enfant comme les trois autres journalistes qui m’accompagnaient d’ailleurs. Certes les maisons des Sporades ne sont pas aussi typiques que celles de Cyclades, à la blancheur immaculée et au bleu étincelant, mais elles sont entourées de davantage de végétation. Une touche de vert qui s’harmonise parfaitement avec le bleu et le blanc.

Deuxième sentiment: la crise bien sûr. Même si vous ne leur en parlez pas spontanément, les Grecs finissent toujours par l’évoquer, surtout au bout de quelques verres de tsipouro, leur excellent apéritif local qui est assez proche de l’ouzo traditionnel. Ils ne perdent jamais leur sourire lorsqu’ils s’épanchent, mais on sent que la crise a touché leur âme. Un mot qu’il ne connaissait pas il y a encore deux ans est apparu dans le vocabulaire grec: le mot « dépression ». Il n’y a jamais eu autant de suicides, une phènomène jusqu’alors relativement rare, nous a assuré notre accompagnatrice, Alessandra. La crise n’a pas des conséquences que sur le portefeuille. Ainsi Dimitri, employé à l’office du tourisme de Volos, nous a confié avoir renoncé à un deuxième enfant parce que les allocations familiales ont été réduites à portion congrue et que son salaire a été raboté de 20%. La soeur d’Alessandra, active dans les assurances, a, elle, vu ses rémunérations réduites carrément de moitié. Les enfants, même adultes, retournent vivre auprès de leurs parents. Une commerçante d’Alonnisos, Melpomène,a décidé d’envoyer promener sa banque en ne lui remboursant plus l’emprunt de 500 euros mensuel qu’elle avait contracté pour sa boutique. « Mon portefeuille est vide », nous a-t-elle dit. « Et l’Etat, ce n’est plus que taxes, taxes et taxes ». Le maire d’Alonissos a une vision très réaliste de la crise. « C’est de la faute de l’Etat et des Grecs eux-mêmes », estime-t-il. L’Etat, parce qu’il n’a pas imposé de contrôles à ses concitoyens. Et les Grecs eux-mêmes, parce qu’ils ont profité du système en achetant, par familles entières, les voix des élus contre avantages et privilèges. Le maire a quand même lancé entre deux tsipouros : « la crise est une opportunité ». Une opportunité pour « enfin » changer les mauvaises habitudes, mais le chemin est encore long.

grèce,crise,tourismeIl est en tout cas impensable que l’Europe laisse tomber les Grecs, berceau de nos démocraties, et les fasse sortir de la zone Euro. « Ce serait une catastrophe », pense le maire. En tant que citoyen, on peut les aider en s’y rendant tout simplement en vacances. Les Grecs restent extrêmement chaleureux, même avec les Allemands. « Nous n’en voulons pas au peuple allemand, mais à Angela Merkel », nous a dit, dans un sourire, Dimitri. Les Grecs ont aujourd’hui besoin de touristes comme de pain.

Mon reportage (1) n’est pas prévu pour les pages politiques ou internationales, mais pour la rubrique « vacances » et/ou « évasion ». Mais je me rends compte qu’inviter les lecteurs à se rendre en Grèce, même pour un bref séjour, est sans doute une des plus belles façons d’aider ce formidable peuple chargé d’histoire.

 

Tout petit en Zambie

afrique,journalisme,presseJournaliste régional, il m’arrive quand même de partir de temps en temps à l’étranger pour un voyage de presse. Ce sera le cas, dès ce samedi, au départ de l’aéroport de Charleroi pour un séjour de trois jours en Grèce, à Volos plus exactement un port situé au nord-est d’Athènes. L’objet du reportage n’est pas la crise grecque, même si je ne manquerai pas de l’évoquer, mais la découverte d’une zone touristique pas encore très connue :l’île d’Alonissos. En cette période délicate, les Grecs ont besoin de touristes comme de pain.

J’ai eu la chance de faire quelques voyages intéressants : la Corse, la Tunisie, l’Angleterre, la Hongrie et surtout la Zambie pour les destinations les plus lointaines. C’est soit à but touristique, pour la rubrique « évasion » ou « vacances », comme c’est le cas cette fois en Grèce; la rédaction opère alors une tournante entre les journalistes. Soit pour accompagner un groupe régional, une personnalité locale qui part se distinguer à l’étranger, comme ce fut le cas avec le Ballet du Hainaut (Tournai) en Hongrie ou encore avec la Tournaisienne Mélanie Cohl lors du concours Eurovision de la chanson à Birmingham.

Mon plus beau voyage, ce fut la Zambie, où j’avais accompagné une délégation de jeunes Européens qui avaient gagné un concours international organisé par le Commissaire européen au développement de l’époque, Louis Michel. Parmi les lauréates : une jeune artiste mouscronnoise qui s’était distinguée en dessinant une affiche qui symbolisait les relations de coopération entre l’Europe et l’Afrique. J’ai eu le privilège de pouvoir assister au voyage d’une semaine en Zambie qui était en fait la récompense de tous ces jeunes artistes. Il y avait deux aspects : le premier, plus social, avec la découverte de tout ce que l’Europe mettait en place pour aider cette zone du sud de l’Afrique : aide aux femmes battues, un fléau là-bas, assistance aux jeunes orphelins de parents morts du Sida, un autre fléau, soutien au programme d’éducation, un espoir, etc. Le second était plus touristique avec la découverte des chutes Victoria, vertigineuses, et une croisière sur le fleuve zambèze, inoubliable. La première partie était pour moi la plus impressionnante, même si selon les confrères qui m’accompagnaient, plus habitués à l’Afrique que moi, la Zambie est encore relativement épargnée par la pauvreté.

Le plus beau voyage, mais aussi le plus gros malaise de ma carrière de journaliste. Mes confrères de la presse télévisuelle avaient besoin d’images. Ils avaient demandé au chauffeur du bus qui nous guidait à travers les rues de la capitale Lusaka de nous emmener sur un marché. Je n’oublierai jamais notre arrivée dans un endroit boueux, sombre, où un Européen ne ferait pas ses besoins. Mais là, les gens y vendaient quelques légumes, des vélos d’un autre âge, des vêtements et des étoffes. En nous voyant débarquer du bus, caméras à l’épaule et appareils photos en bandoulière, ces personnes ont compris qu’on était là pour saisir la misère comme on le fait en visitant un zoo. Il faut dire que mes confrères de la presse télé, à l’exception notable de No Télé, également du voyage, n’étaient pas d’une très grande délicatesse. Je n’oublierai jamais les regards noirs de désapprobation, les doigts vengeurs des femmes et les yeux tristes des enfants. J’ai préféré remonter dans le bus, et me faire tout petit, tout petit, tout petit. Je me suis jamais senti aussi petit, petit, petit…

 

Chômeurs: la chasse aux idées reçues

Cette semaine, une question parlementaire du député wallon Luc Tiberghien (Ecolo) a attiré mon attention pour un sujet de reportage publié dans l’édition de mercredi. Il a fait état d’une étude de la fédération des CPAS sur le nombre de plus en plus important des exclus du chômage qui viennent gonfler les rangs des Centres Publics d’Action Sociale (CPAS) de Wallonie. Un seul chiffre, révélateur : à Mouscron, le nombre d’exclus du chômage représente un tiers des personnes qui bénéficient du revenu d’intégration sociale (RIS). Les chiffres du chômage semblent s’améliorer, mais en fait, ils sont trompeurs. Selon la fédération des CPAS, on déplace le problème du fédéral qui assure le suivi des chômeurs vers les niveaux communal et régional, dont dépend le financement des centres publics d’action sociale. “ Les sanctions ’chômage’, c’est une régionalisation de la sécurité sociale qui ne dit pas son nom, c’est pervers ”, a même confié un président de CPAS à l’auteur de l’étude 2012 baptisée “ les sanctions Onem, le coût pour les CPAS ”. Dans sa réponse au député écolo, le ministre régional des pouvoirs locaux a d’ailleurs botté en touche vers le fédéral.

Dans sa question, le parlementaire mouscronnois estime encore que la nature du travail des travailleurs sociaux a changé : ils ont de moins de moins de temps pour s’occuper du public-cible des CPAS, les personnes les plus précarisées. Ce que m’a confirmé un responsable du CPAS de Mouscron. C’est d’autant plus vrai que les moyens financiers n’ont pas suivi ce flux de plus en plus important d’exclus du chômage depuis 2004.

Un autre élément m’a frappé : les raisons de l’exclusion du chômage. Certes il y a des personnes qui sont exclues de l’Onem parce qu’elles ont triché ou abusé (travail au noir, fausses déclarations, etc), mais contrairement à une idée reçue, c’est une minorité. Les travailleurs sociaux des CPAS se sont rendu compte que la plupart des exclus ne comprenaient pas ce que leur demandaient l’Onem (suivi des chômeurs) et/ou le Forem (accompagnement des chômeurs), deux institutions dont ils ont beaucoup de mal à faire la distinction d’ailleurs. 80% des exclus du chômage n’ont pas leur diplôme d’étude secondaire supérieur, relève l’étude.

Tout cela me fait dire que le problème n’est ni l’Onem, ni le CPAS, mais bien l’éducation, l’enseignement qui mériterait bien un état des lieux complet et pas seulement une comparaison européenne, les fameux test PISA qui relèguent le plus souvent les petits Belges francophones au fond de la classe. La panacée, l’éducation? On pose souvent la question avec une pointe d’ironie, voire de mépris, mais je crois qu’elle est bel et bien la réponse aux problèmes actuels.

Le flamand, une langue… « à part »

Mon épouse Marie-Christine m’a raconté une anecdote qui est révélatrice de l’état d’esprit de certains Belges francophones. Elle a rencontré par hasard le papa d’un ancien copain de notre fils Maxime, avec qui elle a devisé de l’avenir scolaire des enfants. Il n’était pas très heureux parce que la maman de son petit garçon, dont il vit séparé, l’a placé dans une classe d’immersion linguistique en néerlandais. Pourquoi? s’est étonnée mon épouse, dont les racines sont flamandes puisque née à Leuven, de parents néerlandophones. « Parce que le flamand est une langue »…. Il hésita, chercha ses mots, se souvenant sans doute subitement des origines de Marie-Christine et lâcha comme s’il se rattrapait: « le flamand est une langue… à part ». Ce n’était pas bien méchant, car j’ai déjà entendu plus acerbe: « le flamand n’est pas une belle langue ». Plus idiot : « le néerlandais ne sert à rien ». Ou pire encore : « le flamand n’est pas une langue ». Ce sont hélas des réflexions que j’ai entendues relativement couramment. Et la plupart émanaient de personnes que je dirais être « des Belgicains », le genre à pavoiser leur façade le 21 juillet, à planter un drapeau dans leur jardin le lendemain d’une victoire des Diables Rouges ou à se précipiter quand le Roi Albert II pointe sa couronne dans leur région.

Bart De Wever n’en demande pas tant.