Libérer, délivrer? Vérifier, contrôler plutôt…

Lors de ma visite au musée d’Orsay à Paris, peu avant Noël, j’ai assisté à une algarade entre une Parisienne et une famille italienne. Elles se disputaient un casier où déposer manteaux et sacs. Il n’y a plus de vestiaire avec un être humain qui, derrière un comptoir, surveille vos affaires après vous avoir attribué un numéro pour les retrouver. Il y a encore un employé, mais qui contrôle si vous avez bien fermé votre casier et si vous n’essayez pas d’en ouvrir un qui n’est pas le vôtre.

J’ai le net sentiment que l’espace public n’est plus régi que par des contrôleurs. Au cinéma, fini les guichets avec un ou une billettiste et les ouvreuses. Vous choisissez le film de votre choix sur un écran. Et avant d’entrer dans la salle, un employé contrôle si vous avez bien le ticket qui prouve votre achat. Dans la plupart des fast-foods, même topo, excepté qu’un membre du personnel vient vous servir à table en vérifiant que la commande correspond bien au numéro que vous vous êtes attribué.

Au supermarché, à Décathlon ou chez Ikea, il y a certes encore des caissiers et des caissières, mais on vous pousse de plus en plus à utiliser le « scan & go » avec, à la sortie, un contrôleur qui vérifie si vous n’avez pas fraudé d’une façon ou d’une autre.

Vous payez le service que vous rendez à vous-même…

En fait, on vous demande de plus en plus de faire le boulot vous-même, sans pour autant vous rétribuer. Au contraire, vous payez un service que vous vous rendez. C’est encore plus flagrant avec les banques : on vous demande un défraiement pour les démarches en ligne que vous effectuez vous-même. Et pas intérêt de vous tromper ou de vous faire arnaquer: vous serez considéré comme le seul fautif. Vous êtes à la fois l’employé de votre propre banque et le contrôleur.

Même scénario pour les achats en ligne: il vaut mieux vérifier à deux fois que vous avez entré la bonne adresse et le bon numéro de compte bancaire, sous peine de ne jamais voir arriver le colis au pas de votre porte.

L’intelligence artificielle va-t-elle tout résoudre? A l’issue d’une formation destinée aux enseignants, la remarque de la formatrice m’a à la fois interpellé et fait sourire. « Surtout n’oubliez pas de vérifier ce que l’IA vous propose, car elle peut se tromper », conseilla-t-elle. Et s’il y a erreur, ce n’est pas à la machine que votre patron ou votre prof va s’en prendre, mais à vous.

Contrôler, vérifier… On pourrait changer les paroles du film d’animation « la Reine des Neiges ». « Libérer, Délivrer », ce n’est pas tout à fait ce que nous promettent les nouvelles technologies.

Est-ce que je force le trait? Sans doute un peu. Mais je reste persuadé que s’il y avait eu un préposé ou une préposée au vestiaire du musée d’Orsay, comme autrefois, au lieu d’un contrôleur ou d’une contrôleuse, qui en l’occurrence a préféré rester en retrait, jamais la Parisienne et la famille italienne se seraient pris le chou…

Défendons No Télé sans oublier Nord Eclair et le Courrier de l’Escaut

Menacée d’une restructuration, la télévision communautaire No Télé fait l’objet d’une formidable mobilisation de la part des mondes associatifs, sportifs, culturels et socio-économiques de Wallonie picarde qui veulent sauver son âme, celle de la proximité.

C’est sans réserve que j’adhère à ce sursaut citoyen. Je crois plus que jamais en la force de la proximité à l’heure où la mondialisation dévore la planète, à l’heure où les réseaux sociaux, qui n’ont de sociaux que le nom, nous éloignent les uns des autres pour nous isoler derrière un écran ou nous enfermer dans une bulle logarithmique.

L’évolution technologique tue l’humain. Cela a commencé, comme par hasard, avec les banques qui ont supprimé l’employé derrière le guichet au profit du traitement électronique dont le client est à la fois l’opérateur et le cochon de payant. Les grandes surfaces encouragent les clients à scanner eux-mêmes leurs achats, le scan & go étant l’épée de Damoclès au-dessus de la tête des caissières. Fini, au cinéma, le sourire de la billettiste ou de l’ouvreuse; le spectateur choisit lui-même son film et sa place sur un écran, le contact humain se limitant au contrôle du ticket.

Je pourrais multiplier les exemples où les interactions entre les personnes deviennent de plus en plus rares dans la gestion de la vie quotidienne. Et je n’évoque pas ici l’intelligence artificielle dont on ne mesure pas encore toutes les conséquences sur la vie en société. Or, s’il y a bien une leçon que j’ai retirée de mes cinq années d’études en psychologie, c’est que l’homme est un être éminemment social qui a besoin du contact des autres pour s’épanouir, s’enrichir et tout simplement vivre. Robinson Crusoé serait mort sur son île s’il n’avait pas rencontré Vendredi.

La proximité, c’est la vie. Tout simplement.

Alors oui, je défends des médias, comme No Télé, qui défendent la proximité, qui rendent les citoyens de Wallonie picarde plus proches les uns des autres en relayant, en promouvant leurs initiatives, leurs projets sur les plans politique, social, économique, culturel, associatif et sportif. No Télé le fait en plus avec talent (si je devais citer un seul exemple, je citerais le remarquable reportage de Laurence Journé sur la maladie de Parkinson dont souffre sa collègue Françoise Delplancq).

Fondre No Télé dans une entité plus grande va non seulement porter atteinte à l’identité de la Wallonie picarde, mais également invisibiliser les « petits » acteurs et les « petites mains » de la vie associative, pourtant si utiles, qui devront s’effacer, économie oblige, devant des associations plus importantes.

Dans ce combat honorable, je veux y inclure deux autres médias qui me sont chers, l’un un peu plus que l’autre puisque j’y ai travaillé pendant plus de 30 ans : Nord Eclair et le Courrier de l’Escaut. Les deux journaux jouent le même rôle que celui que je viens de décrire à propos de No Télé. Ils sont aussi tous les deux vecteurs de cette proximité, indispensable à nos vies, ce dont ils ne se vantent pas assez souvent, alors qu’ils travaillent avec moins de moyens, et ce dont le monde associatif ne parle pas suffisamment.

Or, les deux médias sont menacés par le projet de fusion entre les deux groupes auxquels ils appartiennent respectivement : Rossel et IPM. Ce rapprochement est présenté comme « indispensable », par les grands patrons, « pour garantir la pérennité d’un journalisme professionnel et indépendant en Belgique francophone ». Pour avoir vécu trois à quatre restructurations, je sais d’expérience que ce type de synergie – quel vilain mot – n’a jamais été bénéfique pour l’emploi et n’a jamais rapporté un lecteur de plus, bien au contraire.

Si on laisse faire, il n’y aura plus qu’un seul média de presse écrite en Wallonie picarde. Une atteinte au pluralisme et, par écho, à la démocratie. J’ai toujours été persuadé que la Wallonie picarde devait sa diversité politique en grande partie à la diversité de ses médias, même si de nombreux titres ont disparu depuis le début de ma carrière dans le journalisme (Le Peuple, l’Avenir du Tournaisis, plus récemment la DH Wapi absorbée par l’Avenir). Si on ajoute à ça la dilution identitaire de No Télé, il y a de quoi s’inquiéter pour la vitalité démocratique de notre région, déjà que les journalistes se font de plus en plus rares aux conseils communaux.

Certes le Nord Escaut ou le Courrier Eclair, ce n’est pas encore pour aujourd’hui, mais je crains que la menace soit encore plus grande qu’à No Télé qui peut toujours compter sur un changement de majorité, et par conséquent de cap, à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Restons sur le qui-vive pour maintenir le pluralisme de la presse et pour ne pas céder l’information de proximité uniquement aux réseaux sociaux.

No Télé, le Courrier de l’Escaut et Nord Eclair ont eu des différends par le passé, la presse écrite reprochant parfois à la télévision locale de se regarder un peu trop le nombril. Mais il y a eu de formidables collaborations comme « le Picard » qui récompensait les personnalités de l’année en Wallonie picarde ou encore le partage des résultats sportifs.

Les trois médias sont à la fois concurrents et complémentaires. C’est pourquoi j’attends des mondes politiques, culturels, associatifs, socio-économiques et sportifs la même mobilisation pour la presse écrite régionale que celle qu’ils affichent, avec vigueur et enthousiasme, pour No Télé.

Pour l’instant, je n’ai pas encore entendu ou lu grand-chose. Il en va pourtant de notre proximité. Pour être encore plus proche, pour reprendre le slogan de No Télé. Ou tout simplement pour le rester…

Nord Eclair, c’est par exemple la fête du foot en Wallonie picarde (photo Bernard Libert).

Au revoir Nord Eclair et merci

C’est avec un énorme pincement au cœur que je vous annonce mon départ de Nord Éclair. C’est une page de 30 ans de ma vie qui se tourne. Pour plusieurs raisons, je ne m’étendrai pas sur la décision de la direction de Sudinfo de se séparer des anciens pour privilégier les « web native », selon l’expression entendue. Tout d’abord je n’ai pas pour habitude de cracher dans la soupe. Nord Éclair (sous le groupe Hersant, puis sous Rossel depuis 2004) m’a permis de fonder une famille et de lui permettre de vivre plutôt confortablement; c’est inestimable. Puis je suis plutôt de nature positive avec la volonté d’aller de l’avant; je préfère retenir tous les souvenirs agréables. Et ils furent très nombreux au cours de ces trois décennies. J’ai pu rencontrer des gens formidables et leur permettre, grâce au journal, d’être un peu dans la lumière. Enfin et surtout, je pense à mes collègues qui restent. Écorner l’image de Nord Éclair leur serait préjudiciable. Puis j’aime trop ce journal qui était celui de mes parents. Dans la boulangerie familiale, je vois encore mon père étendre « el gazette », comme il disait, sur sa table de travail pour prendre connaissance des dernières nouvelles de notre région. Son premier réflexe était d’aller chercher le Nord Éclair qui tombait très tôt dans la boîte aux lettres grâce aux porteurs, des gens précieux à qui le journal doit sa spécificité.

Nord Eclair apporte un regard différent sur notre belle Wallonie picarde

Nord Éclair mérite de continuer à vivre, car il apporte un regard différent sur notre belle Wallonie picarde. Il a toute sa place à côté de l’Avenir/la Dernière heure et la télévision régionale No Télé. C’est un plus incontestable pour la vivacité de notre démocratie locale. C’est pourquoi j’espère sincèrement que la direction ne se trompe pas dans ses choix. Achetez-le de temps en temps, voire abonnez-vous, chers lecteurs, chers amis; il est même possible aujourd’hui d’acheter l’article qui vous intéresse à la pièce. C’est uniquement comme ça que Nord Éclair pourra continuer à vivre.

Je veux aussi remercier toutes celles et tous ceux qui gravitent autour du milieu du journalisme et que j’ai côtoyés pratiquement quotidiennement : attaché(e)s de presse, animateurs et animatrices socio-culturel(le)s, responsables d’institutions publiques, etc. Mais aussi femmes et hommes politiques qui s’investissent pour le bien public et qui sont en très grande majorité des gens biens. En écrivant cela, je vais à contre-courant de ce qui dit dans l’opinion publique, mais je le pense sincèrement, même si, à l’image de la société, elles et ils ne sont pas tous des saints et des saintes. S’il y a bien une leçon que j’ai retenue de ces trente années de métier, c’est de se méfier des « yaka », des « yakapas » et des « il faudrait que », qui se sont multipliés comme des virus depuis l’avènement des réseaux sociaux. J’aurai toujours du respect pour les gens qui s’investissent dans la société, quelles que soient leurs opinions (à l’exception des extrêmes évidemment).

Je ne vais pas citer les noms de tous mes collègues actuels et passés par crainte, grand distrait que je suis, d’en oublier un. Mais sachez, chères et chers collègues, que je vous aime toutes et tous avec vos innombrables qualités et vos petits défauts. Et encore pardon à celles et ceux que j’ai pu offenser dans un moment d’énervement. Je veux remercier deux personnes en particulier car elles m’ont permis d’exercer ce formidable métier. Luc Parret tout d’abord qui fut mon premier chef d’édition et dont j’ai toujours admiré la plume, surtout sous son pseudo Eleph, et l’investissement dans le travail. Il m’a permis de mettre le pied à l’étrier en encourageant la direction de l’époque à m’engager. Les mies de pain dans sa barbe sont un peu ma Madeleine de Proust; il comprendra. Et je m’en veux toujours d’avoir oublié de l’inviter à mon mariage; un grand distrait, disais-je. La deuxième personne est Jean-Pierre De Rouck. Si Luc m’a mis le pied à l’étrier, Jean-Pierre m’a permis d’enfourcher le cheval Nord Éclair en finalisant mon engagement puis en me nommant chef d’édition à Mouscron, à la tête d’une chouette petite équipe. Ce furent de très belles années, riches et passionnantes.

J’ai aussi une pensée pour toutes les personnes disparues : Freddy Gaspardo, Bernard Mariaule, Daniel Van Doorne, Romain Deldaele, Jean Dupont, Noël Vandenbussche, Odon Boucq, Marc Jacob, Alphonse Verlinden, Robert Havrin, Sacha Leclercq, Andre Losfeld, Gérard Eloi… Des journalistes et des correspondants mais aussi de sacrées personnalités qui hélas se font de plus en plus rares dans le milieu de la presse.

« Mon premier souhait est de transmettre ce que j’ai pu apprendre, mon expérience »

Je ne sais pas encore ce que je vais faire. Tout d’abord souffler quelques semaines, afin de faire le bilan. Je suis ouvert à toutes les opportunités, mais mon premier souhait est de pouvoir travailler dans l’enseignement, transmettre ce que j’ai pu apprendre auprès des gens rencontrés au cours de ces trente dernières années. Avec ma licence en communication et celle en psychologie et sciences de l’éducation, je peux enseigner le français, la psychologie, la communication, l’éducation sociale… J’ai déjà la chance d’avoir une belle collaboration avec la Helha de Tournai. J’espère aussi pouvoir garder un lien avec l’écriture à travers la collaboration avec un média, quel qu’il soit. C’est sans doute cela qui va me manquer le plus après les apéros avec mes collègues: le plaisir de noircir avec des mots une page blanche (un carton, dans le jargon) et de donner vie à l’actualité à travers un texte. Je ne cache pas un peu d’angoisse: aurais-je encore la force, à l’âge de 56 ans, de m’investir dans un autre projet? Vais-je trouver un autre travail, tout simplement? Je reste optimiste et plein d’espoir cependant. Et je suis ouvert à toute suggestion.

Le métier de journaliste reste passionnant. Indispensable aussi à l’heure des fake news. On ne s’improvise pas journaliste contrairement à ce que peuvent penser beaucoup de trolls sur les réseaux sociaux qui croient obtenir et détenir la vérité au bout de trois clics. C’est un métier qui exige du temps et des moyens humains. Et par conséquent de l’argent. Pour répondre à quatre exigences: vérifier, recouper, expliquer et contextualiser. C’est uniquement de cette façon, à mon humble avis, qu’on pourra se différencier des réseaux sociaux, derrière lesquels la presse a trop tendance à courir, et reconquérir la confiance du public. J’ai toujours personnellement essayé de faire ce métier avec honnêteté, passion et sincérité. J’espère modestement y être parvenu.

Voilà, mon contrat prend fin ce 1er avril, et ce n’est pas un poisson. Je reviendrai à travers ce blog sur les moments intenses que j’ai pu vivre grâce au journal, sur la manière dont j’ai vécu ce formidable métier, sur ma conception du journalisme, sur mes plus belles rencontres, sur mes anecdotes, etc. Ce sera une façon pour moi de prendre congé doucement avec le journal, avec mon journal.

En attendant, longue vie à Nord Éclair!

A quoi ça sert la culture, nom d’un chien?

En Flandre, le gouvernement présidé par le N-VA Jan Jambon a décidé de supprimer jusqu’à 60% des subsides alloués à la culture et au patrimoine. Ce n’est pas propre à la Flandre, car la culture est souvent le premier secteur qui trinque lorsqu’il s’agit de faire des économies d’échelle.

Mais finalement à quoi ça sert la culture, l’art sous toutes ses formes? J’ai eu la réponse il y a quelques semaines juste en face de mon bureau à Nord Éclair sur la Grand-Place de Tournai. Un jeune Roumain avait sculpté, dans le tas de sable qu’il transportait avec lui, un chien. Un chien plus vrai que nature au point que mes collègues et moi avons cru de notre fenêtre qu’il s’agissait d’un véritable animal en chair et en os destiné à apitoyer les passants pour une petite pièce.

Les passants s’arrêtaient bien pour une petite pièce, mais en plus ils l’assaillaient de questions : d’où venait-il ? Où avait-il appris à sculpter? N’était-il que de passage? Où dormait-il? Savait-il sculpter autre chose que des chiens? Le Roumain répondait en fronçant les sourcils. Il ne maîtrisait ni le français, ni l’anglais. Moi-même j’ai tenté d’en savoir plus pour un article dans le journal. Un passant italien a tenté de m’aider, l’italien et le roumain étant relativement proches, mais en vain…

Il n’est resté qu’une journée mais quel succès.

Je crois que le jeune SDF ne voulait pas trop en dire. Cela ne l’a pas empêché d’avoir un sacré succès si on en juge le petit récipient noir qui, devant son oeuvre éphémère, se remplissait à vue d’œil de petites pièces et même de quelques billets. Dès qu’il avait suffisamment d’argent, il se précipitait à la boulangerie du coin pour un sandwich, une couque au chocolat ou un café chaud. Le boulanger était tellement séduit par son talent qu’il refusait de se faire payer.

Avec son chien de sable, le jeune Roumain a récolté bien plus de bienveillance que tous les SDF de la Grand-Place réunis. Car hélas, les Tournaisiens – mais cela ne leur est pas propre – ne font pas toujours preuve de beaucoup d’indulgence à l’égard des mendiants et des sans-abris, de plus en plus nombreux ces dernières années sur le forum de la cité.

Avec son chien de sable, le jeune Roumain a réussi à capter l’attention, à susciter l’enthousiasme, à faire parler les passants entre eux, à faire renoncer un commerçant à son dû, à provoquer des sourires, à faire oublier qu’il était un étranger…

Alors, ça sert à quoi la culture? Ça sert à quoi l’art, nom d’un chien? A apaiser les hommes et les âmes. Et ça n’a pas de prix…

Le mur de Berlin, mon mur des lamentations

Depuis, ma fille Valentine s’est rendue à Berlin. Moi pas encore. C’est elle qui a photographié ce qui reste aujourd’hui du mur.

Il y a 30 ans jour pour jour tombait le mur de Berlin. En 1989, je commençais mes études en communication et en journalisme après avoir bouclé celles de psycho. Je me souviens de l’engouement de la fac. Un moment historique. Un tournant dans l’histoire du XXème siècle. Quelques copains n’ont fait ni une ni deux. Ils ont embarqué dans une voiture avec quelques de vêtements de rechange et des sacs de couchage. Direction : Berlin. Pour vivre l’événement en direct. Pour saluer les jeunes venus de l’Est. Pour faire la fête, tout simplement. « Tu viens? » Je vois encore mon camarade de fac, la porte de la voiture entrouverte, m’inviter à prendre place à côté des autres. J’ai hésité, longuement. J’ai finalement refusé. A cause d’un travail à rendre, si je me souviens bien. Et d’une petite copine dont je ne voulais pas trop m’éloigner et qui a fini par me quitter un peu plus tard. Je m’en suis mordu les doigts. Je m’en suis voulu de ne pas avoir vécu cet instant historique dont je n’avais peut-être pas bien saisi toute la portée à l’époque. Aujourd’hui encore, je regrette.

« La pierre survit toujours à celui qui la cisèle, toujours à celui qui l’oublie.”

Didier le Pêcheur (les hommes immobiles)

Mes copains ont été sympas. Ils m’ont ramené un bout du mur. Un petit morceau qui devait faire 10 cm tout au plus et peser quelques grammes. Blanc et gris. Du béton. Du bête béton décomposé mais qui avait une valeur historique inestimable. Lorsque le week-end, je suis rentré à la maison, j’ai présenté mon bout de mur d’un air triomphant à mes parents. « Vous vous rendez compte ? Un morceau du mur de Berlin! » C’est à peu près les propos que j’ai dû leur tenir. Ils m’ont regardé, l’air de dire « hé alors, ce n’est qu’un morceau de gravats, un vulgaire caillou, du béton quoi » avant de reprendre leurs activités à la boulangerie familiale.

Mon morceau de béton, je l’ai déposé précieusement sur le buffet de la salle à manger. Son heure de gloire arrivera bien à un moment ou à un autre, me disais-je, mais en attendant, je l’ai bien mis en évidence, histoire que tout le monde voit ce bout… d’Histoire. Le week-end suivant, après une nouvelle semaine néo-louvaniste, je reviens à la maison. Je regarde le buffet. Plus de caillou, plus de morceau de béton, plus de bout d’histoire. Disparu, volatilisé. Mes parents : « ah, on ne sait pas ». Enquête menée, c’est la femme de ménage qui de passage en semaine a jeté mon bout d’Histoire à la poubelle. « Ah, j’ai cru qu’il s’agissait d’un morceau de pierre que quelqu’un avait ramassé dehors dans la cour et placé là en attendant ». Telles ont été à peu près ses explications. Je ne vous dis ma tête. Et ma déception. Je ne lui ai pas jeté… la pierre. Ni à elle, ni à mes parents d’ailleurs. Peut-être aurais-je dû être plus explicatif, plus disert, plus didactique. Ou, plus simplement, laisser le morceau du mur dans ma chambre à la maison ou dans mon kot à Louvain-La-Neuve.

“Les regrets éternels n’existent que sur la pierre.”

Tristan May, poète français

Je râle encore aujourd’hui. Les bouts de mur de Berlin s’échangent sur internet, même si je suis convaincu que je n’aurais pas revendu mon petit bout d’Histoire. Mais j’essaie de prendre les choses avec philosophie. De méditer sur la valeur qu’on peut donner aux objets. Ici, en l’occurrence, un vulgaire caillou pour mes parents et leur femme de ménage de l’époque. Et une pièce inestimable de l’histoire contemporaine pour l’étudiant que j’étais. C’est autant valable pour l’art que pour mon morceau de béton, je pense. Tout dépend du sens qu’on leur donne, que l’être humain leur donne. Trêve de philosophie. Je m’égare sans doute. Quoique, si je peux apporter ma petite pierre…

Si on réunissait toute l’humanité au Grand-Duché de Luxembourg ?

Je me pose parfois des questions étranges lorsque je laisse mon esprit vagabonder dans les transports en commun. Comme dans le métro de Londres, la veille du week-end pascal, il y a quelques mois, entre la gare de Pancras et l’arrêt à Earls court. Nous étions serrés comme des sardines dans le « tube » qui porte admirablement son nom. Je me suis demandé combien d’êtres humains pouvaient tenir debout sur une surface d’un mètre carré.  Trois, quatre, voire cinq, en perdant toute sphère intime.  Sur 1 km², on pourrait  donc placer 3 millions d’individus s’ils étaient trois par mètre carré, la quantité, disons, la plus confortable.

Pour contenir les 7,53  milliards d’hommes et de femmes que comporte et supporte la terre aujourd’hui, une superficie de 2510 km² suffirait donc s’ils se tenaient debout côte à côte. Soit à peu près la surface du Grand-Duché du Luxembourg…

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Je me sentais à l’étroit dans le métro de Londres…

Et si on donnait un peu plus d’air à chacun des habitants de la terre, disons une personne par mètre carré, la population mondiale tiendrait dans 7530 km², soit à peu près la moitié de la Wallonie. Dingue, non ? Certes on se marcherait sur les pieds, mais cela permettrait au reste de la planète de respirer, non ?

Ok, vous avez raison, l’air du métro londonien ne me réussit pas trop…

Sans transition, entre loterie et chocolat

Vu et entendu au JT de la RTBF ce mercredi 24 octobre:

Un Américain a gagné 1 milliard 600 millions de dollars au « Mégamillion », la loterie américaine. Soit 4 avions A 380, 5.500 Ferrari ou 58.000 années de carrière pour un professeur, détaille le journaliste. « Je m’achèterai un avion à réaction », dit une personne interrogée. « Un bateau ou une île », s’enthousiasme une autre.

Séquence suivante. Sans transition.

Fermeture de l’usine de production de chocolat Jacques à Eupen. Plus assez rentable.  Soit 70 personnes à la rue, un siècle d’histoire familiale aux oubliettes et un fleuron de l’industrie belge à la poubelle.

Tiens, 1 milliard 600 millions de dollars, cela fait combien de chocolateries?

 

 

Il y a tribune et tribune

Il y a tribune et tribune.  La tribune politique tout d’abord. Elle renvoie à la dernière campagne électorale d’octobre. Et à la prochaine, en mai.  Motiver les troupes, attirer l’électeur, attaquer l’adversaire. Promettre surtout. Promesses de lendemains qui chantent, promesses de lendemains qui changent, en cas de victoire. Promesses de victoire ultérieure, promesses de jours meilleurs, en cas de défaite. Promettre sans se compromettre. L’art du tribun.

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Mon Dieu, un pourri de politicien a mon adresse perso!

Depuis quelques jours, je vois fleurir sur les réseaux sociaux des réactions de personnes outrées parce qu’elles ont reçu une lettre personnalisée d’un candidat ou d’une candidate aux élections communales. Ou, pire, parce que leur enfant a reçu une lettre personnalisée, avec son nom et son adresse sur une enveloppe, parce qu’il vote pour la première fois. C’est comme si Marc Dutroux en personne avait retrouvé leur trace. Nous avons même reçu à la rédaction des alertes de lecteurs nous invitant à dénoncer ce crime abominable.

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Lettre à mon chat dans l’au-delà

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Mirabelle.

La légende prétend que les chats ont neuf vies. Tu devais en avoir quelques-unes derrière toi, Mirabelle, lorsque tu es rentrée dans la nôtre un beau jour de 2001. Tu te méfiais en effet des hommes comme si tu t’étais déjà heurtée plusieurs fois à leur suffisance et à leurs turpitudes. Au mieux, tu les toisais du regard, la queue balayant l’air avec un ennui consommé depuis un endroit perché, le plus souvent l’appui de fenêtre qui donne sur notre rue ou alors ton panier qui trônait sur la chaîne hi-fi de la salle à manger. Les voitures existaient déjà aux époques que tu as traversées, parce que jamais ta prudence n’a été prise en défaut, comme si tu avais perdu une de tes vies précédentes sous les roues d’un conducteur imprudent. Dès que tu entendais vrombir un moteur, jamais tu ne te précipitais, tête baissée, vers l’avant comme le font la plupart de tes congénères au péril de leur vie. Tu revenais illico sur tes pas. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles tu as vécu aussi longtemps. 16 ans et demi. 80 ans, si c’était une vie d’homme.

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