Des mots, des maux, démocratie

Alain Destexhe, député, ancien médecin sans frontières, ironise sur twitter à propos « des Norvégiens » qui ont vandalisé un métro à Bruxelles. Dérapage.

Philippe Moureaux, sénateur et bourgmestre, compare les méthodes d’investigation de journalistes de la RTBF à celles de Goebbels, ministre de la propagande nazie, après un reportage sur les musulmans qui vivent dans sa commune. Dérapage.

Didier Reynders, ministre, associe Molenbeek à l’étranger à la tribune du Sénat. Dérapage.

Henri Gaino, ministre de Nicolas Sarkozy, a sa langue qui fourche pendant la campagne électorale. »Nous, au FN, pardon à l’UMP » lâche-t-il à un journaliste. Lapsus. Dérapage.

Des mots. Que des mots, mais des maux tout de même. La démocratie va finir par se casser la gueule à force de déraper.

Sarko et les Grecs

Sarko par-ci, Sarko par là. Hollande ici, Hollande là-bas. A bas Sarko, vive Hollande. Pauvre Sarko, maudit Hollande. Les Belges ont été passionnés par la campagne présidentielle française: plus de 600.000 téléspectateurs les journées des deux tours sur la RTBF. Le « The Voice » politique a rendu son verdict dimanche soir. Sarko s’est même retiré comme une rock star. Hollande est entré en scène.

Dimanche, en Grèce, il y avait aussi des élections. Pas de grand show. Pas de grande déclaration, mais une triste réalité qui n’est même pas de la téléréalité : un parti néo-nazi, qui se revendique comme tel, a remporté 6 à 8% des suffrages et rentre au parlement. Lundi, ce parti a organisé une conférence de presse. Pas la grande foule, mais un malabar au crâne rasé a demandé aux journalistes présents de se lever. En signe de respect. Ils se sont tous exécutés, à l’exception d’une consoeur, qui, elle seule, mérite véritablement notre respect.

Lundi 7 mai 2012. C’était une journée ordinaire, en Grèce, membre de l’Union européenne et berceau de la démocratie.

La montée du FN vue par un journaliste algérien

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur la montée du Front National en France. Dans la page « Débats » de la Libre Belgique (3 mai 2012), j’ai lu une opinion très intéressante d’un journaliste algérien sous le titre « Le Pen en force, à qui la faute? ». Akram Belkaïd – c’est son nom – est loin de mettre la France dans le même sac du racisme et de la xénophobie. Il ne la juge pas en se bouchant le nez comme le font parfois des intellectuels d’autres pays européens. Il ne donne pas de leçon non plus. Le journaliste épingle la violence économique et sociale, le comportement désinvolte des élites et des bobos, la mondialisation qui affole et la peur de l’étranger mais aussi le comportement inadmissible de Français dont les parents sont d’origine étrangère. Akram Belkaïd revient ainsi sur « les imbéciles et autres voyous qui avaient sifflé la Marseillaise » lors du match de foot amical France-Algérie en octobre 2001: ils « ont contribué à la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle d’avril-mai 2002 ». « Ce n’est pas faire preuve d’indulgence pour l’extrême-droite que d’écouter les témoignages de celles et de ceux qui n’en peuvent plus des incivilités, des insultes et autres actes de violence gratuite », écrit-il. « Il faut écouter les témoignages de celles et de ceux engagés dans la lutte contre les inégalités et le Front national mais qui avouent leur incompréhension, si ce n’est leur agacement, quand ils entendent des discours de haine à l’égard de la France et des Français de souche ».

Je trouve le témoignage de ce journaliste algérien très lucide et très courageux, car selon moi, la lutte contre l’extrême-droite passe évidemment et prioritairement par la mobilisation des démocrates européens mais aussi par la capacité des communautés immigrées à dénoncer les dérives imbéciles d’une partie, heureusement extrêmement minoritaire, des leurs.

Ci-dessous le blog de ce journaliste, avec l’article en question paru dans la Libre et le Quotidien d’Oran. Sa chronique s’appelle « la chronique du blédard » : http://akram-belkaid.blogspot.com/

Deux candidats, deux éditos

A propos des présidentielles françaises, voilà la conclusion de deux éditos après le débat Sarkozy – Hollande à la télévision.

Celui de Libération tout d’abord, journal de gauche :

« Enfin, par rapport à 2007, et en dépit d’une réalisation digne de la télévision époque ORTF, la dynamique propre du débat aura permis d’éviter la juxtaposition des langues de bois, le choc des slogans creux. Et, à ce jeu-là, François Hollande a marqué bien des points ».

Et celui du Figaro, journal de droite:

« Nicolas Sarkozy a apporté la preuve hier, que dans une élection aussi fondamentale que l’élection présidentielle, le sortant pouvait être plus moderne que celui qui aspire à le remplacer ».

Enfin, plus neutre, le Monde titre sur sa page web, après minuit : « c’est un match nul: Hollande partait en position de favori, et il le reste »

Chaque sensibilité voit son poulain gagnant.

Mon premier premier mai

Jeune journaliste, j’avais été effrayé par « l’Internationale » ponctuée par les militants socialistes et syndicaux à l’issue du premier 1er mai que j’avais couvert pour le compte du journal. C’était à Ath, dans le pays de Guy Spitaels. Les poings levés, les voix vitupérant, les visages cramoisis. Dans un monde que j’estimais moderne, j’avais trouvé cela archaïque, désuet, complètement dépassé, sans sous-estimer le fond des discours prononcés juste avant. Aujourd’hui, ma vision ou plutôt mon écoute a évolué : je comprends mieux cette démonstration de colère et cette expression de solidarité à l’aune d’un monde qui n’est pas finalement si moderne, du moins sur le plan humain. Un couplet peut même se rattacher à la dernière crise financière :

« Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu’il a créé s’est fondu
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû ».

Les avancées sociales ou tout simplement la préservation des acquis sociaux passent aussi, hélas, par des rapports de force. Certes, je ne suis pas près de frissonner à ces paroles, mais je peux en entendre le sens. Ceux qui les chantent en comprennent-ils toute la signification, en respectent-ils l’essence? Cela, c’est un autre débat.

La montée des populismes

Débat intéressant ce dimanche midi, sur la Une (RTBF), à propos de la montée de l’extrême droite et/ou des populismes en France et dans les autres pays d’Europe. L’intervention du journaliste français sur le plateau m’a interpellé et m’a rappelé la réflexion de collègues français qui travaillent pour Nord Eclair belge : il dénonçait le fait que les médias francophones belges, particulièrement la RTBF, n’invitaient jamais de leader d’extrême droite lors de ses émissions. Pas très démocratique, fit-il remarquer, et surtout pas très efficace pour lutter contre le phénomène.

Je ne sais pas si c’est la bonne méthode mais toujours est-il que la Wallonie et Bruxelles ont relativement bien contenu jusqu’à présent la montée des extrémismes. Nos deux régions ont sans doute la chance que l’extrême droite n’a pas de véritable leader (ou, plus exactement, n’a plus de véritable leader depuis le funeste Léon Degrelle), a fait remarquer un autre intervenant. Mais j’ai la naïveté de croire que le boycott des médias a peut-être empêché l’émergence d’un tel leader.

les hommes et les femmes politiques doivent réinvestir la rue, les quartiers, les campagnes

Mais dans le même temps, les médias ont aussi le devoir de s’intéresser à tous les problèmes de société qui ont permis la montée de ces populismes: l’insécurité, l’immigration, les délocalisations, etc. Expliquer, expliquer encore et toujours. Et faire comprendre.

Je pense aussi que les hommes et les femmes politiques doivent réinvestir la rue, les quartiers, les campagnes pour rencontrer, discuter, dialoguer, convaincre. C’est plus efficace, selon moi, pour lutter contre l’extrême droite qu’un débat, aussi intéressant et utile soit-il, sur un plateau de télévision.