Libérer, délivrer? Vérifier, contrôler plutôt…

Lors de ma visite au musée d’Orsay à Paris, peu avant Noël, j’ai assisté à une algarade entre une Parisienne et une famille italienne. Elles se disputaient un casier où déposer manteaux et sacs. Il n’y a plus de vestiaire avec un être humain qui, derrière un comptoir, surveille vos affaires après vous avoir attribué un numéro pour les retrouver. Il y a encore un employé, mais qui contrôle si vous avez bien fermé votre casier et si vous n’essayez pas d’en ouvrir un qui n’est pas le vôtre.

J’ai le net sentiment que l’espace public n’est plus régi que par des contrôleurs. Au cinéma, fini les guichets avec un ou une billettiste et les ouvreuses. Vous choisissez le film de votre choix sur un écran. Et avant d’entrer dans la salle, un employé contrôle si vous avez bien le ticket qui prouve votre achat. Dans la plupart des fast-foods, même topo, excepté qu’un membre du personnel vient vous servir à table en vérifiant que la commande correspond bien au numéro que vous vous êtes attribué.

Au supermarché, à Décathlon ou chez Ikea, il y a certes encore des caissiers et des caissières, mais on vous pousse de plus en plus à utiliser le « scan & go » avec, à la sortie, un contrôleur qui vérifie si vous n’avez pas fraudé d’une façon ou d’une autre.

Vous payez le service que vous rendez à vous-même…

En fait, on vous demande de plus en plus de faire le boulot vous-même, sans pour autant vous rétribuer. Au contraire, vous payez un service que vous vous rendez. C’est encore plus flagrant avec les banques : on vous demande un défraiement pour les démarches en ligne que vous effectuez vous-même. Et pas intérêt de vous tromper ou de vous faire arnaquer: vous serez considéré comme le seul fautif. Vous êtes à la fois l’employé de votre propre banque et le contrôleur.

Même scénario pour les achats en ligne: il vaut mieux vérifier à deux fois que vous avez entré la bonne adresse et le bon numéro de compte bancaire, sous peine de ne jamais voir arriver le colis au pas de votre porte.

L’intelligence artificielle va-t-elle tout résoudre? A l’issue d’une formation destinée aux enseignants, la remarque de la formatrice m’a à la fois interpellé et fait sourire. « Surtout n’oubliez pas de vérifier ce que l’IA vous propose, car elle peut se tromper », conseilla-t-elle. Et s’il y a erreur, ce n’est pas à la machine que votre patron ou votre prof va s’en prendre, mais à vous.

Contrôler, vérifier… On pourrait changer les paroles du film d’animation « la Reine des Neiges ». « Libérer, Délivrer », ce n’est pas tout à fait ce que nous promettent les nouvelles technologies.

Est-ce que je force le trait? Sans doute un peu. Mais je reste persuadé que s’il y avait eu un préposé ou une préposée au vestiaire du musée d’Orsay, comme autrefois, au lieu d’un contrôleur ou d’une contrôleuse, qui en l’occurrence a préféré rester en retrait, jamais la Parisienne et la famille italienne se seraient pris le chou…

Mes lectures, mes coups de cœur littéraires, de l’année 2024

Il est rare que je ne lise pas quelques pages d’un roman, d’un essai ou d’un livre scientifique avant de sombrer dans les bras de Morphée. Je vais passer en revue les bouquins qui ont retenu mon attention cette année et qui ont permis de m’évader et de réfléchir sur l’état du monde et des hommes.

« La lecture d’un roman jette sur la vie une lumière », a écrit le poète Louis Aragon.

On était des loups (Sandrine Collette, Le Livre de Poche, 2022)

« On était des loups » est le dernier livre que j’ai lu cette année. Et c’est aussi un des mes gros coups de coeur alors que je l’ai choisi un peu au hasard en flânant dans une librairie. Le roman de Sandrine Collette est une belle histoire entre un père, un homme des forêts, plutôt bourru, qui vit de la chasse et son fils de cinq ans. Liam a toujours préféré se tenir à distance d’Aru pour ne pas renoncer à sa vie au grand air, mais un drame va les réunir.

La lecture est un peu dérangeante au début en raison d’une ponctuation déconcertante, mais on comprend rapidement que c’est pour rendre le récit plus haletant et rentrer dans la tête du narrateur. Liam n’est pas homme à s’embarrasser de virgules. Une fois dans la caboche du père, on ne lâche plus le roman. « On était des loups » séduira les amoureux des grands espaces, des montagnes et des lacs.

« Dans ma tête tout est incohérent, je pense que c’est parce que je ne l’aime pas ce gosse et pourtant je ne lui veux pas de mal seulement s’il me cherche c’est sûr qu’il va me trouver (…) »

Le roman de Sandrine Collette a reçu le prix Jean-Giono 2022, un autre grand conteur du terroir, et le prix Renaudot des Lycéens 2022.

Le complot contre l’Amérique (Philip Roth, Folio, 2004)

J’ai acheté « Le complot contre l’Amérique » après avoir lu un commentaire dans la presse qui pointait les similitudes avec la situation politique actuelle aux Etats-Unis. Puis c’était l’occasion de retrouver Philip Roth, un des plus grands auteurs américains contemporains après avoir dévoré l’an dernier le très beau roman « Un homme ».

« Le complot contre l’Amérique » imagine la victoire du célèbre aviateur Charles Lindbergh, qui était proche des nazis, contre Franklin D. Roosevelt aux élections présidentielles de 1940. Charles Lindbergh prônait le non interventionnisme (ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?) dans les conflits qui minaient le monde à l’époque.

Le roman de Philip Roth est à la fois un livre politique et un livre éminemment personnel, écrit à la hauteur d’une famille juive qui croit au rêve américain, mais qui voit monter l’antisémitisme avec une inquiétude croissante au fil des pages. Le narrateur n’est autre que Philip Roth lui-même, âgé de 7 ans à l’époque où il place son récit. Il met en scène sa propre famille avec ses joies, ses doutes, ses peurs et ses déchirures.

« La peur était partout, elle se lisait partout, dans le regard de nos protecteurs surtout, cette expression que l’on prend à l’instant même où l’on aperçoit qu’on vient de fermer une porte dont on n’a pas la clef. »

« Le complot contre l’Amérique » est bien sûr une œuvre de fiction, mais celle-ci a une résonance résolument contemporaine. Dans un post-scriptum, l’auteur retrace les véritables faits historiques, Charles Lindbergh ayant bien eu des sympathies nazies dont les Américains ont pu avoir un aperçu lors de meetings baptisés « America First » (ça ne vous rappelle pas quelqu’un?).

La Terre a soif (Erik Orsenna, Le Livre de Poche, 2022)

« La Terre a soif » n’est ni un roman ni tout à fait un livre scientifique. Erik Orsenna raconte, avec tout son talent d’écrivain, la vie de trente-trois fleuves de notre planète. Il s’agit bien de vie, car les fleuves et les rivières sont les sources de l’humanité, comme le décrit très bien le sociétaire de l’Académie française. C’est le long des cours d’eau que l’homme a fondé ses cités les plus importantes.

Le voyage est à la fois fascinant et inquiétant. Fascinant, car Erik Orsenna emmène le lecteur dans les plus beaux endroits du monde, comme l’Amazonie, le Congo ou encore l’Inde. Mais inquiétant car il démontre que la plupart des fleuves et rivières n’offrent plus assez d’eau pour répondre aux besoins croissants de l’humanité. D’où le titre « La Terre a soif ». Et le sous-titre de la première page de garde: « Guerres et paix aux royaumes des fleuves ».

« Décidément, l’eau, je veux dire la vie, pousse à l’intelligence. »

Erik Orsenna émaille ses reportages de rencontres avec les plus grands spécialistes de l’eau, dont il partage les écrits et les inquiétudes. Si l’homme ne prend pas conscience de son capital « eau », un capital qu’on ne peut pas croître, il court inévitablement à sa perte. Au terme de ce « Petit précis de mondialisation » – le sous-titre de la couverture – une évidence s’impose : l’eau est notre principale richesse. Le livre est aussi source d’espoir, car « La Terre a soif » donne quelques exemples du génie humain, capable, lorsque la volonté politique est présente, d’utiliser l’or bleu en bonne intelligence avec la nature.

La femme tombée du ciel (Thomas King, Mémoire d’encrier, 2022)

J’ai découvert et acheté « La femme tombée du ciel » dans la boutique du très beau musée McCord Steward consacré aux peuples autochtones lors de notre dernière visite à Montréal. De descendance cherokee, l’auteur est un ardent défenseur des premières nations. « La femme tombée du ciel » (« The back of the turtle », en anglais) raconte l’histoire de Gabriel Quinn, un chimiste rongé par les remords et la culpabilité pour avoir mis au point un défolient qui a éliminé toute forme de vie dans une région côtière de la Colombie britannique, d’où il est lui-même originaire.

Le scientifique retourne à l’endroit qu’il a dévasté avec l’intention de mettre fin à ses jours, mais des rencontres étonnantes, dont celle d’une artiste indienne, vont lui redonner doucement goût à la vie. En parallèle, on suit le parcours de Dorian Asher, le patron de Dominion, la société qui a produit et mis en vente le produit mortel.

« Tout ce qu’il voulait, c’était du soleil, et ne surtout pas mourir à l’ombre. Comme il avait vécu. Etait-ce trop demander? »

« La femme tombée du ciel » est une jolie fable écologique racontée avec beaucoup de poésie, mais aussi une pincée de cruauté. Le roman dénonce la course au rendement de l’industrie chimique avec ses conséquences dévastatrices sur l’environnement. Les personnages, même celui, pourtant controversé, du PDG de Dominion, révèlent tous leur part d’humanité.

Et si l’homme vivait au rythme des tortues?

Et c’est ainsi que nous vivrons (Douglas Kennedy, Pocket, 2022)

Intéressé par les élections américaines, j’ai été intrigué, en flânant dans une librairie tournaisienne, par la couverture d’un livre avec le drapeau étoilé déchiré. « Et c’est ainsi que nous vivrons » envoie le lecteur en 2045. L’Amérique est divisée en deux : d’un côté, la République, très progressiste, mais sous l’emprise de la techno-surveillance et de l’autre, une Confédération transformée en théocratie où le blasphème et l’avortement peuvent valoir la peine de mort. C’est soit Big Brother, soit l’inquisition pour reprendre les mots d’une journaliste du magazine Elle.

Douglas Kennedy a voulu écrire un roman d’anticipation. On pense inévitablement aux divisions de l’Amérique actuelle en suivant les péripéties de l’agent Samantha Stengel chargée de s’infiltrer dans la Confédération pour assassiner sa propre sœur. « Et c’est ainsi que nous vivrons » est une réflexion sur deux mondes qui sont immondes chacun à leur façon. C’est aussi un roman psychologique, car le lecteur entre dans la tête de l’agent Stengel avec ses doutes, ses angoisses et ses espoirs.

« Toutes les révolutions ont leur acteur principal: l’idéologue, la figure de proue, la pasionaria capable de vinifier les vins de la colère. Dans le meilleur des cas, c’est un Washington, un Lincoln, un Martin Luther King. Et dans le pire, c’est un Robespierre, un Mao ou un Staline. Ici, on a eu droit à un multimilliardaire de la tech: Morgan Chadwick (…) »

J’aurais voulu que Douglas Kennedy s’attarde un peu plus sur les raisons qui ont conduit à la sécession de l’Amérique, mais on se laisse prendre par l’exploration de ces deux mondes qui, on l’espère vivement, ne verront jamais le jour.

Maigret chez les Flamands (Georges Simenon, Le Livre de Poche, 1932)

C’est toujours un plaisir de retrouver Maigret. Georges Simenon n’a pas son pareil pour créer une atmosphère et sonder la psychologie de ses personnages, le tout dans une écriture simple, sans fioritures.

Le commissaire Jules Maigret a déposé ses valises à la frontière franco-belge, à Givet, pour mener une enquête à titre privé à la demande d’Anna Peeters, la fille de commerçants flamands aisés, dont la boutique est installée le long de la Meuse.

« Comme d’habitude, Maigret était debout dès huit heures du matin. Les mains dans les poches du pardessus, la pipe aux dents, il resta un bon moment immobile en face du pont, tantôt regardant le fleuve en folie, tantôt laissant errer son regard sur les passants »

La famille Peeters – « Les Flamands », comme les gens du coin la surnomment – est soupçonnée d’avoir fait disparaître Germaine Piedbœuf, la fille d’un veilleur de nuit, dont Joseph Peeters, le fils plein d’avenir, a eu un enfant.

Georges Simenon, d’origine liégeoise, retrouve le fleuve de sa jeunesse, la Meuse, qui est un personnage à part entière dans « Maigret chez les Flamands ». La fin est surprenante, le commissaire pouvant faire preuve d’indulgence. Un classique, mais qui est indémodable.

L’affaire Alaska Sanders (Joël Dicker, Rose & Wolfe en poche, 2022)

Joël Dicker est l’auteur de polars à la mode. « La vérité sur l’affaire Harry Quebert » est son roman le plus connu qui a fait l’objet d’une série télévisée qui a été diffusée sur TF1. « L’Affaire Alaska Sanders » est la suite, mais on peut le lire sans avoir lu « Harry Quebert ». On retrouve les mêmes personnages principaux à savoir l’écrivain Marcus Goldman et le sergent Perry Gahalowood.

C’est une vieille affaire qui va réunir les deux hommes dont l’amitié est teintée à la fois d’humour et d’ironie douce. Le policier pensait avoir élucidé un crime onze ans plus tôt, en l’occurrence le meurtre d’une jeune femme, Alaska Sanders, mais une lettre anonyme qui va tout d’abord inquiéter son épouse va relancer l’enquête. Cette affaire va trotter à nouveau dans la tête du sergent qui va aussi devoir affronter un drame plus personnel.

« Quand je n’étais pas occupé à ruminer l’affaire Alaska Sanders, je m’occupais de ce qui restait de la famille Gahalowood. Perry était l’ombre de lui-même: déjà d’ordinaire taiseux, il s’était muré dans un mutisme total ».

J’aime beaucoup la manière dont Joël Dicker ausculte ses personnages, particulièrement Marcus Goldman, un écrivain en proie aux doutes tant sur les plans professionnels qu’amoureux. L’intrigue est relativement classique, mais bien ficelée avec, comme il se doit pour ton bon polar, des rebondissements qui donnent envie d’aller jusqu’au bout.

Des lecteurs de Joël Dicker se sont dit déçus par ce récit, mais personnellement, j’ai apprécié ce voyage dans le New Hampshire américain.

Méfie-toi du chien qui dort (Samantha Downing, Haute Ville, 2023)

Encore un livre choisi au hasard, sur la base de la couverture et du quatrième de couverture. Fan des toutous, je ne pouvais qu’être intrigué par cette affaire de dog-sitting qui se déroule dans la banlieue chic de San Francisco. Je n’ai pas été déçu par ce polar qui se lit très rapidement (118 pages).

L’originalité réside dans la narration. Le lecteur se retrouve dans la tête de deux narratrices : Shelby, la dog-sitteuse, et Carla Grady, l’inspectrice qui mène l’enquête pour découvrir qui a tué Todd Burke, le propriétaire du chien, Pluto, dont s’occupait Shelby.

« Pluto n’arrête pas d’aboyer. Il sent la mort, comme tous les chiens, et je dois lutter pour l’éloigner du corps. Ce n’est pas simple, ce Husky est un tas de muscles. »

L’intrigue est résolue un peu à la manière d’un puzzle où tous les éléments se mettraient en place sur un simple claquement de doigts. Ce n’est pas pour rien que l’inspectrice fait, à un moment important du roman, allusion au film Usual Suspects.

Bref, c’est admirablement bien mené. Je conseille le livre à un jeune qui débute dans la lecture de polars.

Si on réunissait toute l’humanité au Grand-Duché de Luxembourg ?

Je me pose parfois des questions étranges lorsque je laisse mon esprit vagabonder dans les transports en commun. Comme dans le métro de Londres, la veille du week-end pascal, il y a quelques mois, entre la gare de Pancras et l’arrêt à Earls court. Nous étions serrés comme des sardines dans le « tube » qui porte admirablement son nom. Je me suis demandé combien d’êtres humains pouvaient tenir debout sur une surface d’un mètre carré.  Trois, quatre, voire cinq, en perdant toute sphère intime.  Sur 1 km², on pourrait  donc placer 3 millions d’individus s’ils étaient trois par mètre carré, la quantité, disons, la plus confortable.

Pour contenir les 7,53  milliards d’hommes et de femmes que comporte et supporte la terre aujourd’hui, une superficie de 2510 km² suffirait donc s’ils se tenaient debout côte à côte. Soit à peu près la surface du Grand-Duché du Luxembourg…

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Je me sentais à l’étroit dans le métro de Londres…

Et si on donnait un peu plus d’air à chacun des habitants de la terre, disons une personne par mètre carré, la population mondiale tiendrait dans 7530 km², soit à peu près la moitié de la Wallonie. Dingue, non ? Certes on se marcherait sur les pieds, mais cela permettrait au reste de la planète de respirer, non ?

Ok, vous avez raison, l’air du métro londonien ne me réussit pas trop…

Comme un prince sur l’eau à bord du Costa Diadema

Bien que je sois journaliste régional, il m’arrive de temps en temps d’effectuer des voyages de presse en pays étranger. Les périples sont le plus souvent de nature touristique (à l’invitation d’un tour opérateur, par exemple) ou humanitaire (pour accompagner une association de chez nous qui développe un projet humanitaire en Afrique, par exemple). On tire au sort le nom des journalistes qui ont posé leur candidature pour tel  ou tel voyage de presse. En septembre, j’ai eu la chance d’être choisi pour monter à bord du Costa Diadema, le dernier né de la flotte Costa qui fait naviguer des bateaux de croisière dans le monde entier. Ce n’est pas le genre de vacances que j’aurais choisi spontanément, mais j’ai changé d’avis après avoir tenté l’expérience. Je vous livre le texte que j’ai écrit pour le groupe Sudpresse dans l’édition du samedi 14 novembre. Un regret: je n’ai pu ni interviewer les membres d’équipage, ni parcourir les coulisses du navire, pour une question de sécurité depuis le naufrage du Costa Concordia. Ce sont des impressions exclusivement personnelles. J’ai eu la chance de naviguer avec trois confrères sympathiques, deux francophones et un néerlandophone, et une accompagnatrice dynamique. Un peu de rêve et d’évasion ne peut pas faire du tort après les tragédies parisiennes du vendredi 13.

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J’irai revoir ma Normandie en… motorhome

La Normandie en motor-home pendant les vacances pascales. C’est l’expérience à laquelle je me suis prêté pendant quatre jours en famille. Une première, plutôt positive. C’est une autre manière de voyager. On ne roule pas en motor-home, on musarde. C’est une façon très relax d’envisager les vacances, dès les premiers tours de roue. Mon article est paru dans les éditions du groupe Sudpresse   le samedi 14 septembre. C’était dans le cadre du salon du véhicule de loisirs qui se déroule du 12 au 20 octobre sur le plateau du Heysel à Bruxelles.

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Voir Florence et puis mourir…

Je venais de célébrer mes 20 ans. Et c’était mes premières vacances en solitaire. Sans parents, sans amis. Ni scout, ni patro. J’avais pour seule compagnie un sac à dos à armature métallique qui me donnait l’air d’un aventurier américain ou scandinave. Destination: Florence.

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La rentrée, quoi

C’était aussi jour de rentrée pour moi  après deux semaines de vacances en Vendée. La rentrée scolaire: un marronnier comme on dit dans le jargon journalistique. Il faut chaque année faire preuve d’imagination pour la traiter de manière originale. Un premier devoir de rentrée en quelque sorte. Mais j’y ai échappé puisque je me suis occupé de la mise en page du journal aujourd’hui.

L’actualité n’a pas pris de vacances en août avec la mort de Guy Spitaels qui m’avait intellectuellement impressionné lorsque j’ai eu l’occasion de l’interroger lors de la publication d’un de ses livres. Le décès aussi de Michel Daerden qui, lui, m’avait plutôt bibitivement surpris lors d’une rentrée parlementaire à la Région wallonne il y a quelques années. Un même parti, mais deux hommes totalement différents. Il y a aussi la libération conditionnelle de Michèle Martin, un sujet délicat sur lequel j’ai du mal à me prononcer. Je me dis qu’elle aurait dû accomplir l’entièreté de sa peine et, dans le même temps, je me dis qu’elle est peut-être – j’écris bien peut-être – sincère dans le désir de se repentir. Autant je comprends le désarroi des parents des victimes, autant je condamne les manifestations violentes autour du couvent de Malonne où l’ex-femme de Marc Dutroux s’est réfugiée. Autant j’avais été émotionnellement submergé par la première marche blanche organisée par les parents en 1996 et à laquelle j’avais participé en tant que citoyen, autant je me suis toujours méfié des comités blancs qui sont nés par la suite et dont beaucoup, mais pas tous, je le précise bien, avaient des relents poujadistes. Un sujet délicat, écris-je.

Enfin, chaque année, à mon retour de vacances, j’ai droit à ma petite querelle linguistique dès que je branche une radio belge à l’approche de la frontière. Cette fois, c’était le débat autour du gordel, la « promenade » cycliste dans la périphérie de Bruxelles. Un retour à la réalité après deux semaines de vacances à l’étranger. Pas la dure réalité, mais la réalité dans ce qu’elle a parfois de plus absurde. La rentrée en Belgique, quoi.

Bonheur et tragédie à la grecque

Deux sentiments m’habitent au terme de mon voyage de presse en Grèce, plus précisément à Volos, la cité des Argonautes, et à Alonnisos qui est une des îles les plus importantes et les plus sauvages des Sporades au sein de la mer Egèe. Tout d’abord, le pays est toujours aussi magnifique. J’avais visité les Cyclades et le Péloponnèse il y a 25 ans avec une bande d’amis. Et j’ai retrouvé la même lumière, même si des épisodes de pluie ont obscurci le ciel au cours de notre séjour de trois jours et demi. Mais dès que les nuages se retirent, le bleu du ciel se dispute à celui de la mer dans d’innombrables reflets. C’est un spectacle dont on ne se lasse jamais. grèce,crise,tourismeLe parc marin d’Alonnisos est le plus grand d’Europe avec en vedette ses phoques moines, mais ce sont trois dauphins que nous avons croisés au large des îles à bord d’un bateau à faire rêver. J’étais excité comme un jeune enfant comme les trois autres journalistes qui m’accompagnaient d’ailleurs. Certes les maisons des Sporades ne sont pas aussi typiques que celles de Cyclades, à la blancheur immaculée et au bleu étincelant, mais elles sont entourées de davantage de végétation. Une touche de vert qui s’harmonise parfaitement avec le bleu et le blanc.

Deuxième sentiment: la crise bien sûr. Même si vous ne leur en parlez pas spontanément, les Grecs finissent toujours par l’évoquer, surtout au bout de quelques verres de tsipouro, leur excellent apéritif local qui est assez proche de l’ouzo traditionnel. Ils ne perdent jamais leur sourire lorsqu’ils s’épanchent, mais on sent que la crise a touché leur âme. Un mot qu’il ne connaissait pas il y a encore deux ans est apparu dans le vocabulaire grec: le mot « dépression ». Il n’y a jamais eu autant de suicides, une phènomène jusqu’alors relativement rare, nous a assuré notre accompagnatrice, Alessandra. La crise n’a pas des conséquences que sur le portefeuille. Ainsi Dimitri, employé à l’office du tourisme de Volos, nous a confié avoir renoncé à un deuxième enfant parce que les allocations familiales ont été réduites à portion congrue et que son salaire a été raboté de 20%. La soeur d’Alessandra, active dans les assurances, a, elle, vu ses rémunérations réduites carrément de moitié. Les enfants, même adultes, retournent vivre auprès de leurs parents. Une commerçante d’Alonnisos, Melpomène,a décidé d’envoyer promener sa banque en ne lui remboursant plus l’emprunt de 500 euros mensuel qu’elle avait contracté pour sa boutique. « Mon portefeuille est vide », nous a-t-elle dit. « Et l’Etat, ce n’est plus que taxes, taxes et taxes ». Le maire d’Alonissos a une vision très réaliste de la crise. « C’est de la faute de l’Etat et des Grecs eux-mêmes », estime-t-il. L’Etat, parce qu’il n’a pas imposé de contrôles à ses concitoyens. Et les Grecs eux-mêmes, parce qu’ils ont profité du système en achetant, par familles entières, les voix des élus contre avantages et privilèges. Le maire a quand même lancé entre deux tsipouros : « la crise est une opportunité ». Une opportunité pour « enfin » changer les mauvaises habitudes, mais le chemin est encore long.

grèce,crise,tourismeIl est en tout cas impensable que l’Europe laisse tomber les Grecs, berceau de nos démocraties, et les fasse sortir de la zone Euro. « Ce serait une catastrophe », pense le maire. En tant que citoyen, on peut les aider en s’y rendant tout simplement en vacances. Les Grecs restent extrêmement chaleureux, même avec les Allemands. « Nous n’en voulons pas au peuple allemand, mais à Angela Merkel », nous a dit, dans un sourire, Dimitri. Les Grecs ont aujourd’hui besoin de touristes comme de pain.

Mon reportage (1) n’est pas prévu pour les pages politiques ou internationales, mais pour la rubrique « vacances » et/ou « évasion ». Mais je me rends compte qu’inviter les lecteurs à se rendre en Grèce, même pour un bref séjour, est sans doute une des plus belles façons d’aider ce formidable peuple chargé d’histoire.

 

Tout petit en Zambie

afrique,journalisme,presseJournaliste régional, il m’arrive quand même de partir de temps en temps à l’étranger pour un voyage de presse. Ce sera le cas, dès ce samedi, au départ de l’aéroport de Charleroi pour un séjour de trois jours en Grèce, à Volos plus exactement un port situé au nord-est d’Athènes. L’objet du reportage n’est pas la crise grecque, même si je ne manquerai pas de l’évoquer, mais la découverte d’une zone touristique pas encore très connue :l’île d’Alonissos. En cette période délicate, les Grecs ont besoin de touristes comme de pain.

J’ai eu la chance de faire quelques voyages intéressants : la Corse, la Tunisie, l’Angleterre, la Hongrie et surtout la Zambie pour les destinations les plus lointaines. C’est soit à but touristique, pour la rubrique « évasion » ou « vacances », comme c’est le cas cette fois en Grèce; la rédaction opère alors une tournante entre les journalistes. Soit pour accompagner un groupe régional, une personnalité locale qui part se distinguer à l’étranger, comme ce fut le cas avec le Ballet du Hainaut (Tournai) en Hongrie ou encore avec la Tournaisienne Mélanie Cohl lors du concours Eurovision de la chanson à Birmingham.

Mon plus beau voyage, ce fut la Zambie, où j’avais accompagné une délégation de jeunes Européens qui avaient gagné un concours international organisé par le Commissaire européen au développement de l’époque, Louis Michel. Parmi les lauréates : une jeune artiste mouscronnoise qui s’était distinguée en dessinant une affiche qui symbolisait les relations de coopération entre l’Europe et l’Afrique. J’ai eu le privilège de pouvoir assister au voyage d’une semaine en Zambie qui était en fait la récompense de tous ces jeunes artistes. Il y avait deux aspects : le premier, plus social, avec la découverte de tout ce que l’Europe mettait en place pour aider cette zone du sud de l’Afrique : aide aux femmes battues, un fléau là-bas, assistance aux jeunes orphelins de parents morts du Sida, un autre fléau, soutien au programme d’éducation, un espoir, etc. Le second était plus touristique avec la découverte des chutes Victoria, vertigineuses, et une croisière sur le fleuve zambèze, inoubliable. La première partie était pour moi la plus impressionnante, même si selon les confrères qui m’accompagnaient, plus habitués à l’Afrique que moi, la Zambie est encore relativement épargnée par la pauvreté.

Le plus beau voyage, mais aussi le plus gros malaise de ma carrière de journaliste. Mes confrères de la presse télévisuelle avaient besoin d’images. Ils avaient demandé au chauffeur du bus qui nous guidait à travers les rues de la capitale Lusaka de nous emmener sur un marché. Je n’oublierai jamais notre arrivée dans un endroit boueux, sombre, où un Européen ne ferait pas ses besoins. Mais là, les gens y vendaient quelques légumes, des vélos d’un autre âge, des vêtements et des étoffes. En nous voyant débarquer du bus, caméras à l’épaule et appareils photos en bandoulière, ces personnes ont compris qu’on était là pour saisir la misère comme on le fait en visitant un zoo. Il faut dire que mes confrères de la presse télé, à l’exception notable de No Télé, également du voyage, n’étaient pas d’une très grande délicatesse. Je n’oublierai jamais les regards noirs de désapprobation, les doigts vengeurs des femmes et les yeux tristes des enfants. J’ai préféré remonter dans le bus, et me faire tout petit, tout petit, tout petit. Je me suis jamais senti aussi petit, petit, petit…