Tous les enfants n’habitent pas le monde de la même façon

Il y a quelques semaines, j’étais dans la salle d’attente d’un médecin spécialiste. Comme celui-ci accuse souvent du retard dans ses consultations, j’avais emporté avec moi le livre qui meublait mes soirées avant de sombrer dans les bras de Morphée : « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » de Jean-Paul Dubois, un excellent bouquin dont l’intrigue se déroule en grande partie au Canada.

Un petit garçon attendait son tour avec sa maman. Il avait une main bandée. Il devait tout au plus avoir 5 ou 6 ans. D’autres personnes patientaient en pianotant sur leur téléphone portable. Je ne leur jette pas la pierre, je suis moi-même un « scroller » compulsif quand je n’emporte pas avec moi un livre. Les journaux et les magazines se font rares dans les salles d’attente.

Sans être turbulent, le gamin tournait en rond. Soudain, il vint vers moi en pointant son doigt vers mon roman avec cette question : « C’est quoi? » « Un livre », lui répondis-je, un peu surpris. Les smartphones ne l’étonnaient pas, seul mon bouquin l’intriguait. Je lui montrai la couverture sur laquelle est dessiné un bel hydravion. « Et ça raconte une belle histoire », poursuivis-je, car je sentais qu’il voulait en savoir plus. Le petit garçon n’eut pas le temps de me poser une autre question, car sa maman intervint : « Arrête d’embêter le monsieur. »

Le gamin ne m’ennuyait pas, j’aurais voulu lui dire davantage sur le livre, sur les livres, mais il regagna sagement sa place. Avait-il déjà vu un bouquin, ne fût-ce qu’un livre pour enfants? J’ose espérer que oui, si non à la maison, au moins sur les bancs de l’école maternelle. J’étais à la fois étonné et heureux qu’un petit garçon s’intéresse à un livre alors qu’il y avait des machines bien plus intrigantes autour de lui, les smartphones des autres patients en l’occurrence, qui peut-être ne l’intéressent plus tant ils font partie de notre quotidien.

Moralité de cette anecdote? Je ne sais que penser, à vrai dire. On peut voir le verre à moitié vide : les livres disparaissent peu à peu de l’univers des enfants. Ou le verre à moitié plein : les livres intriguent encore les gamins, à l’heure de l’intelligence artificielle.

Une certitude cependant : j’emporterai toujours un bouquin avec moi lors de mes visites chez le médecin avec l’espoir de pouvoir susciter la curiosité d’un autre enfant.

Défendons No Télé sans oublier Nord Eclair et le Courrier de l’Escaut

Menacée d’une restructuration, la télévision communautaire No Télé fait l’objet d’une formidable mobilisation de la part des mondes associatifs, sportifs, culturels et socio-économiques de Wallonie picarde qui veulent sauver son âme, celle de la proximité.

C’est sans réserve que j’adhère à ce sursaut citoyen. Je crois plus que jamais en la force de la proximité à l’heure où la mondialisation dévore la planète, à l’heure où les réseaux sociaux, qui n’ont de sociaux que le nom, nous éloignent les uns des autres pour nous isoler derrière un écran ou nous enfermer dans une bulle logarithmique.

L’évolution technologique tue l’humain. Cela a commencé, comme par hasard, avec les banques qui ont supprimé l’employé derrière le guichet au profit du traitement électronique dont le client est à la fois l’opérateur et le cochon de payant. Les grandes surfaces encouragent les clients à scanner eux-mêmes leurs achats, le scan & go étant l’épée de Damoclès au-dessus de la tête des caissières. Fini, au cinéma, le sourire de la billettiste ou de l’ouvreuse; le spectateur choisit lui-même son film et sa place sur un écran, le contact humain se limitant au contrôle du ticket.

Je pourrais multiplier les exemples où les interactions entre les personnes deviennent de plus en plus rares dans la gestion de la vie quotidienne. Et je n’évoque pas ici l’intelligence artificielle dont on ne mesure pas encore toutes les conséquences sur la vie en société. Or, s’il y a bien une leçon que j’ai retirée de mes cinq années d’études en psychologie, c’est que l’homme est un être éminemment social qui a besoin du contact des autres pour s’épanouir, s’enrichir et tout simplement vivre. Robinson Crusoé serait mort sur son île s’il n’avait pas rencontré Vendredi.

La proximité, c’est la vie. Tout simplement.

Alors oui, je défends des médias, comme No Télé, qui défendent la proximité, qui rendent les citoyens de Wallonie picarde plus proches les uns des autres en relayant, en promouvant leurs initiatives, leurs projets sur les plans politique, social, économique, culturel, associatif et sportif. No Télé le fait en plus avec talent (si je devais citer un seul exemple, je citerais le remarquable reportage de Laurence Journé sur la maladie de Parkinson dont souffre sa collègue Françoise Delplancq).

Fondre No Télé dans une entité plus grande va non seulement porter atteinte à l’identité de la Wallonie picarde, mais également invisibiliser les « petits » acteurs et les « petites mains » de la vie associative, pourtant si utiles, qui devront s’effacer, économie oblige, devant des associations plus importantes.

Dans ce combat honorable, je veux y inclure deux autres médias qui me sont chers, l’un un peu plus que l’autre puisque j’y ai travaillé pendant plus de 30 ans : Nord Eclair et le Courrier de l’Escaut. Les deux journaux jouent le même rôle que celui que je viens de décrire à propos de No Télé. Ils sont aussi tous les deux vecteurs de cette proximité, indispensable à nos vies, ce dont ils ne se vantent pas assez souvent, alors qu’ils travaillent avec moins de moyens, et ce dont le monde associatif ne parle pas suffisamment.

Or, les deux médias sont menacés par le projet de fusion entre les deux groupes auxquels ils appartiennent respectivement : Rossel et IPM. Ce rapprochement est présenté comme « indispensable », par les grands patrons, « pour garantir la pérennité d’un journalisme professionnel et indépendant en Belgique francophone ». Pour avoir vécu trois à quatre restructurations, je sais d’expérience que ce type de synergie – quel vilain mot – n’a jamais été bénéfique pour l’emploi et n’a jamais rapporté un lecteur de plus, bien au contraire.

Si on laisse faire, il n’y aura plus qu’un seul média de presse écrite en Wallonie picarde. Une atteinte au pluralisme et, par écho, à la démocratie. J’ai toujours été persuadé que la Wallonie picarde devait sa diversité politique en grande partie à la diversité de ses médias, même si de nombreux titres ont disparu depuis le début de ma carrière dans le journalisme (Le Peuple, l’Avenir du Tournaisis, plus récemment la DH Wapi absorbée par l’Avenir). Si on ajoute à ça la dilution identitaire de No Télé, il y a de quoi s’inquiéter pour la vitalité démocratique de notre région, déjà que les journalistes se font de plus en plus rares aux conseils communaux.

Certes le Nord Escaut ou le Courrier Eclair, ce n’est pas encore pour aujourd’hui, mais je crains que la menace soit encore plus grande qu’à No Télé qui peut toujours compter sur un changement de majorité, et par conséquent de cap, à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Restons sur le qui-vive pour maintenir le pluralisme de la presse et pour ne pas céder l’information de proximité uniquement aux réseaux sociaux.

No Télé, le Courrier de l’Escaut et Nord Eclair ont eu des différends par le passé, la presse écrite reprochant parfois à la télévision locale de se regarder un peu trop le nombril. Mais il y a eu de formidables collaborations comme « le Picard » qui récompensait les personnalités de l’année en Wallonie picarde ou encore le partage des résultats sportifs.

Les trois médias sont à la fois concurrents et complémentaires. C’est pourquoi j’attends des mondes politiques, culturels, associatifs, socio-économiques et sportifs la même mobilisation pour la presse écrite régionale que celle qu’ils affichent, avec vigueur et enthousiasme, pour No Télé.

Pour l’instant, je n’ai pas encore entendu ou lu grand-chose. Il en va pourtant de notre proximité. Pour être encore plus proche, pour reprendre le slogan de No Télé. Ou tout simplement pour le rester…

Nord Eclair, c’est par exemple la fête du foot en Wallonie picarde (photo Bernard Libert).

Au revoir Nord Eclair et merci

C’est avec un énorme pincement au cœur que je vous annonce mon départ de Nord Éclair. C’est une page de 30 ans de ma vie qui se tourne. Pour plusieurs raisons, je ne m’étendrai pas sur la décision de la direction de Sudinfo de se séparer des anciens pour privilégier les « web native », selon l’expression entendue. Tout d’abord je n’ai pas pour habitude de cracher dans la soupe. Nord Éclair (sous le groupe Hersant, puis sous Rossel depuis 2004) m’a permis de fonder une famille et de lui permettre de vivre plutôt confortablement; c’est inestimable. Puis je suis plutôt de nature positive avec la volonté d’aller de l’avant; je préfère retenir tous les souvenirs agréables. Et ils furent très nombreux au cours de ces trois décennies. J’ai pu rencontrer des gens formidables et leur permettre, grâce au journal, d’être un peu dans la lumière. Enfin et surtout, je pense à mes collègues qui restent. Écorner l’image de Nord Éclair leur serait préjudiciable. Puis j’aime trop ce journal qui était celui de mes parents. Dans la boulangerie familiale, je vois encore mon père étendre « el gazette », comme il disait, sur sa table de travail pour prendre connaissance des dernières nouvelles de notre région. Son premier réflexe était d’aller chercher le Nord Éclair qui tombait très tôt dans la boîte aux lettres grâce aux porteurs, des gens précieux à qui le journal doit sa spécificité.

Nord Eclair apporte un regard différent sur notre belle Wallonie picarde

Nord Éclair mérite de continuer à vivre, car il apporte un regard différent sur notre belle Wallonie picarde. Il a toute sa place à côté de l’Avenir/la Dernière heure et la télévision régionale No Télé. C’est un plus incontestable pour la vivacité de notre démocratie locale. C’est pourquoi j’espère sincèrement que la direction ne se trompe pas dans ses choix. Achetez-le de temps en temps, voire abonnez-vous, chers lecteurs, chers amis; il est même possible aujourd’hui d’acheter l’article qui vous intéresse à la pièce. C’est uniquement comme ça que Nord Éclair pourra continuer à vivre.

Je veux aussi remercier toutes celles et tous ceux qui gravitent autour du milieu du journalisme et que j’ai côtoyés pratiquement quotidiennement : attaché(e)s de presse, animateurs et animatrices socio-culturel(le)s, responsables d’institutions publiques, etc. Mais aussi femmes et hommes politiques qui s’investissent pour le bien public et qui sont en très grande majorité des gens biens. En écrivant cela, je vais à contre-courant de ce qui dit dans l’opinion publique, mais je le pense sincèrement, même si, à l’image de la société, elles et ils ne sont pas tous des saints et des saintes. S’il y a bien une leçon que j’ai retenue de ces trente années de métier, c’est de se méfier des « yaka », des « yakapas » et des « il faudrait que », qui se sont multipliés comme des virus depuis l’avènement des réseaux sociaux. J’aurai toujours du respect pour les gens qui s’investissent dans la société, quelles que soient leurs opinions (à l’exception des extrêmes évidemment).

Je ne vais pas citer les noms de tous mes collègues actuels et passés par crainte, grand distrait que je suis, d’en oublier un. Mais sachez, chères et chers collègues, que je vous aime toutes et tous avec vos innombrables qualités et vos petits défauts. Et encore pardon à celles et ceux que j’ai pu offenser dans un moment d’énervement. Je veux remercier deux personnes en particulier car elles m’ont permis d’exercer ce formidable métier. Luc Parret tout d’abord qui fut mon premier chef d’édition et dont j’ai toujours admiré la plume, surtout sous son pseudo Eleph, et l’investissement dans le travail. Il m’a permis de mettre le pied à l’étrier en encourageant la direction de l’époque à m’engager. Les mies de pain dans sa barbe sont un peu ma Madeleine de Proust; il comprendra. Et je m’en veux toujours d’avoir oublié de l’inviter à mon mariage; un grand distrait, disais-je. La deuxième personne est Jean-Pierre De Rouck. Si Luc m’a mis le pied à l’étrier, Jean-Pierre m’a permis d’enfourcher le cheval Nord Éclair en finalisant mon engagement puis en me nommant chef d’édition à Mouscron, à la tête d’une chouette petite équipe. Ce furent de très belles années, riches et passionnantes.

J’ai aussi une pensée pour toutes les personnes disparues : Freddy Gaspardo, Bernard Mariaule, Daniel Van Doorne, Romain Deldaele, Jean Dupont, Noël Vandenbussche, Odon Boucq, Marc Jacob, Alphonse Verlinden, Robert Havrin, Sacha Leclercq, Andre Losfeld, Gérard Eloi… Des journalistes et des correspondants mais aussi de sacrées personnalités qui hélas se font de plus en plus rares dans le milieu de la presse.

« Mon premier souhait est de transmettre ce que j’ai pu apprendre, mon expérience »

Je ne sais pas encore ce que je vais faire. Tout d’abord souffler quelques semaines, afin de faire le bilan. Je suis ouvert à toutes les opportunités, mais mon premier souhait est de pouvoir travailler dans l’enseignement, transmettre ce que j’ai pu apprendre auprès des gens rencontrés au cours de ces trente dernières années. Avec ma licence en communication et celle en psychologie et sciences de l’éducation, je peux enseigner le français, la psychologie, la communication, l’éducation sociale… J’ai déjà la chance d’avoir une belle collaboration avec la Helha de Tournai. J’espère aussi pouvoir garder un lien avec l’écriture à travers la collaboration avec un média, quel qu’il soit. C’est sans doute cela qui va me manquer le plus après les apéros avec mes collègues: le plaisir de noircir avec des mots une page blanche (un carton, dans le jargon) et de donner vie à l’actualité à travers un texte. Je ne cache pas un peu d’angoisse: aurais-je encore la force, à l’âge de 56 ans, de m’investir dans un autre projet? Vais-je trouver un autre travail, tout simplement? Je reste optimiste et plein d’espoir cependant. Et je suis ouvert à toute suggestion.

Le métier de journaliste reste passionnant. Indispensable aussi à l’heure des fake news. On ne s’improvise pas journaliste contrairement à ce que peuvent penser beaucoup de trolls sur les réseaux sociaux qui croient obtenir et détenir la vérité au bout de trois clics. C’est un métier qui exige du temps et des moyens humains. Et par conséquent de l’argent. Pour répondre à quatre exigences: vérifier, recouper, expliquer et contextualiser. C’est uniquement de cette façon, à mon humble avis, qu’on pourra se différencier des réseaux sociaux, derrière lesquels la presse a trop tendance à courir, et reconquérir la confiance du public. J’ai toujours personnellement essayé de faire ce métier avec honnêteté, passion et sincérité. J’espère modestement y être parvenu.

Voilà, mon contrat prend fin ce 1er avril, et ce n’est pas un poisson. Je reviendrai à travers ce blog sur les moments intenses que j’ai pu vivre grâce au journal, sur la manière dont j’ai vécu ce formidable métier, sur ma conception du journalisme, sur mes plus belles rencontres, sur mes anecdotes, etc. Ce sera une façon pour moi de prendre congé doucement avec le journal, avec mon journal.

En attendant, longue vie à Nord Éclair!

Merci au prof du « cours d’esthétique »

Ce dimanche, un jour de tempête, je suis allé visiter le musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut à Villeneuve d’Ascq. C’est la première fois que je m’y rendais alors que le LaM – c’est son diminutif – est à vingt minutes de voiture à peine de Tournai. Marie-Christine tenait absolument à voir l’exposition exceptionnelle consacrée à Paul Klee. Le peintre allemand n’est pas tellement ma tasse de thé, mais la visite a suscité chez moi une pensée et une réflexion.

L’exposition consacrée à Paul Klee a attiré de très nombreux visiteurs.

Une pensée tout d’abord. Une pensée pour un professeur que j’ai connu lors de mes humanités à l’Institut Saint-Charles de Péruwelz. Ignace Mariage consacrait une heure de son cours de français à l’étude de l’art. Le cours d’esthétique, disait-on à l’époque. C’était tous les vendredis dans la seule pièce de l’école munie d’un projecteur de diapositives. Certes parfois je m’assoupissais parce que c’était la fin de la semaine, mais si aujourd’hui, je peux distinguer un peintre cubiste d’un impressionniste, une colonne ionique d’une colonne dorique ou encore un Picasso d’un Modigliani, c’est grâce au cours d’esthétique. Ignace Mariage a initié des générations d’étudiants à l’art sans jamais porter de jugement de valeur. Et si encore aujourd’hui, je pousse la porte d’un musée avec l’esprit en éveil, c’est grâce à ce professeur passionné qui a parcouru le monde entier, appareil photo en bandoulière, pour partager son amour pour l’art.

Paul Klee, c’est surtout forme et couleur.

Ma réflexion porte, elle, sur le projet de rénovation et d’extension du musée des Beaux-Arts de Tournai auquel j’ai consacré un article pour Nord Eclair. Il est temps que ce formidable écrin créé par Victor Horta retrouve tout l’éclat qu’il mérite. Des expositions comme celle que le Lam consacre à Paul Klee auront évidemment toute leur place dans un musée remis aux normes internationales.

C’était jour de tempête, ce dimanche, avec un temps à ne pas mettre un canard dehors, mais le musée de Villeneuve-d’Ascq, pourtant à l’écart de Lille, était rempli de visiteurs au point qu’on se marchait un peu sur les pieds. Tournai mérite d’être aussi attractive. Je suis impatient de découvrir le musée des Beaux-Arts new look avec sa partie contemporaine que mon ancien professeur de français n’aurait ni jugée, ni reniée.

L’exposition est intitulée « entre-mondes ».

A quoi ça sert la culture, nom d’un chien?

En Flandre, le gouvernement présidé par le N-VA Jan Jambon a décidé de supprimer jusqu’à 60% des subsides alloués à la culture et au patrimoine. Ce n’est pas propre à la Flandre, car la culture est souvent le premier secteur qui trinque lorsqu’il s’agit de faire des économies d’échelle.

Mais finalement à quoi ça sert la culture, l’art sous toutes ses formes? J’ai eu la réponse il y a quelques semaines juste en face de mon bureau à Nord Éclair sur la Grand-Place de Tournai. Un jeune Roumain avait sculpté, dans le tas de sable qu’il transportait avec lui, un chien. Un chien plus vrai que nature au point que mes collègues et moi avons cru de notre fenêtre qu’il s’agissait d’un véritable animal en chair et en os destiné à apitoyer les passants pour une petite pièce.

Les passants s’arrêtaient bien pour une petite pièce, mais en plus ils l’assaillaient de questions : d’où venait-il ? Où avait-il appris à sculpter? N’était-il que de passage? Où dormait-il? Savait-il sculpter autre chose que des chiens? Le Roumain répondait en fronçant les sourcils. Il ne maîtrisait ni le français, ni l’anglais. Moi-même j’ai tenté d’en savoir plus pour un article dans le journal. Un passant italien a tenté de m’aider, l’italien et le roumain étant relativement proches, mais en vain…

Il n’est resté qu’une journée mais quel succès.

Je crois que le jeune SDF ne voulait pas trop en dire. Cela ne l’a pas empêché d’avoir un sacré succès si on en juge le petit récipient noir qui, devant son oeuvre éphémère, se remplissait à vue d’œil de petites pièces et même de quelques billets. Dès qu’il avait suffisamment d’argent, il se précipitait à la boulangerie du coin pour un sandwich, une couque au chocolat ou un café chaud. Le boulanger était tellement séduit par son talent qu’il refusait de se faire payer.

Avec son chien de sable, le jeune Roumain a récolté bien plus de bienveillance que tous les SDF de la Grand-Place réunis. Car hélas, les Tournaisiens – mais cela ne leur est pas propre – ne font pas toujours preuve de beaucoup d’indulgence à l’égard des mendiants et des sans-abris, de plus en plus nombreux ces dernières années sur le forum de la cité.

Avec son chien de sable, le jeune Roumain a réussi à capter l’attention, à susciter l’enthousiasme, à faire parler les passants entre eux, à faire renoncer un commerçant à son dû, à provoquer des sourires, à faire oublier qu’il était un étranger…

Alors, ça sert à quoi la culture? Ça sert à quoi l’art, nom d’un chien? A apaiser les hommes et les âmes. Et ça n’a pas de prix…

Il y a tribune et tribune

Il y a tribune et tribune.  La tribune politique tout d’abord. Elle renvoie à la dernière campagne électorale d’octobre. Et à la prochaine, en mai.  Motiver les troupes, attirer l’électeur, attaquer l’adversaire. Promettre surtout. Promesses de lendemains qui chantent, promesses de lendemains qui changent, en cas de victoire. Promesses de victoire ultérieure, promesses de jours meilleurs, en cas de défaite. Promettre sans se compromettre. L’art du tribun.

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Mon Dieu, un pourri de politicien a mon adresse perso!

Depuis quelques jours, je vois fleurir sur les réseaux sociaux des réactions de personnes outrées parce qu’elles ont reçu une lettre personnalisée d’un candidat ou d’une candidate aux élections communales. Ou, pire, parce que leur enfant a reçu une lettre personnalisée, avec son nom et son adresse sur une enveloppe, parce qu’il vote pour la première fois. C’est comme si Marc Dutroux en personne avait retrouvé leur trace. Nous avons même reçu à la rédaction des alertes de lecteurs nous invitant à dénoncer ce crime abominable.

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Pont des trous à Tournai: je signe pour la résille, mais je ne jetterai la pierre à personne

Pierre ou résille? C’est la question qui est posée, ce dimanche 25 octobre, aux Tournaisiens invités à participer à une consultation populaire sur l’avenir du pont des Trous dont l’arche qui relie les deux tours doit être aménagée pour permettre aux péniches de plus grand gabarit de circuler sur l’Escaut (le lien pour voir les deux projets en lice : http://www.tournai.be/consultation-populaire-pont-des-trous/le-choix-deux-options.html). La question peut paraître saugrenue à l’heure où le CPAS accuse un déficit accablant. L’organisation de la consultation va quand même coûter quelque 100.000 euros aux contribuables de la cité des Cinq Clochers.

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Les réfugiés politiques à Tournai: notre devoir d’humanité

De retour de vacances, j’ai parcouru les journaux que mon voisin a gentiment gardés pendant deux semaines. L’actualité qui a défrayé la chronique cet été à Tournai : les 530 réfugiés politiques qui sont attendus à la caserne Saint-Jean d’ici à la fin de l’année. J’ai eu honte en lisant les premières réactions de mes concitoyens et des responsables politiques. J’ai même eu la nausée en lisant les commentaires sur les réseaux sociaux des journaux en ligne auprès desquels j’ai complété mon information. Les journalistes de la RTBF radio se sont même fendus d’un communiqué sur leur page Facebook pour prendre distance avec ce qu’ils lisaient sur leur site ou entendaient sur leur antenne.

J’ai pensé à mon ami syrien et à sa famille qui nous ont reçus, mon épouse, mes deux enfants et moi, comme des princes lors de notre passage à l’ouest de Londres, où ils habitent, lors de nos deux derniers jours de vacances en Grande-Bretagne. Que penseraient-ils, que diraient-ils s’ils lisaient la haine qui sévit sur le web à l’annonce de l’arrivée des réfugiés, parmi lesquels très certainement un très grand nombre de leurs compatriotes qui ont fui la guerre? J’ai honte pour eux. J’ai mal pour eux.

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