Pont des trous à Tournai: je signe pour la résille, mais je ne jetterai la pierre à personne

Pierre ou résille? C’est la question qui est posée, ce dimanche 25 octobre, aux Tournaisiens invités à participer à une consultation populaire sur l’avenir du pont des Trous dont l’arche qui relie les deux tours doit être aménagée pour permettre aux péniches de plus grand gabarit de circuler sur l’Escaut (le lien pour voir les deux projets en lice : http://www.tournai.be/consultation-populaire-pont-des-trous/le-choix-deux-options.html). La question peut paraître saugrenue à l’heure où le CPAS accuse un déficit accablant. L’organisation de la consultation va quand même coûter quelque 100.000 euros aux contribuables de la cité des Cinq Clochers.

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Mais puisque on invite les citoyens à donner leur avis, j’estime qu’il faut saisir l’occasion. Ils se plaignent trop souvent de ne pas avoir leur mot à dire. Alors, allons-y, c’est vivifiant pour un état démocratique. Puis il s’agit d’un bâtiment emblématique, dont l’origine remonte au XIIIème siècle : une des premières portes de la ville. D’un point de vue personnel, le pont des Trous est lié à quelques souvenirs de guindailles. Avec des copains de l’unif, on y allait, comme dans la chanson de Brel, « montrer notre c… et nos bonnes manières » après avoir éclusé quelques bières sur la Grand-Place lors de nos sorties dans la cité des Cinq Clochers. Le pont des Trous: le nom nous inspirait…

Alors pierre ou résille? Je vote la résille, le matériau contemporain. Je vais probablement me faire houspiller par les vieux Tournaisiens. Ou alors on me reprochera de ne pas être tout à fait un Tournaisien, moi qui suis né à Péruwelz et qui vis à Blandain, c’est-à-dire extra-muros. On me l’a déjà dit au début de ma carrière journalistique après un compte-rendu d’une séance du cabaret wallon tournaisien.  Une personnalité, et non des moindres mais dont je tairai le nom, m’avait dit dans une envolée picarde : « m’garcheon, tu ne pourrais jamais comprendre : t’es point de Tournai ». Pensez donc, il y a un véritable esprit de clocher dans la cité qui en comporte cinq.

Pourquoi la résille? Car j’estime qu’une cité avec un aussi fabuleux patrimoine a aussi besoin d’une touche de modernité. Comparaison n’est pas raison, mais à mes yeux, une ville comme Barcelone doit son insolente beauté au grain de folie de quelques architectes. Certes ce n’est pas un disciple de Gaudi qui va donner forme à la structure en résine, du moins si elle triomphe de la consultation populaire, mais l’effet de transparence va insuffler un brin d’originalité qui suscitera probablement la curiosité des touristes. De la même manière, j’étais aussi pour l’idée de construire une tour habillée de verre en guise d’hôtel juste à côté de la cathédrale de Tournai. J’avais estimé le projet audacieux, mais il a été recalé par les services du patrimoine de l’Unesco. Le débat entre les pour et les contre avait été assez épique, pour ne pas dire épidermique.

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Le pont des Trous ne correspond plus tout à fait à l’original. L’arche centrale a été dynamitée pendant la guerre. Et l’ensemble a déjà été rehaussé pour faciliter la circulation fluviale. Puis les Tournaisiens y tiennent-ils autant que cela ? Le tablier du pont a été occupé plusieurs fois par des restaurateurs qui n’ont pas eu le succès escompté. Dîner ou tout simplement prendre un verre sur le bâtiment emblématique aurait pourtant dû être le must pour tout Tournaisien qui se respecte, à moins qu’il ne voulait pas le dénaturer. On mesurera vraiment l’intérêt des Tournaisiens au taux de participation à la consultation populaire : il faut au moins 10% de l’ensemble de la population en état de voter (à partir de 16 ans, en l’occurrence) pour dépouiller les bulletins.

Je vote donc la résille, mais si la pierre l’emporte, je ne la jetterai à personne. Je continuerai à aller saluer le pont des Trous lors de ma balade hebdomadaire avec mon chien dans la cité des Cinq Clochers, résille ou pas.

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carnet de bord de Daniel Foucart

Journaliste à Nord Eclair belge (Tournai et Mouscron) depuis 1991, passionné par l'actualité vue par le petit bout de la lorgnette. Et à bord : quelques tranches de vie.

Une réflexion sur “Pont des trous à Tournai: je signe pour la résille, mais je ne jetterai la pierre à personne”

  1. Bonsoir, juste en passant, Barcelone n’est pas Tournai (climat) et un entretien par an suffirait (? d’après l’ingénieur) à condition d’accepter les papiers volants et autres feuilles mortes après quelques semaines, l’acier (bien qu’inox) terni après quelques mois et aussi les coûts (importants) d’entretien(s?) sophistiqués chaque année…;-)

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