Lapins plus forts que la Nintendo DS

 

En à peine un mois, nous avons perdu les trois derniers lapins qui nous avions à la maison: la maladie, le froid, la vieillesse? Je n’en sais rien. Mais toujours est-il que les enfants, même adolescents, en ont éprouvé du chagrin. J’ai retrouvé un texte que j’avais écris à la naissance de deux de nos trois lapins. C’était il y a cinq ans : Valentine nous tannait pour avoir une Nintendo DS.

Voici le texte qui a été publié dans les « Propos du Dimanche » (Nord Eclair) du 18 mai 2008, sous le titre « Lapins plus forts que la Nintendo DS »:

J’ai résisté à la Game Boy, à la Playstation, à la Wii, mais j’ai rendu les armes devant la Nintendo DS (prononcez “ Ninetènedo ” pour ne pas passer pour un idiot auprès des gamins de votre entourage). J’ai donc offert à ma fille Valentine la fameuse console tactile de jeux pour son onzième anniversaire avec un léger sentiment de culpabilité: ne va-t-elle pas s’abîmer les yeux ou, pire, détruire ses neurones en s’énervant devant le double écran? Ne va-t-elle pas délaisser la lecture, dont elle est friande le soir avant de dormir, au profit des jeux électroniques? Ne va-t-elle pas se couper du monde social au point de plus vouloir jouer – ou se disputer – avec son frère? Bref, ne va-t-elle pas devenir une cyberdépendante, néologisme qui désigne les accros à l’informatique et aux jeux qui en dérivent? Ma fille a démonté, pratiquement un à un, toutes mes craintes: “ Tu sais, le premier de la classe, il a aussi une Nintendo et il est toujours premier ”, “ chaque fois que je jouerai à la Nintendo, promis, je lirai une demi-heure avant de me coucher ”, “ Toutes mes copines en ont une et elles jouent entre elles, car on peut jouer à plusieurs avec la Nintendo ”, “ Promis, je laisserai mon frère jouer de temps en temps ”,

Ce n’est pas le jeu qui est mauvais en soi, mais l’absence de règles et de repères

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« Je ferai toujours mes devoirs avant de jouer ”, etc. Elle y a mis tellement de cœur, avec un sourire si enjôleur, que j’ai craqué, non sans avoir préalablement pris mes assurances auprès d’une collègue dont la fille a déjà la fameuse console. “ T’inquiète pas, c’est comme pour tout, il faut savoir fixer des règles et des limites ”, m’avait-elle dit. Juste. Lors d’une émission de télé consacrée à la cyberdépendance, un psy abondait dans le même sens : ce n’est pas le jeu qui est mauvais en soi, mais l’absence de règles et de repères. J’ai donc rédigé un contrat en dix points que j’ai fait signer à ma fille. “ Les dix commandements de la Nintendo DS ”, l’ai-je intitulé, en les tournant de façon rigolote, histoire de ne pas passer pour un Dieu-le-père censeur. Exemples: “ jamais avec ton frère, tu ne te disputeras et quelques fois, la Nintendo, tu lui prêteras (ainsi qu’à papa et maman) ”, « “ Jamais tu ne t’énerveras si l’appareil ne marche pas ” ou encore “ gentille , tu seras lorsque papa et maman diront : ‘la Nintendo, tu éteindras’ ”

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“ Ce sont les jeux de société des temps modernes ”

Cela fait aujourd’hui près de deux semaines que Valentine joue avec sa console. A l’exception du premier soir, où elle s’est un peu énervée parce que le jeu ne progressait pas, elle a jusqu’à présent respecté les termes du contrat. Mieux : la Nintendo a été l’occasion de discussions intéressantes avec elle. Sur la manière, par exemple, de faire fonctionner les jeux que je lui ai achetés avec la console, dont un qui teste la logique. Lors d’une fête chez des amis, les enfants ont mis leur Nintendo respective en réseau pour jouer ensemble. “ Ce sont les jeux de société des temps modernes ”, faisait remarquer une maman.

Mais un heureux événement m’a définitivement rassuré: le couple de lapins que nous avons à la maison a fait cinq mignons petits lapereaux. Et lorsque Valentine rentre de l’école, c’est vers eux que portent ses premiers regards reléguant la Nintendo, pourtant toute neuve, au deuxième plan. Boules de poils bien vivantes contre jeux virtuels de haute technologie: 1 à 0. Game over.

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Plus craquant qu’une Nintendo, non?

 

Publié par

carnet de bord de Daniel Foucart

Journaliste à Nord Eclair belge (Tournai et Mouscron) depuis 1991, passionné par l'actualité vue par le petit bout de la lorgnette. Et à bord : quelques tranches de vie.