Lors de ma visite au musée d’Orsay à Paris, peu avant Noël, j’ai assisté à une algarade entre une Parisienne et une famille italienne. Elles se disputaient un casier où déposer manteaux et sacs. Il n’y a plus de vestiaire avec un être humain qui, derrière un comptoir, surveille vos affaires après vous avoir attribué un numéro pour les retrouver. Il y a encore un employé, mais qui contrôle si vous avez bien fermé votre casier et si vous n’essayez pas d’en ouvrir un qui n’est pas le vôtre.
J’ai le net sentiment que l’espace public n’est plus régi que par des contrôleurs. Au cinéma, fini les guichets avec un ou une billettiste et les ouvreuses. Vous choisissez le film de votre choix sur un écran. Et avant d’entrer dans la salle, un employé contrôle si vous avez bien le ticket qui prouve votre achat. Dans la plupart des fast-foods, même topo, excepté qu’un membre du personnel vient vous servir à table en vérifiant que la commande correspond bien au numéro que vous vous êtes attribué.
Au supermarché, à Décathlon ou chez Ikea, il y a certes encore des caissiers et des caissières, mais on vous pousse de plus en plus à utiliser le « scan & go » avec, à la sortie, un contrôleur qui vérifie si vous n’avez pas fraudé d’une façon ou d’une autre.
Vous payez le service que vous rendez à vous-même…
En fait, on vous demande de plus en plus de faire le boulot vous-même, sans pour autant vous rétribuer. Au contraire, vous payez un service que vous vous rendez. C’est encore plus flagrant avec les banques : on vous demande un défraiement pour les démarches en ligne que vous effectuez vous-même. Et pas intérêt de vous tromper ou de vous faire arnaquer: vous serez considéré comme le seul fautif. Vous êtes à la fois l’employé de votre propre banque et le contrôleur.
Même scénario pour les achats en ligne: il vaut mieux vérifier à deux fois que vous avez entré la bonne adresse et le bon numéro de compte bancaire, sous peine de ne jamais voir arriver le colis au pas de votre porte.
L’intelligence artificielle va-t-elle tout résoudre? A l’issue d’une formation destinée aux enseignants, la remarque de la formatrice m’a à la fois interpellé et fait sourire. « Surtout n’oubliez pas de vérifier ce que l’IA vous propose, car elle peut se tromper », conseilla-t-elle. Et s’il y a erreur, ce n’est pas à la machine que votre patron ou votre prof va s’en prendre, mais à vous.
Contrôler, vérifier… On pourrait changer les paroles du film d’animation « la Reine des Neiges ». « Libérer, Délivrer », ce n’est pas tout à fait ce que nous promettent les nouvelles technologies.
Est-ce que je force le trait? Sans doute un peu. Mais je reste persuadé que s’il y avait eu un préposé ou une préposée au vestiaire du musée d’Orsay, comme autrefois, au lieu d’un contrôleur ou d’une contrôleuse, qui en l’occurrence a préféré rester en retrait, jamais la Parisienne et la famille italienne se seraient pris le chou…


Ce vendredi après-midi, je me suis rendu au chemin des… morts. Drôle de nom pour un sentier bucolique qui mène de Leers-Nord (Belgique) à Leers (France). L’explication remonte bien avant l’existence de la Belgique, lorsque les habitants de Leers-Nord devaient emprunter ce chemin pour enterrer leurs défunts au cimetière qui se trouvait de l’autre côté de ce qui allait devenir la frontière franco-belge. « Un sentier d’au moins 240 ans à valeur historique et patrimoniale », m’a certifié le riverain qui m’a convié là-bas. Mais ce n’est pas pour parler du patrimoine local que je me suis rendu au chemin des morts. Le riverain voulait dénoncer la disparition du sentier… recouvert de terre et cultivé – enterré, si on peut dire – par le cultivateur des parcelles voisines. Plus possible pour les promeneurs et les joggeurs de l’emprunter pour gagner la France. Le citoyen en question, un alerte quinquagénaire en tenue sportive, a alerté la commune et le conseiller écolo du coin.Il a même déposé plainte auprès de la police. Il va probablement obtenir gain de cause car l’agriculteur a été mis en demeure par la commune de remettre ce sentier en état.