Mes lectures, mes coups de cœur littéraires, de l’année 2024

Il est rare que je ne lise pas quelques pages d’un roman, d’un essai ou d’un livre scientifique avant de sombrer dans les bras de Morphée. Je vais passer en revue les bouquins qui ont retenu mon attention cette année et qui ont permis de m’évader et de réfléchir sur l’état du monde et des hommes.

« La lecture d’un roman jette sur la vie une lumière », a écrit le poète Louis Aragon.

On était des loups (Sandrine Collette, Le Livre de Poche, 2022)

« On était des loups » est le dernier livre que j’ai lu cette année. Et c’est aussi un des mes gros coups de coeur alors que je l’ai choisi un peu au hasard en flânant dans une librairie. Le roman de Sandrine Collette est une belle histoire entre un père, un homme des forêts, plutôt bourru, qui vit de la chasse et son fils de cinq ans. Liam a toujours préféré se tenir à distance d’Aru pour ne pas renoncer à sa vie au grand air, mais un drame va les réunir.

La lecture est un peu dérangeante au début en raison d’une ponctuation déconcertante, mais on comprend rapidement que c’est pour rendre le récit plus haletant et rentrer dans la tête du narrateur. Liam n’est pas homme à s’embarrasser de virgules. Une fois dans la caboche du père, on ne lâche plus le roman. « On était des loups » séduira les amoureux des grands espaces, des montagnes et des lacs.

« Dans ma tête tout est incohérent, je pense que c’est parce que je ne l’aime pas ce gosse et pourtant je ne lui veux pas de mal seulement s’il me cherche c’est sûr qu’il va me trouver (…) »

Le roman de Sandrine Collette a reçu le prix Jean-Giono 2022, un autre grand conteur du terroir, et le prix Renaudot des Lycéens 2022.

Le complot contre l’Amérique (Philip Roth, Folio, 2004)

J’ai acheté « Le complot contre l’Amérique » après avoir lu un commentaire dans la presse qui pointait les similitudes avec la situation politique actuelle aux Etats-Unis. Puis c’était l’occasion de retrouver Philip Roth, un des plus grands auteurs américains contemporains après avoir dévoré l’an dernier le très beau roman « Un homme ».

« Le complot contre l’Amérique » imagine la victoire du célèbre aviateur Charles Lindbergh, qui était proche des nazis, contre Franklin D. Roosevelt aux élections présidentielles de 1940. Charles Lindbergh prônait le non interventionnisme (ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?) dans les conflits qui minaient le monde à l’époque.

Le roman de Philip Roth est à la fois un livre politique et un livre éminemment personnel, écrit à la hauteur d’une famille juive qui croit au rêve américain, mais qui voit monter l’antisémitisme avec une inquiétude croissante au fil des pages. Le narrateur n’est autre que Philip Roth lui-même, âgé de 7 ans à l’époque où il place son récit. Il met en scène sa propre famille avec ses joies, ses doutes, ses peurs et ses déchirures.

« La peur était partout, elle se lisait partout, dans le regard de nos protecteurs surtout, cette expression que l’on prend à l’instant même où l’on aperçoit qu’on vient de fermer une porte dont on n’a pas la clef. »

« Le complot contre l’Amérique » est bien sûr une œuvre de fiction, mais celle-ci a une résonance résolument contemporaine. Dans un post-scriptum, l’auteur retrace les véritables faits historiques, Charles Lindbergh ayant bien eu des sympathies nazies dont les Américains ont pu avoir un aperçu lors de meetings baptisés « America First » (ça ne vous rappelle pas quelqu’un?).

La Terre a soif (Erik Orsenna, Le Livre de Poche, 2022)

« La Terre a soif » n’est ni un roman ni tout à fait un livre scientifique. Erik Orsenna raconte, avec tout son talent d’écrivain, la vie de trente-trois fleuves de notre planète. Il s’agit bien de vie, car les fleuves et les rivières sont les sources de l’humanité, comme le décrit très bien le sociétaire de l’Académie française. C’est le long des cours d’eau que l’homme a fondé ses cités les plus importantes.

Le voyage est à la fois fascinant et inquiétant. Fascinant, car Erik Orsenna emmène le lecteur dans les plus beaux endroits du monde, comme l’Amazonie, le Congo ou encore l’Inde. Mais inquiétant car il démontre que la plupart des fleuves et rivières n’offrent plus assez d’eau pour répondre aux besoins croissants de l’humanité. D’où le titre « La Terre a soif ». Et le sous-titre de la première page de garde: « Guerres et paix aux royaumes des fleuves ».

« Décidément, l’eau, je veux dire la vie, pousse à l’intelligence. »

Erik Orsenna émaille ses reportages de rencontres avec les plus grands spécialistes de l’eau, dont il partage les écrits et les inquiétudes. Si l’homme ne prend pas conscience de son capital « eau », un capital qu’on ne peut pas croître, il court inévitablement à sa perte. Au terme de ce « Petit précis de mondialisation » – le sous-titre de la couverture – une évidence s’impose : l’eau est notre principale richesse. Le livre est aussi source d’espoir, car « La Terre a soif » donne quelques exemples du génie humain, capable, lorsque la volonté politique est présente, d’utiliser l’or bleu en bonne intelligence avec la nature.

La femme tombée du ciel (Thomas King, Mémoire d’encrier, 2022)

J’ai découvert et acheté « La femme tombée du ciel » dans la boutique du très beau musée McCord Steward consacré aux peuples autochtones lors de notre dernière visite à Montréal. De descendance cherokee, l’auteur est un ardent défenseur des premières nations. « La femme tombée du ciel » (« The back of the turtle », en anglais) raconte l’histoire de Gabriel Quinn, un chimiste rongé par les remords et la culpabilité pour avoir mis au point un défolient qui a éliminé toute forme de vie dans une région côtière de la Colombie britannique, d’où il est lui-même originaire.

Le scientifique retourne à l’endroit qu’il a dévasté avec l’intention de mettre fin à ses jours, mais des rencontres étonnantes, dont celle d’une artiste indienne, vont lui redonner doucement goût à la vie. En parallèle, on suit le parcours de Dorian Asher, le patron de Dominion, la société qui a produit et mis en vente le produit mortel.

« Tout ce qu’il voulait, c’était du soleil, et ne surtout pas mourir à l’ombre. Comme il avait vécu. Etait-ce trop demander? »

« La femme tombée du ciel » est une jolie fable écologique racontée avec beaucoup de poésie, mais aussi une pincée de cruauté. Le roman dénonce la course au rendement de l’industrie chimique avec ses conséquences dévastatrices sur l’environnement. Les personnages, même celui, pourtant controversé, du PDG de Dominion, révèlent tous leur part d’humanité.

Et si l’homme vivait au rythme des tortues?

Et c’est ainsi que nous vivrons (Douglas Kennedy, Pocket, 2022)

Intéressé par les élections américaines, j’ai été intrigué, en flânant dans une librairie tournaisienne, par la couverture d’un livre avec le drapeau étoilé déchiré. « Et c’est ainsi que nous vivrons » envoie le lecteur en 2045. L’Amérique est divisée en deux : d’un côté, la République, très progressiste, mais sous l’emprise de la techno-surveillance et de l’autre, une Confédération transformée en théocratie où le blasphème et l’avortement peuvent valoir la peine de mort. C’est soit Big Brother, soit l’inquisition pour reprendre les mots d’une journaliste du magazine Elle.

Douglas Kennedy a voulu écrire un roman d’anticipation. On pense inévitablement aux divisions de l’Amérique actuelle en suivant les péripéties de l’agent Samantha Stengel chargée de s’infiltrer dans la Confédération pour assassiner sa propre sœur. « Et c’est ainsi que nous vivrons » est une réflexion sur deux mondes qui sont immondes chacun à leur façon. C’est aussi un roman psychologique, car le lecteur entre dans la tête de l’agent Stengel avec ses doutes, ses angoisses et ses espoirs.

« Toutes les révolutions ont leur acteur principal: l’idéologue, la figure de proue, la pasionaria capable de vinifier les vins de la colère. Dans le meilleur des cas, c’est un Washington, un Lincoln, un Martin Luther King. Et dans le pire, c’est un Robespierre, un Mao ou un Staline. Ici, on a eu droit à un multimilliardaire de la tech: Morgan Chadwick (…) »

J’aurais voulu que Douglas Kennedy s’attarde un peu plus sur les raisons qui ont conduit à la sécession de l’Amérique, mais on se laisse prendre par l’exploration de ces deux mondes qui, on l’espère vivement, ne verront jamais le jour.

Maigret chez les Flamands (Georges Simenon, Le Livre de Poche, 1932)

C’est toujours un plaisir de retrouver Maigret. Georges Simenon n’a pas son pareil pour créer une atmosphère et sonder la psychologie de ses personnages, le tout dans une écriture simple, sans fioritures.

Le commissaire Jules Maigret a déposé ses valises à la frontière franco-belge, à Givet, pour mener une enquête à titre privé à la demande d’Anna Peeters, la fille de commerçants flamands aisés, dont la boutique est installée le long de la Meuse.

« Comme d’habitude, Maigret était debout dès huit heures du matin. Les mains dans les poches du pardessus, la pipe aux dents, il resta un bon moment immobile en face du pont, tantôt regardant le fleuve en folie, tantôt laissant errer son regard sur les passants »

La famille Peeters – « Les Flamands », comme les gens du coin la surnomment – est soupçonnée d’avoir fait disparaître Germaine Piedbœuf, la fille d’un veilleur de nuit, dont Joseph Peeters, le fils plein d’avenir, a eu un enfant.

Georges Simenon, d’origine liégeoise, retrouve le fleuve de sa jeunesse, la Meuse, qui est un personnage à part entière dans « Maigret chez les Flamands ». La fin est surprenante, le commissaire pouvant faire preuve d’indulgence. Un classique, mais qui est indémodable.

L’affaire Alaska Sanders (Joël Dicker, Rose & Wolfe en poche, 2022)

Joël Dicker est l’auteur de polars à la mode. « La vérité sur l’affaire Harry Quebert » est son roman le plus connu qui a fait l’objet d’une série télévisée qui a été diffusée sur TF1. « L’Affaire Alaska Sanders » est la suite, mais on peut le lire sans avoir lu « Harry Quebert ». On retrouve les mêmes personnages principaux à savoir l’écrivain Marcus Goldman et le sergent Perry Gahalowood.

C’est une vieille affaire qui va réunir les deux hommes dont l’amitié est teintée à la fois d’humour et d’ironie douce. Le policier pensait avoir élucidé un crime onze ans plus tôt, en l’occurrence le meurtre d’une jeune femme, Alaska Sanders, mais une lettre anonyme qui va tout d’abord inquiéter son épouse va relancer l’enquête. Cette affaire va trotter à nouveau dans la tête du sergent qui va aussi devoir affronter un drame plus personnel.

« Quand je n’étais pas occupé à ruminer l’affaire Alaska Sanders, je m’occupais de ce qui restait de la famille Gahalowood. Perry était l’ombre de lui-même: déjà d’ordinaire taiseux, il s’était muré dans un mutisme total ».

J’aime beaucoup la manière dont Joël Dicker ausculte ses personnages, particulièrement Marcus Goldman, un écrivain en proie aux doutes tant sur les plans professionnels qu’amoureux. L’intrigue est relativement classique, mais bien ficelée avec, comme il se doit pour ton bon polar, des rebondissements qui donnent envie d’aller jusqu’au bout.

Des lecteurs de Joël Dicker se sont dit déçus par ce récit, mais personnellement, j’ai apprécié ce voyage dans le New Hampshire américain.

Méfie-toi du chien qui dort (Samantha Downing, Haute Ville, 2023)

Encore un livre choisi au hasard, sur la base de la couverture et du quatrième de couverture. Fan des toutous, je ne pouvais qu’être intrigué par cette affaire de dog-sitting qui se déroule dans la banlieue chic de San Francisco. Je n’ai pas été déçu par ce polar qui se lit très rapidement (118 pages).

L’originalité réside dans la narration. Le lecteur se retrouve dans la tête de deux narratrices : Shelby, la dog-sitteuse, et Carla Grady, l’inspectrice qui mène l’enquête pour découvrir qui a tué Todd Burke, le propriétaire du chien, Pluto, dont s’occupait Shelby.

« Pluto n’arrête pas d’aboyer. Il sent la mort, comme tous les chiens, et je dois lutter pour l’éloigner du corps. Ce n’est pas simple, ce Husky est un tas de muscles. »

L’intrigue est résolue un peu à la manière d’un puzzle où tous les éléments se mettraient en place sur un simple claquement de doigts. Ce n’est pas pour rien que l’inspectrice fait, à un moment important du roman, allusion au film Usual Suspects.

Bref, c’est admirablement bien mené. Je conseille le livre à un jeune qui débute dans la lecture de polars.

L’herbe est plus verte qu’autrefois…

Je me suis rendu mercredi matin à la conférence de presse qui présente le salon professionnel de l’autonomie fourragère prévu le 17 septembre prochain à Thieulain (Leuze-en-Hainaut). Cela m’intéressait à double titre : tout d’abord je suis sensible à la cause environnementale et ensuite je suis petit-fils d’agriculteur du côté de ma maman.  L’objectif du salon est de réapprendre aux professionnels de l’agriculture à ré-apprivoiser ou plus exactement à valoriser l’herbe pour les rendre plus autonomes dans le nourrissage de leurs animaux. Car, mais oui, les vaches sont des ruminants qui mangent de l’herbe! On l’avait presque oublié depuis qu’on les nourrit essentiellement au soja, un produit certes agricole mais qui vient le plus souvent de pays lointains comme le Brésil devenu écologiquement irresponsable. Il y a quelques années, on les avait même nourris avec des farines animales au point de rendre ces pauvres bêtes folles.

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Hé oui, je suis un ruminant. Je mange de l’herbe, étonnant, non?

Il faut donc aujourd’hui un salon pour rappeler aux paysans toutes les vertus de l’herbe. S’il vivait encore, mon grand-père aurait enlevé sa casquette, se serait gratté la tête en se demandant, un petit sourire en coin, si le monde n’est pas devenu fou… Il se serait sans doute esclaffé en entendant la question d’un petit garçon à un fermier lors d’une visite scolaire à la ferme que j’ai couverte il y a quelques mois  dans le cadre d’un autre reportage : « est-ce que les vaches mangent des chats? » Le gamin n’était pourtant pas un petit citadin, mais bien un petit gars de notre région semi-rurale.

Tous les produits de la terre devraient être naturellement bio…

Loin de moi l’idée de tourner en dérision le salon de l’autonomie fourragère, car les objectifs des organisateurs sont louables: inscrire l’agriculture dans le développement durable, lui faire quitter les sillons de l’industrie agro-alimentaire qui ont fait des paysans des esclaves de la terre. J’ai de l’admiration pour le couple d’agriculteurs qui accueille le salon sur ses terres: un physicien et une mathématicienne qui ont quitté le monde de l’enseignement et de la recherche pour cultiver la terre. Ils veulent transformer leur exploitation en ferme 100% bio.

Le bio… Voilà un terme qui aurait aussi fait sourire mon grand-père. Tout ce qui est issu de la terre ne devrait-il pas être naturellement bio, du grec « bios » qui signifie la vie? Cela veut-il dire que tout ce qui n’est pas bio n’est pas vraiment vivant? On peut le penser avec tous les produits phytosanitaires de l’agriculture conventionnelle qui ont appauvri, voire empoisonné, les sols. Je me suis toujours dit que la classification des produits agricoles n’était pas vraiment juste. On ne devrait pas faire la distinction entre les produits « bio » et les autres, mais bien entre les produits « agrochimiques » et les autres. Vous imaginez les grandes surfaces avec d’un coté le rayon des produits « agrochimiques » et de l’autre les produits vraiment agricoles c’est-à-dire qui respectent la terre? Les consommateurs auraient vite fait leur choix à mon avis.

Je rêve sans doute. Pourtant, je vous l’assure, je n’ai pas fumé de… l’herbe.

Si on réunissait toute l’humanité au Grand-Duché de Luxembourg ?

Je me pose parfois des questions étranges lorsque je laisse mon esprit vagabonder dans les transports en commun. Comme dans le métro de Londres, la veille du week-end pascal, il y a quelques mois, entre la gare de Pancras et l’arrêt à Earls court. Nous étions serrés comme des sardines dans le « tube » qui porte admirablement son nom. Je me suis demandé combien d’êtres humains pouvaient tenir debout sur une surface d’un mètre carré.  Trois, quatre, voire cinq, en perdant toute sphère intime.  Sur 1 km², on pourrait  donc placer 3 millions d’individus s’ils étaient trois par mètre carré, la quantité, disons, la plus confortable.

Pour contenir les 7,53  milliards d’hommes et de femmes que comporte et supporte la terre aujourd’hui, une superficie de 2510 km² suffirait donc s’ils se tenaient debout côte à côte. Soit à peu près la surface du Grand-Duché du Luxembourg…

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Je me sentais à l’étroit dans le métro de Londres…

Et si on donnait un peu plus d’air à chacun des habitants de la terre, disons une personne par mètre carré, la population mondiale tiendrait dans 7530 km², soit à peu près la moitié de la Wallonie. Dingue, non ? Certes on se marcherait sur les pieds, mais cela permettrait au reste de la planète de respirer, non ?

Ok, vous avez raison, l’air du métro londonien ne me réussit pas trop…

M… alors! Mettre son pied dedans ne porte pas bonheur…

Dimanche, la veille de la reprise du boulot, j’ai été me balader en famille dans les rues de Tournai. J’ai été tristement surpris par le nombre de déjections canines qui jonchaient les trottoirs. Il y avait même plusieurs étrons au pied de la cathédrale, juste à côté du panneau qui avertit d’une amende de 50 euros les propriétaires de chiens peu tatillons avec la propreté publique. C’était comme une provocation. J’aime les toutous. J’ai moi-même un Border Collie que j’adore, que j’emmène  en vacances avec moi, qui est comme un membre de la famille et dont je vante souvent les mérites au point de susciter des sourires gentiment moqueurs chez mes collègues.

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Mon chien Mila

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Le bonheur est dans le cèdre bleu

La sentence du bûcheron était sans appel: “ de toute façon, votre cèdre bleu était condamné ”. Elle a atténué le sentiment de culpabilité que j’éprouvais depuis que j’avais décidé de me séparer de cet arbre à la posture majestueuse, haut d’une dizaine de mètres. La décision avait été prise la veille de la Saint Sylvestre. Suite à de violentes rafales de vent, une grosse branche s’était effondrée dans le jardin, à un doigt de la grande baie vitrée qui aurait très bien pu voler en éclats. Heureusement les enfants ne jouaient pas dehors cet après-midi-là. Jusqu’alors, le cèdre ne nous ennuyait que l’été: ses aiguilles, persistantes et courtes, tombaient dans nos assiettes lorsque le temps nous permettait de dresser la table dans le jardin. Son ombre recouvrait certes les panneaux solaires, mais relativement tard dans l’après-midi, ce qui laissait le temps au soleil d’accomplir son œuvre calorifère.

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Aujourd’hui, le cèdre bleu n’est plus qu’une succession de grosses bûches, empilées les unes sur les autres sous le magnolia qu’il a longtemps dominé et qui prend ainsi sa revanche. En comptant les cercles de croissances, j’ai pu déterminer son âge: 30 ans, à peu près celui de la maison. C’était un bébé parce que selon les informations glanées sur internet, il aurait pu vivre… 2.000 ans et grimper jusqu’à 50 m de haut. Ce conifère, issu de la famille des pinacées, n’est pas une espèce indigène, comme le sont, par exemple, les saules têtards et les peupliers. Il s’est habitué à nos contrées après avoir été importé du Moyen-Orient et des contreforts de l’Himalaya. La lecture de sa généalogie avait ajouté à mon sentiment de culpabilité: le cèdre n’est-il pas l’arbre le plus souvent cité dans la bible? Un pays du Moyen-Orient ne l’a-t-il pas choisi comme emblème? Le cèdre du Liban a même servi à la construction du premier temple de Jérusalem, vers 976 avant Jésus-Christ. Importés d’Algérie, des semis du cèdre de l’Atlas, un proche cousin du cèdre bleu, ont permis de repeupler les pentes dénudées du Mont Ventoux, du Lubéron et des Pyrénées au XIXe siècle. L’immigration des arbres a précédé celle des hommes.

Il y a vraiment beaucoup à apprendre de nos frères, les arbres, qui ont livré à l’humanité une de ses plus précieuses inventions: le papier, incarnation de l’écriture.

Le mot “ livre ” provient d’ailleurs du latin “ liber ” qui, selon le petit Larousse, désigne encore la zone vivante du bois, riche en cellulose. L’adjectif “ libre ” a aussi la même… racine.

La maladie de mon cèdre bleu m’a fait davantage lever les yeux vers le ciel. Jusqu’alors je n’avais pas suffisamment conscience de la richesse sylvicole de mon jardin: un saule pleureur, un magnolia, deux bouleaux et trois hêtres pourpres qui doivent avoir à peu près le même âge. La sagesse des arbres avait conquis le premier propriétaire de ma maison.

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Le cèdre victime de l’orage

Le cèdre bleu ne semble pas me tenir rigueur de l’avoir fait abattre. Depuis, la souche et les bûches dégagent une agréable odeur de résine aromatisée qui embaume le jardin les jours de soleil, comme si l’arbre voulait me rappeler ses lointaines origines orientales, la richesse de ses histoires et la volupté d’un espace arboré.

Le bonheur est dans le cèdre bleu, comme dans tous les arbres.

(1) Chronique que j’ai écrite, sous le pseudo « Vintje », dans le Nord Eclair du 23 septembre 2007 et dont le titre était « les Propos du Dimanche », imaginés par Luc Parret, alias Eleph. Serdu, dont je reproduis ici le dessin, était notre illustrateur.

(2) Depuis la parution de cette chronique, j’ai dû hélas abattre les hêtres pourpres, dont les bûches ont rejoint celles du cèdre bleu sous le magnolia.

 

En voiture 100% électrique, Simone

Comme je l’ai évoqué dans ma note précédente, j’ai eu la chance de tester trois véhicules 100% électriques de la marque Renault dans les rues de Mouscron. environnementLa Twizy est le modèle fun, celui qui est censé attirer le regard et faire parler de lui. L’engin est à mi-chemin entre la voiture et la moto. En version 45 (max 50 km/h), il peut même se conduire sans permis. Il est vraiment très agréable à manier :idéal pour circuler rapidement dans une grande ville comme Paris ou Bruxelles, mais on ne peut être accompagné que d’un seul passager, assis à l’arrière comme sur une moto. La Kangoo Z.E. est le véhicule utilitaire. Elle est pareille à ses soeurs essence ou diesel, excepté qu’elle est pratiquement insonore. Idéal pour l’entrepreneur qui désire de circuler de chantier en chantier dans un rayon de 50 km. Enfin, la Fluence Z.E. est la familiale de la gamme : elle est aussi bluffante que les deux autres en terme de conduite.

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Même si je ne suis pas un professionnel de l’automobile, j’ai vraiment eu le sentiment de faire un bond dans le futur ou de participer à une avancée technologique majeure en essayant ces trois véhicules. Certes ils ne sont pas adaptés à une conduite nerveuse, mais ils séduiront ceux qui aiment une conduite souple, respectueuse des autres et de l’environnement. En terme de confort ou même d’accélération, ils n’ont rien à envier à leurs grandes soeurs qui roulent au carburant fossile. C’est, selon moi, l’avenir. Il reste à améliorer leur autonomie (max. 150 km pour la Fluence, par ex.), mais si tous les constructeurs automobiles s’y mettent, la voiture électrique risque de détrôner les véhicules classiques d’ici une vingtaine d’années. Les pouvoirs publics devront aussi investir dans des bornes de recharge. La ville de Mouscron attend l’aval de la Région wallonne pour en installer quelques-unes. Le plein électrique prend encore du temps : 6h pour une recharge complète de la Kangoo, par exemple, mais on peut la recharger chez soi à l’aide d’une simple prise électrique ou, mieux encore, pour la rapidité, au moyen d’une borne individuelle. environnementLe prix risque encore de constituer un frein en dépit des déductions  fiscales : entre 8.000 euros pour la Twizy et 25.000 pour la Kangoo. Mais un client de Renault Mouscron a fait le calcul en comparant les prix de l’essence et de l’électricité et en tenant compte de l’entretien du véhicule: sur une période quatre ans, un véhicule électrique de 25.000 euros revient 35% moins cher qu’une automobile classique.

Je n’ai qu’un seul conseil à donner : essayez, c’est bluffant.

(photos : Julien Azémar, Aurélie Pirkenne)

Une rencontre inattendue, entre liberté et fragilité

picvert2.jpgJ’ai eu une visite inattendue ce matin, chez moi, au petit déjeuner: celle d’un Pic vert qui s’est régalé avec les vers et les fourmis qui peuplent ma pelouse si mal entretenue. J’ai eu le temps de saisir mon appareil photo pour immortaliser cet instant magique. C’est le genre de rencontres qui me met de bonne humeur toute la journée. Les animaux sauvages dégagent une enivrante impression de liberté, dont on devine aussi toute la fragilité : ils sont constamment sur leur garde, l’esprit sans cesse en éveil, prêts à prendre la poudre d’escampette au moindre bruit suspect, ce que n’a pas manqué de faire mon pic vert dès que je me suis rapproché un peu trop près.

J’ai ressenti la même excitation lorsque j’ai croisé des dauphins dans la mer Egée, lors d’un voyage de presse en Grèce, il y a à peine une dizaine de jours. Je me souviens aussi d’un hibou moyen-duc surpris au fond de mon jardin, perché sur une branche de sapin, près du tas de compost, il y a quelques années. Ou encore d’une chouette chevêche qui est venue hélas percuter le pare-brise de ma voiture mais que j’ai pu sauver en l’emmenant dans un centre de revalidation pour oiseaux. Et à Mouscron, j’ai pu photographier six cigognes qui se reposaient dans un champ avant de reprendre leur migration vers le Nord.environnement,oiseaux,mouscron

Pourquoi une telle fascination que partagent beaucoup de mes amis et connaissances, si j’en crois toutes les réactions sur ma page facebook, où j’ai posté la photo de ma rencontre inattendue de ce vendredi matin? Sans doute parce que les animaux sauvages renvoient à notre part d’animalité. Entre liberté et fragilité.

 

Sens et croissance

François Hollande n’a plus que ce mot-là à la bouche depuis qu’il a été élu : croissance. Elio Di Rupo veut lui aussi de la croissance. Barack Obama en personne est sur la même longueur d’onde. C’est d’ailleurs à la Une du Monde. Il y a bien Angela Merkel qui renâcle, mais elle n’est pas vraiment contre le fait d’ajouter un chapitre « croissance » au dernier traité européen qui invite les états à la rigueur budgétaire.

Croissance, croissance et croissance. Le mot m’intrigue, me passionne même puisqu’il est censé de nous sortir de la crise, un autre mot compliqué. J’ai donc été voir dans le Petit Robert. Croissance : « 1. le fait de croître, de grandir (organisme). V. Développement, poussée. Enfant arrêtée dans sa croissance. Croissance rapide, hâtive. Maladie de croissance. 2. (Choses). V. Accroissement, augmentation, développement, progression. Croissance d’une ville. Croissance économique, accroissement de la production nationale des biens et des services ». Le dictionnaire ajoute même une citation de l’écrivain français François Mauriac, bien de circonstance : « La passion, à un certain point de sa croissance, nous tient ».

Croître les biens? Cela veut-il dire fabriquer plus de télés, plus de voitures, plus de téléphones portables?… Les écologistes risquent de ne pas être contents. Certains plaident même pour la décroissance ou la croissance zéro. Croître les services? Cela signifie-t-il plus de facteurs, plus d’agents de police, plus d’enseignants? La droite risque de ne pas être satisfaite : cela va creuser la dette publique. Un cercle vicieux. Qui peut-on croire? Et que peut-on croître finalement…

Quel sens donner au mot croissance? Croître pour quoi faire? Si c’est pour grandir l’humanité, c’est plutôt une belle idée, une croissance sensée, ai-je envie d’écrire. Mais si c’est pour choper une nouvelle maladie de croissance…

 

L’en… vert de Mouscron

NM-senti.JPGMouscron, à la première impression, ce n’est pas folichon : des petites maisons ouvrières blotties les unes contre les autres, deux autoroutes qui encadrent un paysage grisâtre, reliées par une route Express qui ne porte pas toujours bien son nom,  des zones industrielles aux effluves suspectes. Il y a certes l’hôtel de ville néo-gothique, de rouge vêtue, mais elle est comme un grain de beauté sur le visage d’une jeune fille un peu terne. Il y a encore le parc communal, mais il a l’air de se cacher, un peu honteux, au creux d’une pente qui mène vers la France. Lorsque j’ai appris que la Ville était dotée d’une cellule environnement, cela m’a fait l’effet d’une paire de skis sur une plage de sable fin. Cela m’a semblé extravagant, presque déplacé.

Erreur. Double erreur. Tout d’abord, une ville comme Mouscron est bel et bien comme une jeune fille un peu terne, mais qui mérite qu’on s’y attarde : elle ne se juge pas à la première impression, au premier regard. Ensuite, la cellule environnement fait un travail remarquable, pareil à celui d’une maquilleuse qui a l’art de mettre en valeur les beautés cachées et insoupçonnées. J’en ai encore eu un aperçu, ce lundi, après la découverte de trois sentiers qu’elle a réaménagés dans la perspective de « Cap Nature », une fête qui se tient ce samedi 12 mai, entre 14h et 18h. Le carré vert de la cité des Hurlus ne se limite pas à l’herbe du terrain de football du stade du Canonnier, c’est aussi des chemins bucoliques au Bois Fichaux, à Herseaux et à Dottignies. Tantôt une rangée de saules têtards, tantôt une ferme à hirondelles. Ici un sentier à insectes, là un passage sur caillebotis. Que des jolies surprises.

C’est l’en… vert de Mouscron.

L’article  sur Cap Nature est paru, avec les informations pratiques, dans l’édition de Nord Eclair du mardi 8 mai. Contact: cellule environnement de Mouscron.