Défendons No Télé sans oublier Nord Eclair et le Courrier de l’Escaut

Menacée d’une restructuration, la télévision communautaire No Télé fait l’objet d’une formidable mobilisation de la part des mondes associatifs, sportifs, culturels et socio-économiques de Wallonie picarde qui veulent sauver son âme, celle de la proximité.

C’est sans réserve que j’adhère à ce sursaut citoyen. Je crois plus que jamais en la force de la proximité à l’heure où la mondialisation dévore la planète, à l’heure où les réseaux sociaux, qui n’ont de sociaux que le nom, nous éloignent les uns des autres pour nous isoler derrière un écran ou nous enfermer dans une bulle logarithmique.

L’évolution technologique tue l’humain. Cela a commencé, comme par hasard, avec les banques qui ont supprimé l’employé derrière le guichet au profit du traitement électronique dont le client est à la fois l’opérateur et le cochon de payant. Les grandes surfaces encouragent les clients à scanner eux-mêmes leurs achats, le scan & go étant l’épée de Damoclès au-dessus de la tête des caissières. Fini, au cinéma, le sourire de la billettiste ou de l’ouvreuse; le spectateur choisit lui-même son film et sa place sur un écran, le contact humain se limitant au contrôle du ticket.

Je pourrais multiplier les exemples où les interactions entre les personnes deviennent de plus en plus rares dans la gestion de la vie quotidienne. Et je n’évoque pas ici l’intelligence artificielle dont on ne mesure pas encore toutes les conséquences sur la vie en société. Or, s’il y a bien une leçon que j’ai retirée de mes cinq années d’études en psychologie, c’est que l’homme est un être éminemment social qui a besoin du contact des autres pour s’épanouir, s’enrichir et tout simplement vivre. Robinson Crusoé serait mort sur son île s’il n’avait pas rencontré Vendredi.

La proximité, c’est la vie. Tout simplement.

Alors oui, je défends des médias, comme No Télé, qui défendent la proximité, qui rendent les citoyens de Wallonie picarde plus proches les uns des autres en relayant, en promouvant leurs initiatives, leurs projets sur les plans politique, social, économique, culturel, associatif et sportif. No Télé le fait en plus avec talent (si je devais citer un seul exemple, je citerais le remarquable reportage de Laurence Journé sur la maladie de Parkinson dont souffre sa collègue Françoise Delplancq).

Fondre No Télé dans une entité plus grande va non seulement porter atteinte à l’identité de la Wallonie picarde, mais également invisibiliser les « petits » acteurs et les « petites mains » de la vie associative, pourtant si utiles, qui devront s’effacer, économie oblige, devant des associations plus importantes.

Dans ce combat honorable, je veux y inclure deux autres médias qui me sont chers, l’un un peu plus que l’autre puisque j’y ai travaillé pendant plus de 30 ans : Nord Eclair et le Courrier de l’Escaut. Les deux journaux jouent le même rôle que celui que je viens de décrire à propos de No Télé. Ils sont aussi tous les deux vecteurs de cette proximité, indispensable à nos vies, ce dont ils ne se vantent pas assez souvent, alors qu’ils travaillent avec moins de moyens, et ce dont le monde associatif ne parle pas suffisamment.

Or, les deux médias sont menacés par le projet de fusion entre les deux groupes auxquels ils appartiennent respectivement : Rossel et IPM. Ce rapprochement est présenté comme « indispensable », par les grands patrons, « pour garantir la pérennité d’un journalisme professionnel et indépendant en Belgique francophone ». Pour avoir vécu trois à quatre restructurations, je sais d’expérience que ce type de synergie – quel vilain mot – n’a jamais été bénéfique pour l’emploi et n’a jamais rapporté un lecteur de plus, bien au contraire.

Si on laisse faire, il n’y aura plus qu’un seul média de presse écrite en Wallonie picarde. Une atteinte au pluralisme et, par écho, à la démocratie. J’ai toujours été persuadé que la Wallonie picarde devait sa diversité politique en grande partie à la diversité de ses médias, même si de nombreux titres ont disparu depuis le début de ma carrière dans le journalisme (Le Peuple, l’Avenir du Tournaisis, plus récemment la DH Wapi absorbée par l’Avenir). Si on ajoute à ça la dilution identitaire de No Télé, il y a de quoi s’inquiéter pour la vitalité démocratique de notre région, déjà que les journalistes se font de plus en plus rares aux conseils communaux.

Certes le Nord Escaut ou le Courrier Eclair, ce n’est pas encore pour aujourd’hui, mais je crains que la menace soit encore plus grande qu’à No Télé qui peut toujours compter sur un changement de majorité, et par conséquent de cap, à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Restons sur le qui-vive pour maintenir le pluralisme de la presse et pour ne pas céder l’information de proximité uniquement aux réseaux sociaux.

No Télé, le Courrier de l’Escaut et Nord Eclair ont eu des différends par le passé, la presse écrite reprochant parfois à la télévision locale de se regarder un peu trop le nombril. Mais il y a eu de formidables collaborations comme « le Picard » qui récompensait les personnalités de l’année en Wallonie picarde ou encore le partage des résultats sportifs.

Les trois médias sont à la fois concurrents et complémentaires. C’est pourquoi j’attends des mondes politiques, culturels, associatifs, socio-économiques et sportifs la même mobilisation pour la presse écrite régionale que celle qu’ils affichent, avec vigueur et enthousiasme, pour No Télé.

Pour l’instant, je n’ai pas encore entendu ou lu grand-chose. Il en va pourtant de notre proximité. Pour être encore plus proche, pour reprendre le slogan de No Télé. Ou tout simplement pour le rester…

Nord Eclair, c’est par exemple la fête du foot en Wallonie picarde (photo Bernard Libert).

« Mais ce n’est pas la vérité »

Il y a quelques semaines, j’ai été invité à suivre un candidat mouscronnois à l’enregistrement d’une émission de téléréalité à Bruxelles. Il s’agit d’exécuter un numéro de deux minutes (chant, danse, imitation, jonglerie, humour, etc) sur scène devant trois jurés qui décident si vous poursuivez l’aventure ou non pour devenir « le » nouveau talent belge. C’est un divertissement plutôt bien fait. Et j’ai pris du plaisir à regarder les quinze numéros de la session d’après-midi pour laquelle j’étais présent. Je ne peux pas dévoiler le résultat de l’imitateur de Mouscron, un garçon éminemment sympathique, car l’émission doit être diffusée en septembre. Lire la suite « Mais ce n’est pas la vérité »

Ma (petite) revue de presse

Comme tout journaliste qui se respecte, enfin je le suppose, je suis un boulimique d’informations. J’ingurgite ma première fournée dès 6h30 ou 7h, selon l’horaire scolaire de mes enfants, avec Vivacité Hainaut. Dans le brouillard, entre veille et sommeil, je me fais une première idée de l’actualité régionale. Avant d’avaler le petit déjeuner, direction la boîte aux lettres pour me procurer le Nord Éclair. Très égoïstement, je me précipite sur l’article que j’ai écrit pour l’édition du jour. Je le relis pour vérifier si je n’ai pas commis une faute de style ou, pire, d’orthographe. Je vérifie aussi comment le secrétaire de la rédaction de la veille a « vendu » mon sujet en Une ou s’il n’a pas modifié le sens en changeant mon titre. J’avoue que j’ai plus d’une fois renversé mon café.

Sur la route de l’école, lorsque je conduis mes enfants, c’est Matin Première (RTBF) qui anime la voiture. J’essaye de puiser dans l’actualité nationale, voire internationale, un sujet que je pourrais décliner en région. C’est aussi l’occasion de faire connaître à Valentine et Maxime les noms de ceux qui font (ou défont) la politique de ce pays. J’aime beaucoup la manière dont Bertrand Henne mène ses entretiens. Après avoir déposé mes enfants aux grilles de l’athénée Bara, je fais parfois un petit détour par Bel-Rtl, histoire d’écouter les imitations d’André Lamy et d’Olivier Leborgne. Ou alors je reste sur la Première pour la chronique décalée « le café serré », mon préféré étant celui de Thomas Gunzig, qui a le sens du texte. Juste avant de gagner la rédaction, je n’oublie pas non plus de revenir sur Vivacité histoire d’écouter le sujet d’actualité que Benjamin Maréchal, une très belle voix, a choisi de décliner avec ses auditeurs, même si je n’aime pas trop la manière dont il les interrompt.

 

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Au bureau, le temps que l’ordinateur s’allume, je reparcours le Nord Eclair du jour pour lire la prose de mes collègues, histoire de vérifier si on n’est pas passé à côté d’une information importante entendue à la radio. Puis, c’est le moment de la revue de presse. Je commence le plus souvent par la concurrence, le Courrier (l’Avenir) et la Dernière Heure. Les journalistes sont souvent d’une mauvaise foi crasse : ils se gaussent de l’information que les confrères n’ont pas eue mais en oubliant souvent que la veille, ils se sont peut-être fait griller sur un autre fait d’importance. J’imagine qu’il doit y avoir les mêmes haussements d’épaule et les mêmes esclaffements chez les journalistes d’en face. Puis vient la lecture de la presse nationale : le Soir (que je qualifie toujours de « Brusseile », ce qui irrite mes collègues), qui reste le quotidien de référence, la Libre Belgique pour laquelle j’ai une affection particulière non seulement parce que j’y ai travaillé comme correspondant régional il y a une quinzaine d’années mais parce qu’elle essaye de sortir son épingle du jeu avec le peu de moyens dont elle dispose. J’aime aussi lire la presse flamande : on reçoit les régionaux Het Nieuwsblad et Het Laatste Nieuws, dont j’apprécie la mise en page, plus percutante que dans la presse francophone.  Ils ne négligent pas la petite locale à laquelle ils essayent de donner une plus-value avec des photos de qualité. Puis, c’est l’occasion d’entretenir mon néerlandais (essentiellement passif). Je jette parfois un oeil furtif sur la Voix du Nord (France) non sans une pointe de nostalgie parce qu’elle parvient à garder son lectorat avec un traitement de l’information classique.

Les journalistes sont souvent d’une mauvaise foi crasse avec la concurrence

En cours de journée, je passe d’un site à l’autre : lesoir.be, nordeclair.be pour vérifier si nos informations ont bien été mises en ligne, dhnet.be, etc. Quelques clics aussi pour lemonde.fr (que je ne lis plus qu’en numérique alors qu’autrefois, je l’achetais encore de temps en temps), liberation.fr ou encore lefigaro.fr, histoire de vérifier comment des journaux de philosophie différente traitent le même sujet. C’était particulièrement amusant pour le déménagement de Gérard Depardieu à Néchin: l’acteur fut vilipendé par Libé, plutôt à gauche (Génial le titre « Manneken Fisc ») et relativement ménagé par le Figaro, marqué plus à droite. Côté sportif, je visite aussi lequipe.fr, surtout lorsqu’une équipe nationale française, quelle que soit la discipline, connaît la défaite (je sais, ce n’est pas très gentil).  J’aime aussi parcourir les sites des journaux flamands, particulièrement les commentaires des internautes sur standaard.be et hln.be : à déconseiller aux « Belgicains » parce que les francophones en prennent souvent pour leur grade, excepté curieusement quand un sportif belge, même wallon, remporte une victoire.

La revue de presse au bureau se termine toujours par le journal de 18h sur No Télé. Un rituel pour vérifier que nous ne sommes pas passés à côté d’une information d’importance ou pour voir comment nos confrères ont traité un sujet que nous avons aussi couvert. La télévision régionale traverse une mauvaise passe financière en ce moment. Il s’agit pour plusieurs communes de doubler leur contribution. Certes No Télé a parfois un côté nombriliste qui agace la presse écrite – « regardez combien ce qu’on fait est magnifique » -, mais c’est un péché véniel au regard de ce qu’elle apporte à la Wallonie picarde dont elle est un des éléments fédérateurs, sinon « le » seul élément fédérateur. Puis elle donne encore la parole à des personnes, à des associations que la presse écrite a tendance à négliger ces dernières années: le monde socio-culturel, les artistes, les groupements folkloriques, etc. A Tournai, No Télé vaut bien 2 euros par an et par habitant, l’équivalent de deux grilles du Lotto.

Sur le chemin du retour à la maison, la radio retrouve mes faveurs. J’ai un faible pour le « Face à l’info » sur la Première :   Eddy Caekelberghs fait peut-être des phrases trop longues, mais ses questions sont toujours précises et pertinentes avec ses invités dont il ne coupe jamais la parole. Si la route se prolonge, je zappe sur Europe 1, RTL ou encore France-Info pour entendre les dernières informations importantes. Si je ne rentre pas trop tard, j’essaye encore de jeter un coup d’oeil sur le journal télévisé de RTL-Tvi et/ou de la RTBF, mais j’avoue que c’est souvent de manière distraite. Comme je suis un couche-tard, je surfe encore un peu le soir : les mêmes sites d’info qu’en cours de journée – Nord Eclair en priorité pour voir comment les lecteurs réagissent aux sujets du jour -, mais j’y ajoute parfois le Temps en Suisse et le Soleil au Canada; c’est amusant de voir l’actualité par la lorgnette d’autres journaux francophones (pendant la campagne électorale américaine, le Soleil a fait une plongée au coeur des petites villes US assez surprenante).

Je ne terminerai pas ma revue de presse personnelle sans évoquer ce qui est pour moi « le » journal : l’hebdo satyrique « le Canard Enchaîné » que je loupe rarement lors de sa sortie en kiosque le mercredi. Il ne fait que 8 pages, sans photos, il coûte 1,40 euros, il n’a pas de site internet, mais il est drôle, impertinent, sans jamais perdre les règles de base du métier : vérifier, recouper l’information. Il n’hésite jamais à dire lorsqu’il s’est trompé tout en parvenant à faire de ses « pans sur le bec » des petits délices de lecture. « Le Canard » publie ses comptes chaque année. Et chaque année, il parvient à atteindre l’équilibre financier sans un seul encart publicitaire. Le pied (palmé), pour un journaliste qui se respecte; enfin, je suppose.

Borgen, de la bonne politique fiction

Depuis quelques semaines, j’accroche à une série télévisée danoise qui est diffusée sur Arte tous les jeudis soir. C’est un collègue qui me l’a conseillée. « Borgen » raconte les péripéties d’une femme politique, une centriste, qui est devenue première ministre du Danemark.

C’est une fiction, avec les raccourcis qu’impose l’exercice du genre, mais les épisodes reposent sur une base crédible. Les auteurs sont aussi des bons observateurs de la vie politique, car je retrouve tous les ingrédients qui la composent: idéalisme, goût et fascination du pouvoir, argent, rôle prépondérant des médias, intrigues et surtout trahison. Ce n’est pas pour rien que plusieurs épisodes sont précédées d’une citation de Machiavel. La série rend bien d’une vérité récurrente : les principales difficultés viennent toujours de son propre camp. A cet égard, l’épisode consacrée au déchirement du parti travailliste était révélatrice.  Le débat entre anciens, plus proches des syndicats, de l’ancienne gauche, et modernistes, plus proches de la réalpolitik de la sociale-démocratie, pourrait être transposé à tous les partis socialistes européens. Les mano a mano entre personnalités d’un même camp ne sont pas sans rappeler les duels fratricides de chez nous, entre une Christiane Vienne et une Annick Saudoyer au PS de Mouscron, par exemple, entre un Rudy Demotte et un Paul-Olivier Delannois au PS de Tournai ou, encore, au niveau fédéral, entre un Charles Michel et un Didier Reynders pour le MR.

Mais attention, Borgen n’est pas Dallas. Certes il s’attarde sur les conflits entre personnes, mais il met aussi en évidence l’idéal qui les pousse à sacrifier leur vie de famille et leurs amis. La série danoise démontre bien que la politique est avant tout une affaire d’hommes et de femmes. Avec leurs forces et leurs faiblesses. Qui s’étrippent, mais qui mettent aussi toutes leurs tripes dans un idéal. On est loin de la caricature que la plupart des films font de la politique, où tout ne serait que corruption. Borgen réconciliera sans doute les plus sceptiques avec la politique ou incitera peut-être quelques-uns à s’y lancer. Car à l’heure du populisme à tout crin, des « yaka » et des « yakapa », on n’a plus que jamais besoin d’hommes et de femmes qui osent prendre leurs responsabilités, au nom de leurs idées.