
Je pense à mon chien lorsque je me promène dans les bois, près de chez moi. Je la vois courir entre les arbres à la recherche d’un bâton qu’elle me ramène inlassablement dans un jeu de va-et-vient qui ne connaît pas de fin.
Je pense à mon chien tous les matins. J’entends le bruit de sa gamelle sur le carrelage de la cuisine et l’eau qui file entre ses babines. C’est comme une douce musique. Lap, lap, lap…
Je pense à mon chien lorsque je monte dans la voiture. Je cherche ses yeux vairons dans le rétroviseur. Je tends la main vers la banquette arrière pour attendre le coup de langue qui me rassure.
Je pense à mon chien lorsque je prépare mes valises pour les vacances. Elle se précipite vers la voiture, grimpe à l’arrière dès la portière ouverte et, indéboulonnable, ne bouge plus jusqu’à la fin des préparatifs. Ses yeux supplient: emmenez-moi.
Je pense à mon chien lorsque je traverse le jardin. L’oeil aux aguets, je lève les pieds pour éviter les endroits où elle s’est soulagée.
Je pense à mon chien lorsque je travaille dans le potager. Je la contemple, allongée entre les fraisiers et les forsythias, occupée à m’observer de ses yeux vairons, de l’œil bleu ou de l’œil brun, c’est selon.

Je pense à mon chien le soir venu. J’entends le bruit de ses pattes sur le parquet de la chambre pour s’allonger à côté de mon épouse, sa maman de substitution. Elle pousse un soupir de satisfaction. La nuit sera belle.
Je pense à mon chien lorsque je pars au travail. Je la vois derrière les rideaux de la maison guettant mon retour alors que je suis à peine parti. Mon cœur s’étreint.
Je pense à mon chien lorsque j’en croise d’autres qui emmènent leur maître le long des chemins de campagne pour un moment de liberté.
Je pense à mon chien dès que j’allume le feu ouvert, le froid frémissant. Elle s’allonge près des flammes. J’enfonce mes doigts dans sa fourrure. Le ciel peut s’effondrer. Rien ne peut nous arriver.
Je pense à mon chien quand j’entends le bruit de la pluie sur le toit. Je sens son odeur de chien mouillé. Elle va s’ébrouer. Je souris et je râle à la fois.
Elle n’est plus là. Je la cherche.
Cela fait six mois que Mila, notre Mila, ma Mila nous a quittés au bout de seize ans et demi de petits bonheurs. Jamais je n’aurais cru à quel point cet animal me manquerait, nous manquerait.
Je pense à mon chien…

PS : Le dessinateur François Schuiten a sorti un livre magnifique après la mort de son chien : Jim, lettre d’amour à mon chien, édition rue de Sèvres, Paris, 2023. Il illustre parfaitement le chagrin que peut causer la disparition d’un animal. Ceux qui n’en ont pas ou n’en ont jamais eu auront probablement du mal à comprendre.
